‹ Saint JérômeChapitre 132 sur 192 · LA CORRESPONDANCE AVEC SAINT PAULIN DE NOLE · texte numérisé non relu

LA CORRESPONDANCE AVEC SAINT PAULIN DE NOLE

La correspondance de saint Jérôme contient trois lettres adressées à saint Paulin de Noie. La dernière {Epist. LXXXV) est postérieure à la traduction hiéronymienne du Periarchon (399); les deux autres {Epist. LUI et LVIII) remontent aux premiers temps de la conversion et du monachisme de saint Paulin (394-396). Les manuscrits placent la lettre LVIII avant la LIIF.Une phrase de la lettre LUI a déterminé à considérer celle-ci comme la plus ancienne : « Frater Ambrosius tua mihi munuscula perferens detulit et suavissimas litteras quae a principio amicitiarum fidem iam probatae fidei et veteris amicitiae praeferebant ". » On a conclu de ce principium amicitiarum qu'il s'agissait de la première lettre écrite à saint Jérôme par Paulin. Rien n'oblige à une interprétation aussi restrictive et l'on pourrait soutenir que, pour parler comme il fait, Jérôme suppose, au contraire, un échange de lettres qui a d'abord fait naître l'amitié; la lettre reçue en a apporté l'expression si confiante que cette amitié naissante a déjà tout l'abandon d'une vieille intimité. En fait, si on lit attentivement ces deux lettres et si on les compare, on est amené à conclure que la lettre LVIII est antérieure à la lettre LUI. Le début de la lettre LVIII est caractéristique. Manifestement, c'est la première prise de contact. Le ton y est cérémonieux : Jérôme renvoie à son correspondant les politesses qu'il a reçues. Paulin est au début de sa vie nouvelle. Il s'agit de l'encourager et de le gagner définitivement à la cause à la fois de l'ascétisme et de l'Écriture. Mais si,

^ Cette note a paru d'abord dans Hieronymiana , 2'' série, 3 (BLE, 1921, p. 148-150).

» Epist. LUI, I . Cfr la préface de Vallarsi (PL, XXII, lxi).

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sur le premier point, Jérôme est fort catégorique, tout en le dissuadant vivement de songer à Jérusalem pour s'y établir, sur le second il se contente d'exprimer un souhait, de suggérer à Paulin l'idée que son talent, — qu'il loue en des termes extrêmement élogieux, — trouvera là une magnifique matière où s'exercer, Paulin, charmé et conquis, a dû répondre en manifestant son enthousiasme pour les perspectives ouvertes à ses yeux. Une seconde lettre de Jérôme, devenu plus familier et, par suite, plus à son aise pour dire nettement sa pensée, trahit maintenant la crainte que le néophyte en exégèse ne veuille aller trop vite. Elle est tout entière consacrée à traiter cette idée qu'il faut un maître en toute science et pour l'Écriture plus encore. C'est pourquoi Jérôme parcourt en détail l'Ancien et le Nouveau Testament pour caractériser chaque livre et à la fois exciter la curiosité de Paulin, mais aussi par la difficulté entre\aie lui inculquer la nécessité de venir étudier près de lui, afin de profiter au mieux du talent que Dieu lui a confié. Il y a, sans doute, changement de pensée au sujet du voyage en Orient, par rapport à la lettre précédente, mais le changement s'expUque assez naturellement. De même, le silence gardé maintenant sur Thérasia et la moindre insistance sur ce qui concerne l'ascétisme, avec cependant une exhortation très pressante à se débarrasser au plus vite en une fois de sa fortune pour se donner à Dieu tout entier. Si, au contraire, on garde la chronologie ancienne, on est dans un imbroglio inextricable. Saint Jérôme commence par parler longuement à Paulin de la sainte Ecriture, par l'inviter de la façon la plus pressante à venir près de lui, puis, sans autre explication, dans la lettre qui suit, il le détourne du mieux qu'il peut de venir aux Lieux-Saints, où le moine trouve plus de difficultés encore qu'ailleurs pour le recueillement et les observances de sa vie religieuse. Il consacre à peine quelques hgnes à l'étude de l'Écriture pour lui apprendre « quo in scripturis sanctis calle gradiaris )>, c'est-à-dire que « nitet quidem et fulget etiam in cortice sed dulcius in meduUa est. » Vraiment, on ne se douterait pas qu'il a consacré des pages à ce même sujet dans une lettre précédente. Il n'y a donc qu'à modifier l'ordre jusqu'ici adopté et à retenir comme témoignage le plus ancien de l'amitié de Jérôme pour saint Paulin la lettre LVIII. Celle-ci, répondant à de premières ouvertures de la part de Paulin, a été très chaude dans ses expressions de sympathie. Elle est apportée à Paulin par Vigilance qui, selon les recommandations de son auteur, a commenté de vive voix les fraternelles dispositions de Jérôme. Paulin, si enclin déjà, on le voit par toute sa correspondance, à rechercher l'amitié des saints personnages de son temps, a été pleinement conquis par ces vifs témoignages d'affection, A son tour, il a répondu par une lettre où il témoigne sa gratitude, sa. confiance, son désir de mettre en pratique les conseils reçus en se livrant à l'étude de l'Écriture. Jérôme, ravi de sa conquête, mais crai-

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gnant que, laissé à lui-même, l'autodidacte inexpérimenté ne gaspille son temps et son talent, croit utile de lui montrer plus en détail les difficultés de la tâche et, par suite, la nécessité de venir à Bethléem étudier près de lui. Paulin eut sans doute ses raisons pour décliner l'offre. En fait, son esprit n'était point de la même trempe que celui de Jérôme et le disciple d'Ausone se serait, sans doute, malaisément transformé en exégète et en hébraïsant.

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