LES MONASTÈRES DE BETHLEEM
tivité qu'avaient lieu les réunions, en commun avec le peuple de Bethléem, sous la présidence du clergé local. L'évêque de Jérusalem et ses clercs venaient plus d'une fois pendant Tannée célébrer les fêtes et rehausser de leur présence les cérémonies. Il s'ensuivait des rapports fréquents avec les Latins installés à Bethléem, en particulier avec saint Jérôme. Au temps dont il s'agit, l'évêque était un moine encore jeune qui avait succédé à saint Cyrille, après avoir vécu dans son entourage. Il s'appelait Jean. A Jérusalem même il entretenait d'excellentes relations avec Rufin, dont le monastère était bâti sur les pentes du mont des Oliviers. Mélanie habitait non loin de là. Jérôme et Paula n'avaient eu qu'à les imiter, lorsqu'ils construisirent à Bethléem l'hospice pour les pèlerins. La charité de leurs amis hiérosolymitains était célèbre dans tout le monde romain. Aussi étaient-ils l'objet d'une grande vénération. Nous n'avons d'ailleurs que des allusions fugitives aux rapports qui ne manquèrent pas de s'établir entre le groupe de Bethléem et celui du mont des Oliviers. Si Jérôme et Paula tinrent à leur indépendance et le marquèrent, en s 'établissant près de la crèche du Sauveur et non dans la cité de David, auprès de leurs amis, il est certain cependant qu'il y eut d'abord entre eux une vraie cordialité et un échange habituel de ser-
vices ^.
instabant operi destricto. » Voir aussi la lettre CXLVII, ad Sabinianum lapsum. Pour le monastère des hommes, les renseignements sont surtout donnés à l'occasion du conflit avec Jean de Jérusalem et de l'ordination de Paulinien. Il en sera question plus loin. Au temps où Eustochium était supérieure (après 404), il y avait cinquante religieuses (Palladius, Histor. Laus. XLI; édit. Butler, p. 128 ; PG, XXXIV, 1233, D).
^ L'opinion contraire est courante. On fait remarquer que Jérôme ne parle jamais de Rufin dans ses lettres de Bethléem, jusqu'à la controverse origéniste. Mais ce silence remonte jusqu'à l'année 375, où la lettre V est la dernière à mentionner Rufin. Or la Chronique, de 381, fait de lui le plus magnifique éloge (Cfr supra, p. 34, n. i). De 385 à 393, c'est-à-dire jusqu'au moment où apparaissent les premiers désaccords, nous n'avons aucune lettre, sauf probablement celle de Paula et d'Eustochium à Marcella {Epist. XLVI), puis celle à Desiderius {Epist. XLVII), en 393. D'autre part les relations littéraires et, peut-on dire, commerciales, attestées par Rufin, entre les deux monastères (Apol. II, 8 ; PL, XXI, 591- 592) supposent une certaine intimité. Après avoir parlé de ses moines qui copient pour Jérôme des manuscrits de Cicéron, Rufin ajoute : « Mihi quoque ipsi aliquando,cum de Bethléem Hierosolymam venisset et codicem secum detulisset in quo erat unus dialogus Ciceronis et idem ipse graecus Platonis, quod dederit
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Pour ces premières années (386-392), il ne nous reste presque rien de la correspondance de saint Jérôme ^. Ce n'en fut pas moins une période d'intense activité littéraire. En même temps il achevait de se préparer à ce qui devait être l'œuvre principale de sa vie, par l'étude approfondie de la langue hébraïque et la lecture assidue des écrivains chrétiens, surtout d'Origène. L'opuscule par lequel Jérôme fit comme sa rentrée dans la carrière d'écrivain, semble bien, à en juger par la préface, la Vie du moine Malchus le captif^. On y sent gronder encore l'indignation à l'égard des adversaires d'hier qui l'ont forcé à se réfugier si loin, dans la retraite absolue, mais on y devine aussi ce qui donnait dès lors sa vraie tonalité à son existence, la satisfaction intime de la conscience, la joie paisible dans la possession du bonheur rêvé, à la poursuite d'un idéal qui l'enchantait toujours davantage. En dépit des allusions qui vont revenir presque continuellement, dans ses préfaces, aux chiens qui aboient après lui,, aux ennemis qui le harcèlent, Jérôme est dans la période la plus sereine et la plus ensoleillée de son existence.
Cette Vita Malchi, par le sujet et par la manière de le traiter, se rattache étroitement à la Vita Pauli. Elle est, comme celle-ci, une œuvre de brillante rhétorique, un de ces récits destinés à enchanter les imaginations pieuses, à enthousiasmer les cœurs pour la vie ascétique. C'est un tract de propagande en même temps qu'un essai par lequel saint Jérôme se dérouille la plume,.
ipsum codicem et aliquando fuerit apud me, nullo génère negare potest.» Au surplus, un texte de saint Jérôme trop peu remarqué dirime définitivement la question; il écrit à propos de l'épisode d'Atarbius (en 393 probablement) : « Nonne ille (Atarbius) est qui et me haereticum ex tuis amicitiis iudicabat } » Apol. III, 33 (PL, XXIII, 481, C D). — Palladius, Hist. Laus. XLVI (édit. Butler, p. 134, 136 ; PG, XXXIV, 1225, A, 1226, A B).
* On ne peut guère y rapporter que la lettre XLVI, écrite par Jérôme à Marcella au nom de Paula et d'Eustochium, pour l'inviter à venir à Bethléem. Voir plus loin, p. 165-167.
2 Vita Malchi, monachi captivi (PL, XXIII, 53-60, A). A la prière de Messieurs dePort-Royal, La Fontaine en a donné une adaptation en vers, intéressante, quoi qu'en disent certains critiques : La captivité de saint Malc {Œuvres, Collection des Grands Écrivains de la France, t. VI, p. 275 et suiv.).