‹ Saint Jérôme (volume 2)Chapitre 54 sur 106 · LES COMMENTAIRES SUR S. PAUL · texte numérisé non relu

LES COMMENTAIRES SUR S. PAUL

des auditions profanes, à demander aux prédicateurs d'enchanter les oreilles plutôt que d'édifier les âmes, à réclamer d'eux l'élégance cicéronienne au lieu de la bonne doctrine évangélique ^.

Jérôme se gardera de favoriser ce travers et s'appliquera avant tout à sa tâche essentielle : exposer dans tout son jour la pensée de l'auteur qu'il explique, pénétrer de clarté les textes les plus obscurs, dans la mesure où ce sera possible, et, sur les points douteux, en rapportant les diverses opinions, mettre le lecteur à même de faire un choix raisonné ^. Cependant la littérature avec Jérôme ne perd jamais ses droits. Il connaissait trop l'art d'écrire pour que sa phrase prît une allure rustique. On ne sera pas étonné de rencontrer çà et là de beaux développements, de jolis

^ Il ressort de PL, XXVI, 307, A, et 441, A, qu'il y eut à peu près continuité pour la composition des trois premiers commentaires. Il est probable qu'il en fut de même pour le dernier, qui ne comprend qu'un livre. — Ibid. 477, A : « Quapropter et illam (Marcella) et vos (Paula et Eustochium) et si qui forte lecturi sunt, in commune precor ut sciatis me non cogitatum diu limatumque proferre sermonem sed ad revelanda mysteria Scripturarum uti verbis paene de trivio et interdum per singulos dies usque ad numerum mille versuum pervenire » (soit cinquante pages de vingt lignes). Il consacre à cette question du style la préface du livre III sur l'épître aux Galates (762^.399-400): influence défavorable de sa longue familiarité avec l'hébreu (399, C), « omnem sermonis elegantiam et latini eloquii venustatem stridor lectionis hebraicae sordidavit... quid in mea (lingua) amiserim scio » ; — de la dictée, qui lui est imposée par son état de santé, au lieu de la composition directe : « accedit ad hoc quia propter oculorum et totius corpusculi infirmitatem, manu mea ipse non scribo nec labore et diligentia compensare queo eloquii tarditatem. » — Sur le tachygraphe (Ibid., 400, A). — Exigences déraisonnables des auditeurs ou des lecteurs (399, B-C; 400, C; 401). — Méthode vraie (401, C) : «Sermone simplici simplicia eorum verba pandenda sunt, verba, inquam, non sensus. Ceterum si, orantibus vobis, illum possim in exponendis epistulis eorum habere spiritum, quem illi in dictando habuerunt, tune videbitis tantam maiestatem et latitudinem in his verae fuisse sapientiae quanta in saeculi litteratis arrogantia et vanitas fuit. Breviter vobis meae mentis fateor arcanum : qui per me intellecturus est Apostolum nolo ut mea scripta difficulter intellegat et ad interpretem cognoscendum alium quaerat interpretem. »

2 La théorie de saint Jérôme sur le rôle du commentateur vis-à-vis des diverses opinions a été développée à l'occasion de la controverse avec Rufin (Apol. I, 16; PL, XXIII, 409-410) : « Commentarii quid operis habent.'' Alterius dicta edisserunt, quae obscure scripta sunt piano sermone manifestant, multorum sententias replicant et dicunt : Hune locum quidam sic edisserunt, alii sic interpretantur, illi sensum suum et intellegentiam his testimoniis et hac nituntur ratione firmare, ut prudens lector cum diversas explanationes legerit, et multorum vel probanda vel improbanda didicerit, iudicet quid verius sit et quasi bonus trapezita adulterinae monetae pecuniam reprobet. »

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tableaux, des traits bien frappés. D'elle-même, les citations d'Horace ou de Virgile ^ viennent, de temps en temps, relever le style et nous rappeler que si le disciple du Christ a délibérément renoncé depuis longtemps à lire les auteurs profanes, il a tout de même fait autrefois de très solides et sérieuses études et jouit d'une mémoire merveilleuse. On peut dire presque qu'il a tout lu et tout retenu 2.

Le commentaire sur saint Paul se borna à ces quatre épîtres. Nous ignorons pour quelle raison. Peut-être saint Jérôme, tout entier à son zèle pour la veritas hebraica, estima- t-il plus urgent de se consacrer exclusivement aux divers travaux qu'il avait entrepris sur l'Ancien Testament. Peut-être céda-t-il aux prières d'amis plus spécialement intéressés par telle ou telle autre partie de la Bible. Quoi qu'il en soit, il ne revint plus à saint Paul qu'à l'occasion de sa controverse avec saint Augustin sur la discussion d'Antioche entre Paul et Céphas et occasionnellement aussi, en réponse à des questions précises posées par divers correspondants. Sur le Nouveau Testament lui-même, il n'y aura plus à signaler qu'une seule œuvre origmale de quelque étendue, le commentaire sur saint Matthieu, de 398. Assez longtemps avant cette date, pendant qu'il travaillait à l'ouvrage important des Questions hébraïques, il interrompit cette occupation pour traduire en hâte les homélies d'Origène sur saint Luc ^. La préface est caractéristique de l'état d'âme de saint Jérôme et de son intransigeance critique. Elle fait connaître très nettement quelles circonstances motivèrent ce nouveau labeur. C'est encore saint Ambroise, avec son commentaire sur saint Luc, qui est en cause*.

^ Voir le relevé dans Luebeck, s. v. Horatius, Virgilius, Tullius Cicero, etc.

^Jérôme y fait allusion lui-même (Cowm, in...Galatas, III,préface;PL,XXVI, 399, C) : « Nostis enim et ipsae quod plus quam XV anni sunt ex quo in manus meas nunquam Tullius nunquam Maro nunquam gentilium litterarum quilibet auctor ascendit et si quid forte inde dum loquimur obrepit, quasi antiqui per nebulam somnii recordamur. »

^ PL, XXVI, 219-306 ; préface, 219-220.

* Saint Jérôme a gardé un silence prudent sur les accusations précises portées par Rufin au sujet de son attitude à l'égard de saint Ambroise (Apol. II, 22-25 ; PL, XXI, 600-605 ; surtout, n. 23, 602, A) : « Quod si negare voluerit, hoc quod omnes sciunt quia de sancto Ambrosio dixerit, primo ex eo convincetur quod apud latinos ipsius tantum et non alterius in Lucam commentarius fertur, de-

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