‹ Saint JérômeChapitre 102 sur 192 · Ouvrages de cette période · texte numérisé non relu

Ouvrages de cette période

a) Lettres. — Epist.I, adinnocentium, de muliere septies percussa. D'habitude on la date d'une époque antérieure, pendant le

séjour de Jérôme dans la Haute Italie. Le nœud de la question est l'interprétation à donner à la phrase sur Auxence dont il a été question précédemment. S'il faut la prendre au sens obvie, la lettre est au plus tôt de l'année 374, date de la mort d'Auxence. Mais même s'il fallait donner un autre sens à la phrase, parce qu'il serait démontré que déjà, en 373, Evagrius se trouvait en Orient, cela laisserait toute liberté pour mettre quand même en 374 la composition de cette lettre. Je n'insisterai pas sur la manière dont il est parlé de Verceil, ce qui suppose un certain éloignement {Epist. I, 3). Comme rien dans la lettre ne vise une situation déterminée, et que, d'autre part, il y est question d'une certaine rouille du style par suite d'une longue inaction littéraire, il est assez naturel de penser au temps où, après son long voyage, Jérôme était en relations plus suivies avec Innocentius et Evagrius, les deux seuls amis dont il soit question dans la lettre. Innocentius étant déjà mort au milieu de l'été, quand Jérôme écrit à Rufin, avant son départ pour le désert, on ne peut reculer la date au delà de la première moitié de 375.

Epist. II, ad Theodosium et ceteros anachoretas intrinsectis commorantes. — Communément on identifie ce Théodose avec le fondateur du monastère de Rhossos, sur lequel Théodoret a conservé d'intéressants détails {Hist. religiosa, X; PG, LXXXII, 1388- 1393). Ce n'est qu'une conjecture, assez plausible d'ailleurs, en l'absence de toute indication plus précise. La lettre ne donne comme détail significatif que celui d'un site, déserté par les habitants et devenu l'emplacement du monastère. Cela fait donc naturellement penser à l'Orient. Toutefois on pourrait aussi songer à quelque monastère situé en Occident, sur les bords du Rhin, en Pannonie ou dans la Dalniatie romaine. Cela paraît mieux répondre aux indications d'ordre psychologique que contient la lettre, mais moins bien à la description matérielle. Si c'est en Orient, l'existence d'un texte latin de la lettre n'ofi're pas plus de difficulté que celle de la lettre XVII au prêtre Marc. Jérôme aura fait traduire sa lettre en grec. La date, dans ce cas, est la période antérieure au départ pour le désert.

Epist. III, IV et V. — Ces trois lettres sont en liaison étroite.

Zôckler et, à sa suite, M. Grûtzmacher ont pensé qu'entre la troisième et la quatrième, une lettre avait été écrite à Rufin qui serait celle dont parle la cinquième. C'est une supposition qui n'est pas nécessaire. Voici comment on peut se représenter les faits. Dès que Jérôme a la certitude de la présence de Rufin en Orient, il lui écrit la lettre III, puis il attend une occasion pour la lui faire parvenir. Entre temps il apprend qu'il est question de la venue de Rufin à Jérusalem avec Mélanie. Il écrit donc la lettre IV à Florentinus, en le priant de faire tenir à Rufin la lettre III, à laquelle il ne change rien. Manifestement les deux supposent que Jérôme n'est pas encore rentré en relations directes avec Rufin. La lettre V est une réponse à la lettre (perdue) de Florentinus, motivée par la lettre IV, et où ce dernier informait Jérôme que le bruit de la venue de Rufin à Jérusalem était controuvé. Comme cette lettre mentionne expressément le changement survenu dans la situation de Jérôme, par suite de son séjour au désert, qui dans sa pensée est définitif, il s'ensuit que ces lettres écrites dans un court intervalle de temps, — puisque les relations entre Jérusalem et Antioche devaient être aussi fréquentes que rapides, — se placent, les deux premières peu avant, et la dernière peu après le départ de Jérôme pour Chalcis, toutes dans la seconde moitié de 375, Jérôme faisant allusion aux chaleurs de l'été dans la lettre III à Rufin.

Les lettres VI, VII, VIII, IX, XI, sont sûrement des premiers mois de solitude, et, sans doute, écrites vers le même temps. La Vr mentionne le départ d'Héliodore pour l'Occident ; la Vir parle en termes exprès du séjour au désert et fait allusion à la direction à donner à la sœur de Jérôme, comme la lettre VI. La Vlir mentionne la lettre à laquelle répond la VIP". La IX" suppose Héliodore déjà arrivé dans sa patrie. La XI^ débute ainsi : « Chartae exiguitas indicium solitudinis est. » Comme elle est adressée à des religieuses d'Haemona, on peut supposer que c'est par la même occasion que Jérôme écrit au moine Antonius {Epist. XII), lui aussi d'Haemona, et au sujet des mêmes réclamations, d'autant plus qu'il lui a déjà écrit, dit-il, au moins dix fois. La lettre XIII, à sa tante Castorina, peut aussi vraisem-

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blablement se placer en ce temps, car elle fait allusion à une lettre écrite l'année précédente et restée sans réponse, sans doute au cours de quelqu'une des maladies dont Jérôme fut atteint pendant l'année de son séjour à Antioche (374-375). Les lettres XIV, XV, XVI, XVII, écrites elles aussi du désert, s'échelonnent dans cet ordre et, selon toute apparence, datent de l'année 376. La dernière peut être du début de 377, puisqu'elle annonce le départ pour le printemps et demande un court délai jusque là. Je ne vois aucune raison pour retarder ce départ jusqu'en 378 ou 379 : la querelle des hypostases sévissait depuis longtemps. La réponse de Rome au sujet du schisme d 'Antioche et notamment de Vital, dut être connue dès 376. Les disputes auxquelles fait allusion la lettre XVII n'ont pu, dans l'état d'esprit où était Jérôme, se prolonger de longues semaines.

b) ViTA Pauli et Epist. X. — La date de la lettre dépend de celle de la Vita Pauli ; celle-ci de l'authenticité d'un texte du chapitre V^I (PL, XXIII, 21, B). Malheureusement il n'y a pas encore d'édition critique de ce texte qui présente des variantes notables : « lesum testor et sanctos angelos eius, in ea heremi parte quae iuxta Syriam Saracenis iungitur et vidisse me monachos et vider e e quibus unus... vixit (vivit) alter... sustentabatur (sustentatur). » La leçon et videre est absente de plusieurs manuscrits et aussi de la traduction grecque, qui cependant conserve les autres verbes au présent comme plusieurs manuscrits latins. Elle ne paraît pas justifiée; on attendrait l'une ou l'autre des expressions vidisse ou videre, mais non les deux à la fois. Le présent, même dans l'hypothèse du seul vidisse primitif, se justifie comme signifiant que Jérôme croit encore vivants ceux auxquels il fait allusion. Toutefois le vivit ne s'accorde guère avec le détail précis des trente années d'inclusion dans la citerne. Je crois donc la leçon vidisse seule primitive et par suite la Vita Pauli postérieure au séjour de Jérôme au désert. Dès lors il est impossible de se prononcer avec certitude sur le moment où est écrite la lettre X, à Paul de Concordia. Elle peut dater du second séjour à Antioche et aussi de Constantinople, un peu avant le temps où Jérôme traduit la Chronique d'Eusèbe

qui mentionne déjà la Vita Pauli ^. Les divers travaux de cette époque peuvent être compris sous la dénomination générale de merces orientales auxquelles la lettre fait allusion (n. 3). Les livres qu'il demande dans cette lettre semblent en rapport avec le projet d'Histoire ecclésiastique, dont il parle au début de la Vita Malchi^, ou avec la Chronique.

c) Commentaire sur Abdias, perdu. — La date de 375 est attestée d'une manière précise par le passage où Jérôme raconte l'histoire de ce premier essai d'exégèse (Commentaire sur Abdias, préface; PL, XXV, 1098, B) : « Hoc est illud tempus... quando ego et Heliodorus carissimus pariter habitare solitudinem Syriae Chalcidis nitebamur. » C'est confirmé par ce que Jérôme rapporte de ses dispositions pour la lecture et l'étude de l'Écriture Sainte, au moment du songe, c'est-à-dire en ce temps làmême, au plus tôt, puisque j'admets que cet épisode ne s'est pas passé au désert, mais avant le départ, au cours d'une des graves maladies qui ont suivi de près l'arrivée de Jérôme à Antioche. Héliodore n'étant jamais allé au désert avec saint Jérôme, le nitebamur fait allusion seulement aux discussions tenues à ce sujet par les deux amis. Divers auteurs, ne tenant pas compte de ces textes, mais seulement d'une donnée qui leur paraît précise, remontent jusqu'au séjour à Aquilée et fixent vers 366 la date de ce premier commentaire, parce que, dans celui de 396, il écrit (préface; Ibid. 1098, A) : « Non difiiteor per hosce triginta annos in eius opère me ac labore sudasse. Clemens est pater; cito revertentem filium suscipit. » Tout ce passage roule non sur l'activité exégétique, mais sur le travail de conversion et de rapprochement avec Dieu, qui remonte, en effet, à 366, date aux environs de laquelle doit se fixer le moment où Jérôme reçut le baptême. Comme on l'a vu, d'après la chronologie qui me paraît le plus en rapport avec les faits, en 366, Jérôme étudiait la rhétorique et la philosophie et c'est précisément au cours de ces

^PL, XXVII, 687-689; édit. Helm, p. 240; à l'occasion de la mort de saint Antoine.

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études qu'il se donne lui-même comme entré dans l'Église.

d) Altercatio Luciferiani et orthodoxi. — La date de VAltercatio est controversée, surtout depuis quelques années. M. Grûtzmacher, en particulier ^, tient pour l'époque du second séjour à Rome (382-386) et de préférence pour le début. En fait, le dialogue en lui-même ne fournit aucune indication suffisamment précise. Il faut donc s'en tenir aux arguments externes dont vainement on cherche à éluder la force. C'est saint Jérôme lui-même, dans son autobiographie {De Viris, CXXXV), qui, s'inspirant de l'ordre chronologique pour l'énumération de ses ouvrages, au moins pour les périodes, place VAltercatio après la lettre à Héliodore, avant la Chronique, les Homélies sur Ézéchiel et sur Jérémie traduites à Constantinople, la lettre XVIII, tous travaux antérieurs au séjour à Rome. Il faudrait des raisons bien fortes pour nous faire abandonner ces indications dues à l'auteur lui-même et acceptées pour le reste de la notice. Or, on n'en donne aucune. Plusieurs reposent sur cette idée fausse que le livre n'avait aucune utilité pour l'Orient, tandis qu'à Rome, où les Lucifériens étaient assez remuants, ce travail venait à point. Mais c'est oublier qu'aucun des travaux composés par Jérôme à Antioche ou à Constantinople, ou plus tard à Bethléem, n'avait d'intérêt direct pour les Orientaux, Il est évident que, les écrivant en latin, Jérôme visait exclusivement le public occidental. Dès lors, dire que telle expression comme mastruca ou montenses n'avait aucune chance d'être comprise à Antioche, c'est raisonner en dehors de la question. La Chronique parle elle aussi des montenses. En revanche, on pourrait relever comme indice pouvant légèrement corroborer l'origine orientale, outre des rencontres d'expression avec les œuvres de cette époque, le fait que le luciférien s'appelle d'un nom grec Helladius et surtout que, lorsqu'il est question de l'origine des évêques, il est dit : « Rêvera de Platonis et Aristophanis sinu, in episcopatum adleguntur» (n. 11; PL, XXIII, 166, A), ce qui est plus naturel, surtout la mention d'Aristophane, sur les lèvres d'un Grec. De

* Hieronymtis, t. I, p. 51-59.

même il est assez longuement question d'Hilanus Ecclesiae romanae dtaconus, expression assez étrange si le dialogue avait lieu à Rome. L'imperfection littéraire du traité correspond parfaitement à la date que lui assigne la notice du De Viris. Quant aux emprunts, en particulier ceux faits à Tertullien, ils mériteraient une étude d'ensemble s'étendant à toute l'œuvre hiérony mienne.

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