‹ Saint Jérôme (volume 2)Chapitre 57 sur 106 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L Les erreurs de Jovinien. — IL Leur réfutation par saint Jérôme.

La publication du De Viris illustribus termine une période dans la vie de saint Jérôme. Elle ferme l'ère du premier établissement en Palestine, des années occupées d'une part à organiser les monastères où Jérôme et Paula comptaient désormais achever leur vie, de l'autre à l'étude presque exclusive de la langue hébraïque et des Livres Saints. Désormais Jérôme va rentrer en contact étroit avec l'Occident et s'intéresser activement aux luttes religieuses qui s'y dérouleront. Ces dernières années du siècle, depuis surtout que l'avènement de Théodose avait pacifié l'Orient, en amenant le triomphe incontesté du catholicisme, développèrent un courant d'immigration intense d'Occident en Orient. Le désir de visiter les Lieux-Saints, d'aller voir de ses yeux les merveilles, dont les solitudes de Palestine, de Syrie, de Mésopotamie, d'Arabie, d'Egypte étaient le théâtre, entraînait chaque année des groupes nombreux qui venaient d'Italie, de Gaule, d'Espagne satisfaire une pieuse curiosité. Un certain nombre restaient définitivement. Les uns isolément demandaient à être admis dans les monastères déjà existants, les autres se groupaient pour former de véritables colonies latines, comme celles organisées par Rufin au mont des Oliviers et par Jérôme à Bethléem. D'autres décidés à revenir chez eux s'attardaient volontiers dans leur pèlerinage ; ils restaient des semaines, des mois, les hôtes de leurs amis palestiniens ^.

* Tel Postumianus, qui raconte son séjour de six mois (vers 400) auprès de saint Jérôme, dans le Dialogue de Sulpice Sévère, I, 8-9 (édit. Halm, p. 159- 161 ; PL, XX, 189-190). Voir le relevé chronologique de ces pèlerinages dans MoLiNiER et KoHLER, Hierosolymttana Itiner a latitta, t. Il y I, Genève, 1885.

Ces devoirs de l'hospitalité, depuis qu'un édifice spécialement consacré à cette œuvre avait été bâti près de son monastère, prenaient une place de plus en plus importante dans la vie de saint Jérôme. Il les trouvait plus tard absorbants au point de se plaindre parfois qu'ils ne lui laissaient plus assez de temps pour s'occuper de ses travaux personnels ^. Ce n'était pas cependant pure perte, même de ce point de vue. Indépendamment de l'exercice de la vertu évangélique par excellence, celle du bon Samaritain, ces relations avaient l'avantage inappréciable de le mettre au courant de tout ce qui intéressait la vie religieuse en Occident. Dans sa cellule de Bethléem, il était l'homme peut-être le mieux informé de ce qui concernait l'Église dans les différents pays. Ces hôtes d'un jour ou d'un mois n'étaient pas des individuahtés isolées; souvent ils représentaient d'autres personnalités plus importantes, que leur fonction, leur âge, d'autres causes empêchaient de faire aussi le grand pèlerinage. Diacres d'évêques, moines, laïques, ils arrivaient chargés de missives où ceux qu'ils laissaient au pays saluaient les grands Latins établis en Orient ^, Tantôt ils se bornaient à cette salutation et à une demande de prières. Le plus souvent, — et c'était le cas habituel pour saint Jérôme, — ces lettres apportaient en plus des renseignements sur l'état des Églises, une demande d'intervention au sujet de tel différend public ou privé ^. De simples femmes, encouragées par l'exemple de Paula et de Marcella, soumettaient au grand docteur leurs difficultés scripturaires ou le consultaient sur la meilleure manière d'employer leur vie *. Entre tous ses amis de Rome,

^ Ce fut surtout lorsque la prise de Rome par Alaric (410) eut amené en Orient, les mois qui précédèrent et qui suivirent, un grand nombre de fugitifs (Comm. in Ezech. 111, préface, et VII, préface; PL, XXV, 75-76 et 199).

2 Par exemple pour la correspondance avec Augustin: Profuturus (Epist. LVI) ; Paulus (Epist. LXVII); Presidius (Epist. ClU); Cyprianus (Epist. CIW, CX, CXII, CXVI); Firmus (Epist. CXV, CXVI). Pour saint Exupère et d'autres toulousains, Sisinnius (Epist. Cil, CV, CXIX); Apodemius (Epist. CXX, CXXI), etc.

^ Epist. CIX, sur Vigilance, à Riparius, la controverse avec Jovinien, etc.

* Lettre à Furia (Epist. LIV), Fabiola (LXIV et LXX\1II), Principia (LXV et CXXVII), Théodora (LXXV), Laeta (CVII), Hédybia (CXX), Algasia (CXXI), Agerochia (CXXIII), Démétriade (CXXX). Il en sera question plus loin.

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