Relations avec Apollinaire
Je place les relations suivies de saint Jérôme avec Apollinaire lors du second séjour à Antioche, parce que : i) pendant le premier, il fut presque constamment malade, et d'ailleurs ce séjour dura seulement quelques mois ; — 2) surtout Jérôme ne semble pas avoir été alors assez maître de la langue grecque pour tirer profit des conférences d'Apollinaire. Au désert il se prévaut de son ignorance sur ce point, pour dénoncer le manque de charité de ses adversaires, et l'assimile à celle du syriaque. La grande raison qui fait avancer la date de ces relations, c'est qu'il y a quelque chose de choquant à lui voir fréquenter si assidûment un hérétique condamné par l'Église. Mais lui-même semble avoir voulu prévenir cette objection quand, parlant de cette fréquentation, il fait remarquer qu'il n'a jamais admis alors son contentiosum super sensu dogma {Epist. LXXXIV, 3). Dès 374-375, Apollinaire était tout aussi déconsidéré comme hérétique que trois ans plus tard. Les mêmes raisons d'abstention, si elles étaient valables, s'imposaient. Il faut, pour s'expliquer l'attitude de Jérôme, tenir compte d'un double fait : d'une part les susceptibilités étaient peut-être moins grandes alors qu'aujourd'hui au sujet de ces relations d'ordre scientifique, et d'autre part Apollinaire bénéficiait non seulement du renom que lui valait son érudition, mais aussi du fait qu'il avait été intrépide défenseur de la foi de Nicée contre l'arianisme, la grande hérésie d'alors. On remarquera qu'il s'agit de la part d'ApolUnaire d'un enseignement suivi, qui comportait la lecture détaillée de la Bible avec explication des passages difficiles, ce qui demande un temps assez considérable.