‹ Saint Jérôme (volume 2)Chapitre 65 sur 106 · TRAITÉS SOUS FORME D'ÉPITRES · texte numérisé non relu

TRAITÉS SOUS FORME D'ÉPITRES

Celles-ci, tout en étant adressées à une personne en particulier, visaient en réalité le grand public, par les développements généraux qu'elles contenaient et les réponses à des problèmes scripturaires ou doctrinaux. C'est ainsi, par exemple, que Jérôme, dans une lettre à Oceanus ^, combat vivement une solution, déjà indiquée en 385 par le pape Sirice, dans sa lettre à Himerius et nettement formulée ^ plus tard par le pape Innocent P' concernant les candidats à l'épiscopat mariés deux fois. C'était un cas d'exclusion, car, entre autres raisons, le symbolisme de l'union unique du Christ avec l'Église n'était plus sauvegardé. Mais si le premier mariage et le veuvage subséquent avaient eu lieu avant le baptême, fallait-il en tenir compte ? L'opinion qui prévalait à Rome était pour l'affirmative. Saint Jérôme soutient énergiquement le contraire, qui, en pratique, à ce qu'il assure ^, était suivi partout. Cette solution s'impose, selon lui, si l'on veut assurer au baptême toutes ses prérogatives et ne pas mettre en état d'infériorité celui qui aura régulièrement vécu, par rapport à celui qui a dû effacer dans l'eau régénératrice de honteux désordres.

Une autre fois, l'exégète doit discuter la question de l'identité de Melchisédech. Le prêtre Evangelus îui avait fait connaître l'opinion d'un anonyme, — appelé par les modernes l'Ambrosiaster *, — pour qui Melchisédech était l 'Esprit-Saint. Jérôme

1 Epist. LXIX, avant 400. L'insistance de Jérôme est d'autant plus remarquable que Sirice avait promulgué sa décrétale, au temps où Jérôme était encore à Rome. C'est sans doute à cette occasion qu'il avait eu la discussion très serrée à laquelle il fait allusion dans sa lettre (n. 2). Le n. 10 a toutes les allures d'une sommation à l'égard des autorités ecclésiastiques dans le texte reçu : ( Haec magistri ecclesiae custodire debebunt. » Les manuscrits les plus anciens ont seulement magis.

2 Sirice, Epist. I, lo-i i , ad Himerium (PL, XIII, 1 143-44) ; Innocent l,Eptst^ II, 6, ad Victricium (PL, XX, 474-475 ; Jaffé, 255 et 286).

^ Avec une forte exagération dans l'expression (Epist. LXIX, 2) : «Cum omnis mundus his ordinationibus plenus sit... quos (episcopos) si singillatim voluero nominare, tan tus numerus congregabitur ut Ariminensis synodi multitudo superetur. »

* Epist. LXXIII, en 398. Elle vise la question CIX parmi lesQuaestiones veteris et nom Testamenti (PL, XXXV, 2324-2330; édit. Souter, CSEL, t. L, p. 257- 268) de VAmbrosiaster, identifié par certains avec le juif Isaac que Jérôme avait connu à Rome et auquel il fait allusion dans son Commentaire sur l'épître à Tite (III, 9; PL, XXVI, 595-596); cfr Bardenhewer, Geschichte, t. III, p. 520-525.

lyô LETTRES ET TRAVAUX DIVERS

qui a peu d^estime pour cet « ignorant », le réfute en exposant ce que les meilleurs commentateurs, l'épître aux Hébreux et les juifs eux-mêmes ont dit de ce personnage mystérieux. Il conclut avec eux que Melchisédech était un véritable homme, type du Christ offrant le véritable sacrifice, par le sacrement du pain et du vin. Ce même Evangelus lui offrit l'occasion d'affirmer des idées beaucoup plus discutables sur les rapports entre les divers degrés de la hiérarchie ecclésiastique et notamment sur l'origine de répiscopat. A l'excès d'un autre anonyme, plaçant les diacres au rang suprême, Jérôme n'est pas loin d'en opposer un autre, qui ne sauvegarde point suffisamment la distinction entre le simple sacerdoce et l'épiscopat ^.

Un autre prêtre. Vital, l'interroge sur les passages scripturaires où l'on affirme de Salomon et d'Achaz une paternité précoce. Jérôme justifie d'abord le texte ^ en montrant qu'il n'énonce rien d'impossible, mais peu rassuré sans doute sur la solidité de cette réponse, il conclut sagement que ce sont là des questions curieuses, à laisser de côté pour des leçons plus utiles. Un nouvel ami, le prêtre Rufin, l'ayant interrogé sur le jugement de Salomon, reçoit en réponse une explication mystique ^, lui montrant dans les deux femmes qui se disputent le même enfant, le type du conflit entre la synagogue et l'Église, résolu en faveur de celle-ci, véritable élue de Dieu, pour le salut du monde. De même aux difficultés du prêtre Amandus, Jérôme répond*, non sans s'étonner d'être consulté sur le point de savoir si une femme, ayant abandonné un premier mari débauché et con-

^ Epist. CXLVI, de date incertaine. La question de fond sera reprise au second volume. Elle a été discutée entre autres par dom Sanders {Études sur saint Jérôme, chapitre VI, p. 296) et le P. Prat, Les prétentions des diacres romains au quatrième siècle, dans Recherches de Science religieuse, t. III, 191 2, p. 463-475. Il ne paraît pas possible d'accepter la date contemporaine des événements.

^ Epist. LXXII, en 398. La finale (n. 5) est caractéristique de son état d'esprit, sur les rapports entre le sens littéral et le sens typique.

' Epist. LXXIV, en 398. Rufin était à Rome. On l'a parfois confondu étrangement avec Rufin d'Aquilée,

* Epist. LV, date incertaine, avant 398. On a voulu y voir le cas de Fabiola, mais assez arbitrairement et en désaccord avec ce qu'il raconte lui-même de celle-ci.

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