‹ Saint JérômeChapitre 110 sur 192 · VIII. La controverse origéniste · texte numérisé non relu

VIII. La controverse origéniste

I. — Première phase : démêlés avec Jean de Jérusalem (393-396). L'éloge magnifique d'Origène au chapitre LIV du De Viris

* Dans Biblica, t. I, 1920, p. 500-513 ; voir plus bas, note T, I.

* Depuis que les pages qui suivent ont paru dans le BLE, 1922, p. 1 16-126, j'ai pu prendre connaissance du mémoire de M. Holl et des remarques complémentaires de M. JûLiCHER {Die Zeitfolge des ersten origenisthchen Streits et Bemerkungen su der Abhandlung des Hrn. Holl, dans les Sitzungsber . der Kg. Preuss. Akademie der Wissenschaften, 1916, IX, p. 226-275). Je réserve pour une autre occasion la critique détaillée de ces travaux. M. Jiilicher aurait pu augmenter le nombre de ses remarques justifiées sur ce travail de M. Holl, à qui il a fait trop de ciédit. Une utilisation plus complète des textes de saint Jérôme et de Rufin aurait épargné à ce dernier quelques méprises de conséquence. Je signale seulement certains points. Le texte de la lettre LXXXII, 9, se rapporte non à une lettre antérieure perdue, mais aux numéros précédents de cette même lettre LXXXIL Comme le contexte le montre à l'évidence, la lettre vise non une venue problématique de Théophile en Palestine, mais l'accueil fait à Théophile par ses propres moines en Egypte. Jérôme, Apol. III, 23 ; PL, XXIII, 474, A : il s'agit non d'une réconciliation postérieure d'Épiphane et de Rufin, mais du baiser de paix échangé entre eux, lors de la venue d'Épiphane

(de immortali eius ingenio non tacens) ^, l'absence de toute réserve, les dures expressions employées contre ses adversaires (tanta in eum debacchatus est insania : Démétrius) empêchent de faire remonter les débuts de la controverse avant la publication de ce traité, 392 fin ou 393. Les synchronismes aident à fixer la date des divers événements, non sans difficulté, à cause du vague réel de certaines affirmations qui paraissent précises. Les termes biennium, triennium n'ont pas toujours une valeur rigoureuse

à Jérusalem et des incidents avec Jean. Les explications données pour faire dater de 382 les treize ans dont il est question {Contra lohannem Hierosol. XLI ; PL, XXIII, 393, A) ne sont pas convaincantes. Aucun document ne mentionne la présence de Paulin à Constantinople, pour le concile de 381 ; la présidence de son rival Mélèce suffisait à l'en tenir écarté. A ce moment d'ailleurs saint Grégoire de Nazianze qui allait démissionner n'aurait trouvé certes ni le temps ni la liberté d'esprit pour commenter l'Écriture à Jérôme. Celui-ci avait dû y arriver plus tôt et y séjourner assez longtemps pour s'y livrer à ses études et aux premiers travaux personnels d'exégèse. M. Holl oublie que l'Epist.XVlll,A (ad Damasum), ainsi que l'atteste Jérôme lui-même, date de ce temps et a été composée non à Rome, mais à Constantinople. L'année 395, pour les événements que je fixe à 396, n'est pas justifiée. La date donnée par l'éclipsé (6 avril) est trop éloignée de celle de la Pentecôte (21 mai) pour qu'on puisse lui appliquer le texte de saint Jérôme. Le silence dont il est question dans la lettre LXVI, I, vise deux ans écoulés depuis la mort de Paulina et se rapporte uniquement à cette mort, non à toute correspondance avec Pammachius. Quant au texte (Jérôme, Apol. III, 10; PL. XXIII, 464, D) : « libri enim tui quos limasti /)er triennium disertiores sunt », il a en vue non la traduction du Periarchon, mais r.4/)o/o^îe de Rufin. Dès lors tombent toutes les conséquences tirées par M.. Holl. Il s'est plus étrangement encore mépris sur le texte qui précède immédiatement : « Negotiator orientalium mercium qui et hinc deportata vendere necesse habebat et ibi emere quae hue rursus adveheret. » Ce dernier membre de phrase aurait dû avertir qu'il n'était nullement question de Rufin,par allusion au songe de Macaire, mais bien d'un marchand venu d'Orient et qui repartait dans deux jours. M. Jiilicher a tort de nier qu'il y ait eu deux lettres écrites en Orient par Anastase, l'une en 401, à Jean de Jérusalem, l'autre en 402, in Orientent. Il identifie les deux, alors que saint Jérôme les oppose très nettement et d'une manière qui ne laisse aucun doute possible. Il n'y a qu'à relire Jérôme {Apol. III, 20 et 21; PL, XXIII, 471-472) : « Esto praeteriti anni ego epistulam finxerim (le n.20 roule tout entier sur cette lettre à Jean). Recentia ad Orientem scripta quis misit ?» Il a raison de refuser de voir une citation d'une lettre à Venerius dans la seconde partie de la lettre à Jean : l'hypothèse de Vallarsi est devenue caduque par suite de la découverte de la lettre authentique à Venerius et M. Holl paraît oublier que des demandes de renseignements à Rome sur Rufin se comprennent beaucoup mieux venant de Jérusalem que de Milan. Aquilée où se trouvait Rufin, était plus près de Milan que de la capitale. C'est plutôt Venerius qui aurait pu sur ce sujet renseigner Anastase. » PL, XXIII, 66s, C.

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et sont susceptibles d'une certaine élasticité, selon que l'on inclut ou non dans l'énumération l'année de départ et l'année d'arrivée. Biennium pourra ainsi s'étendre sur une durée d'au moins deux années, ou viser seulement l'année précédente ou suivante; de même triennium.

Sous le bénéfice de ces remarques, on peut admettre qu'il faut fixer à l'année 393 le début de la controverse. Il résulte de VApologia Hieronymi^ que l'incident d'Atarbius est antérieur à la venue de saint Épiphane à Jérusalem et n'a aucun rapport avec elle. Or Épiphane était présent aux environs de la fête de Pâques ^. C'est donc plusieurs semaines avant qu'il faut placer la signature par saint Jérôme du formulaire d'Atarbius, et, dans les semaines qui suivirent Pâques, les divers incidents qui ont marqué la présence d'Épiphane à Jérusalem. L'année est donnée par le Contra lohann. Hierosol. ^ : « Ille per totum exinde triennium suas iniurias dévorât privataque simultate contempta, fidei tantum correctionem postulat.» Dans ce texte il ne s'agit pas du tout d'un silence absolu d'Épiphane, ce qui jetterait dans des difficultés inextricables pour mettre d'accord cette assertion avec les faits connus par ailleurs, mais du silence sur les injures personnelles. Épiphane n'a relevé, jusqu'au moment où Jean de Jérusalem écrit son Apologie^ que les griefs fondés sur la foi. On a donc un triennium entre les incidents de Jérusalem et V Apologie de Jean qui ne peut être fixée qu'à l'été de 396 : d'où la date de 393 pour ces incidents, y compris celui d'Anablatha lorsqu 'Épiphane déchira le voile où était peinte l'image du Christ. A ce moment les relations n'étaient pas encore rompues entre les deux évêques (Epist. LI, 9) : « Quando simul pergebamus ad sanctum locum qui vocatur Bethel, »

On a eu tort d'unir chronologiquement à ces incidents celui de l'ordination de Paulinien : saint Jérôme dit expressément qu'il eut lieu multo post tempore \ et le récit détaillé d'Épiphane

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