LES COMMENTAIRES SUR S. PAUL
que, et qui, par sa brièveté même, n'exigeait pas un labeur bien considérable ^.
Le résultat fut des plus satisfaisants. En quelques pages Jérôme sut mettre en relief le contenu du charmant billet sur Onésime et, à cette occasion, traiter avec ampleur quelques-unes des questions générales se rapportant à la personne ou à l'œuvre de saint Paul 2. Il se rendit compte des ressources dont il disposait pour cette nouvelle tâche, de l'intérêt exceptionnel d'une matière aussi riche que la pensée de l'Apôtre, de la variété si favorable à la composition qu'offrait le mélange de la spéculation et des recommandations morales. Bref, cette étude lui plut fort et, le travail sur l'épître àPhilémon terminé, il entreprit le commentaire de la lettre aux Galates ^. A ce moment-là même, de Rome, lui parvenaient des nouvelles qui ne purent que le confirmer dans son entreprise. En dépit de ses occupations absorbantes, Marcella n'avait jamais cessé de s'intéresser vivement à l'étude de l'Écriture. Sa mère Albina, pour laquelle elle n'hésitait jamais à sacrifier ses préférences, mourut vers ce temps. Restée seule, Marcella n'en désira que plus vivement satisfaire ses goûts. La meilleure conso-
^ Comm. in... Philemonem (Ibid. 603. A) : « Praepostero ordine atque perverse, in epistulas Pauli dictari a me vobis placuit. Nam cum id crebro, Paula atque Eustochium, peteretis ut facerem, et ego obnixe ne facerem recusarem, saltem parvam et quae vobis ut numéro versuum ita sensu quoque et ordine videbatur extrema, ut dissererem coegistis. » — Comm. in... Galatas, I, prologue (Ibid. 308, A): « Aggrediar opus intentatum ante me linguae nostrae scriptoribus et a graecis quoque ipsis vix paucis, ut rei poscebat dignitas usurpatum. Non quod ignorem Caium Marium Victorinum... edidisse commentarios in Apostolum sed quod occupatus ille eruditione saecularium litterarum, scripturas omnino sanctas ignor raverit, et nemo possit quamvis eloquens de eo bene disputare quod nesciat.... Imbecillitatem virium mearum sentiens, Origenis commentarios sum secutus... » — (309, A) : «... Praetermitto Didymum videntem meum et Laodicenum de Ecclesia nuper egressum et Alexandrum veterem haereticum, Eusebium quoque Emesenum et Theodorum Heracleoten qui et ipsi nonnuUos super hac recommentariolosreliquerunt. E quibus si vel pauca decerperem, fieret aliquid quod non penitus contemneretur. » Il faut conclure de ces passages que saint Jérôme ignorait l'Ambrosiaster ou que celui-ci n'avait pas encore été publié, bien que composé au temps du pape Damase.
2 PL, XXVI, 599-618; sur le nom de Paul, 603-605; sur l'authenticité, la canonicité et la date de l'épître, 599-602 et 605-606 ; mention du sénatusconsulte sous Néron, 616-617.
» En trois livres (PL, XXVI, 307-438)
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lation à sa peine, pensa Jérôme, lui viendrait des commentaires qu'il composerait à son intention. Dès lors, comm.e aux cours de TAventin, Marcella, Paula et Eustochium deviennent inséparables dans l'esprit du commentateur. Si ses œuvres cherchent le grand pubHc chrétien, c'est avant tout pour ces nobles femmes qu'il écrit et c'est à elles qu'il dédie les préfaces où il complète, par des renseignements généraux et des confidences, l'explication détaillée et suivie du texte ^. Après l'épître aux Galates, commentée en trois livres, vinrent trois autres livres sur l'épître aux Ephésiens, puis un seul sur la lettre à Tite ^. C'est dans l'espace de quelques mois que cet ensemble fut achevé. Parfois la besogne était si rapide que Jérôme dictait jusqu'à mille lignes en une seule journée. Il se plaint, il est vrai, — mais n'est-ce pas une fiction littéraire } — du tachygraphe qui, par son attitude, le forçait, pour ainsi dire, à cette rapidité défavorable à l'élégance. Le moyen de soigner ses phrases, de choisir de belles expressions, d'arrondir une période, de rythmer une finale, quand levant les yeux, il voyait près de lui son scribe, le front rembruni, le bras déjà levé pour écrire, impatient d'accomplir sa tâche ! D'ailleurs à quoi bon ? Le commentateur n'a point à faire œuvre de style. On n'est que trop enclin à transporter dans l'Église ces habitudes
^ Comm. in... Galatas , prologue (PL, XXVI, 307, A) : "Pauci admodum dies sunt ex quo, epistulam Pauli ad Philemonem interpretatus, ad Galatas transcenderam, multis retrorsum in medio praetermissis et ecce subito litterae mihi de Urbe allatae sunt nuntiantes et Albinam venerabilem anum praesentiae Domini redditam et sanctam Marcellam matris contubernio destitutam magis nunc vestrum, o Paula et Eustochium, flagitare solatium. Et quia hoc intérim fieri non potest, propter grandia maris in medio spatia atque terrarum, repente Milnus innpressum saltem Scripturarum vellem curare medicamine... Itaque quod et illi absenti pergratum fore et vobis quae inpraesentiarum estis utile existimo, aggrediar opus intentatum ante me linguae nostrae scriptoribus. )>
2 Comm in... Ephesios (PL, XXVI, 439-554) ; Conim.in... Titum (Ibid. 555-600). Cfr Comm. in... Ephesios (441, A) : (Et quia iam ad Galatas orantibus vobis ante paucos dies quid nobis videretur expressimus, nunc ad Ephesios transeundum est. » — Ibid., II, début (475, D) : <' Secundum orationibus vestris, o Paula et Eustochium, ad Ephesios aggredimur librum nova quoque Rcmam munuscula transmissuri,... quod sancta Marcella idipsum per epistulas flagitet. » — Ibid. y III, début (513, D): «Nunc ergo quoniam orationum vestrarum et sanctae Marcellae fultus auxilio tertium id est extremum in eamdem epistulam dicte librum. » L'étude de ces commentaires est réservée au second volume; voir^ en attendant, BLE, 1921, p. 266-276.