‹ Saint JérômeChapitre 143 sur 192 · I. — AVANT LA CONTROVFRSn ORIGHNISTE · texte numérisé non relu

I. — AVANT LA CONTROVFRSn ORIGHNISTE

Cette période a été l'objet d'un débat contradictoire entre Jérôme

Il6 NOTES COMPLÉMENTAIRES

et Rufin. Le premier se rappelait avoir seulement parlé deux fois avec éloge d'Origène et encore en matière d'exégèse [Epist. LXXXV, 2) : « Ni fallor duo sunt loca in quibus eum laudavi : praefatiuncula ad Damasum in homilias Cantici canticorum et prologus in librum Hebraicorum nominum. Quid ibi de dogmatibus Ecclesiae dicitur?» Rufin dans sa réplique lui opposa dix textes et où il n'était fait aucune réserve {Apol. II, 13 et suiv.; PL, XXI, 596 et suiv,). En fait il est facile d'augmenter le nombre de ces citations et il est certain que si Jérôme a parfois tacitement corrigé diverses interprétations d'Origène, comme pour les deux séraphins de la vision d'Isaïe, il n'a mis, jusqu'au moment où éclate la controverse, aucune sourdine à ses éloges, même du point de vue dogmatique, ainsi qu'il résulte des textes qui suivent, donnés dans l'ordre chronologique.

1. - A CoNSTANTiNOPLE (379-382). — C'cst dans les écrits de cette période que se rencontre pour la première fois le nom d'Origène. Jérôme dut sans doute à saint Grégoire de Nazianze, auteur, avec saint Basile, de la Philocalie, ce culte fervent dont témoigne la traduction de trente-sept homélies d'Origène (quatorze sur Jérémie, quatorze sur Ézéchiel, neuf sur Isaïe) et que met en relief la préface à la traduction des homélies sur Ézéchiel (PL, XXV, 583-586) : « Magnum est quidem, amice, quod postulas ut Origenem faciam latinum, et hominem, iuxta Didymi videntis sententiam, alterum post apostolos ecclesiarum magistrum, etiam romanis auribus donem. «

La Chronique, en plus des passages de l'original où il est question d'Origène, 10*" et lô*" année de Sévère, 8*" et 11^ d'Alexandre (PL, XXVII, 637-638, 641-644; édit. Helm, p. 212, 215), mentionne dans la préface, les Hexaples et Origène, à propos des vers hébreux (Ibid. 35-36; édit. Helm, p. 2-4). Le premier travail exégétique de Jérôme, la lettre XVIII sur les Séraphins d'Isaïe, s'inspire de près d'Origène, non sans indépendance, puisqu'elle rejette l'application de la vision à la Trinité. La seconde partie utilise les Hexaples pour les citations de Symmaque, Aquila et Théodotion.

2. - A Rome (382-385). — Les documents importants sont la préface des deux homélies d'Origène sur le Cantique, dont Jérôme dédie la version au pape Damase (p. 82) et la lettre XXXIII, consacrée à énumérer les travaux du grand alexandrin (p. 90-91).

Je n'en rappelle ici que les dernières lignes : c 5. Videtisne et graecos pariter et latinos unius labore superatos ? Quis enim unquam tanta légère potuit, quanta ipse conscripsit ? Pro hoc sudore quid accepit praemii ? Damnatur a Demetrio episcopo, exceptis Palaestinae et Arabiae et Phaenices atque Achaiae sacerdotibus, in damnationem eius

consentit orbis. Roma ipsa contra hune cogit senatum, non propter dogmatum veritatem, non propter haeresim, ut nunc adversum eum rabidi canes simulant, sed quia gloriam eloquentiae eius et scientiae ferre non poterant et illo dicente omnes muti putabantur. »

En dehors, les lettres le mentionnent souvent :

Epist. XXXIV, I : Pamphile, en organisant la bibliothèque de Césarée, « tune vel maxime Origenis libros impensius persecutus, Caesariensi ecclesiae dedicavit. Hic cum multa reperiret et inventorum nobis indicem derelinqueret, CXXVI psalmi commentarium et Phe litterae tractatum ex eo quod non inscripsit confessus est non repertum. Non quod talis tantusque vir, Adamantium dicimus, aliquid praeterierit, sed quod neglegentia posteriorum ad nostram usque memoriam non durarit. Hoc ideo dixi ut... ostenderem me de Origenis commentariis quid senserit non habere. » — Ibid., 5. Les erreurs de saint Hilaire dans son commentaire sur les psaumes proviennent du prêtre Hcliodore, « quo ille familiariter usus, ea quae intellegere non poterat quomodo ab Origene essent dicta quaerebat, qui quia in hoc psalmo commentarium Origenis invenire non potuit... »

Epist. XXXVI, I : « Nam et Origenes, in IV" Pauli ad Romanos t^rjyrjrjKwv tomo, de circumcisione magnifiée disputavit, et de mundis atque immundis animalibus in Levitico plura disseruit ut, si ipse invenire nihil possem, de eius tamen fontibus mutuarer. » — Ibid., 9. Sur les sept vindictes de Caïn : « Sciens Origenem duodecimum et tertium decimum in Genesim librum de hac tantum quaestione dictasse. »

Epist. XXXVII, 3. Sur Rheticius d'Autun : « Rogo, non habuerat decem Origenis volumina », pour s'éclairer sur le sens du Cantique qu'il commentait?

La lettre XLIII oppose le labeur infatigable d'Origène à la mollesse romaine : « Ambrosius, quo chartas, sumptus, notarios ministrante, tam innumerabiles libros vere Adamantins et noster XaXKtvTttioç explicavit, in quadam epistula, quam ad eumdem de Athenis scripserat, refert numquam se cibos, Origene praesente, sine lectione sumpsisse, numquam venisse somnum nisi e fratribus aliquis sacris litteris personaret, hoc diebus egisse et noctibus ut et lectio orationem susciperet et oratio lectionem. » Nous savons par la préface à la traduction des homélies d'Origène sur saint Luc que, enthousiasmée par ce que Jérôme lui avait lu d'Origène, Blésilla avait ardemment souhaité lui voir traduire ses écrits sur les Évangiles (PL, XXVI, 219, A); « Si quidem illud, quod olim Romae sancta Blaesilla flagitaverat, ut XXV tomos illius in Matthaeum et V alios in Lucam et XXXII in loannem, nostrae linguae traderem, nec virium mearum nec otii nec laboris est. »

Il8 NOTES COMPLÉMENTAIRES

3. - A Bethléem (385-93). — Dans cette période de grande activité littéraire, Origène reste le grand inspirateur, d'autant plus que la proximité de la bibliothèque de Césarée permet à Jérôme de profiter plus facilement de ses richesses (cfr note H, p. 88-89). Les commentaires sur l'Ecclésiaste et sur les quatre épîtres paulines s'en inspirent de très près et, on l'a vu, d'une manière qui provoquera plus tard de la part de Rufin des critiques, contre lesquelles Jérôme ne pourra se défendre que partiellement (Note N, 2). Origène est mentionné deux fois dans le commentaire sur l'Ecclésiaste, (PL, XXIII, 1049, B) comme maître de saint Grégoire le Thaumaturge, et (1050, B), pour une opinion particulière. — Le commentaire sur l'épître aux Galates signale, parmi les sources, Origène (PL, XXVI, 308, B) : « Quin potius in eo ut mihi videor cautior atque timidior, quod imbecillitatem virium mearum sentiens, Origenis commentarios sum secutus. Scripsit enim ille vir, in epist. ad Galatas Pauli, V proprie volumina et decimum Stromatum suorum librum commatico super explanatione eius sermone complevit; tractatus quoque varios et excerpta quae vel sola possint sufficere composuit. » Au verset 13 du chapitre V, Jérôme écrit : « Hune locum, quia valde obscurus est, de decimo Stromatum libro transferre placuit ad verbum )),et il transcrit pendant deux colonnes le texte origénien {Ibid., 406, C-4o8,B). — C'est l'épître aux Éphésiens qui a donné occasion surtout à la polémique rappelée plus haut. Origène n'y est mentionné expressément qu'à la fin de la préface comme source {Ibid. 442, C) : « Sciatis Origenem tria volumina in hanc epistuîam conscripsisse quem et nos ex parte secuti sumus. » — L'épître à Tite écrit le nom d'Adamantius à propos de la transcription des Hexaples, à la bibliothèque de Césarée (note H, p. 88). — Un peu plus tard Jérôme interrompt la composition des Ouaestiones hebraicae pour traduire les trente-neuf homélies d'Origène sur saint Luc. Il en profite pour exalter dans sa préface l'auteur, au détriment de ses maladroits plagiaires (t. I, p. 142-144). Il a renoncé plus tard à tenir la promesse qu'il faisait là même, de traduire d'autres œuvres (PL, XXVI, 220, A) : «Tune videre poteritis, immo per vos lingua romana cognoscet quantum boni et ante nescierit et scire nunc coeperit. » La préface des Quaestiones hebraicae s'achevait sur cette fière déclaration, à laquelle les faits allaient apporter un si cruel démenti (PL, XXIII, 938, A): «De Adamantio autem sileo cuius nomen, si parva licet componere magnis, meo nomine invidiosius est, quod cum in homiliis suis, quas ad vulgum loquitur, communem editionem sequatur, in tomis, id est in disputatione maiori, hebraica veritate superatus, et suorum circumdatus agminibus, interdum linguae peregrinae quaerit auxilia. Hoc unum dico, quod vellem cum invidia nominis eius habere etiam scientiam scripturarum, flocci pendens

imagines umbrasque larvarum, quarum natura esse dicitur terrere parvulos et in angulis garrire tenebrosis. »

La préface du Liber de nominibus hebraicis ou Onomasttcon, qui date du même temps, rend hommage elle aussi à Origène. Elle appuie sur son autorité l'attribution de cet Onomasttcon à Philon, puis ajoute : « Novi Testamenti verba et nomina interpretatus sum, imitari volens ex parte Origenem, quem, post Apostolos, ecclesiarum magistrum nemo nisi imperitus negabit. Inter cetera enim ingenii sui praeclara monimenta, etiam in hoc laboravit ut quod Philo quasi ludaeus omiserat, hic ut christianus impleret » (édit. de Lagarde, p. 1-2; PL, XXIII, 771-772).— Dans sa traduction de Daniel sur l'hébreu, Jérôme rappelle la controverse entre Origène et Jules Africain, au sujet de l'épisode de Susanne (PL, XXVIII, 1293, A) : « Quod Origeni quoque Africanus opposuit.» — La préface au livre II du Commentaire sur Michée répond à l'accusation de plagiat (PL, XXV, 1189-90): « Nam quod dicunt Origenis me volumina compilare et contaminari non decere veterum scripta, quod illi maledictum vehemens esse existimant, eamdem laudem ego maximam duco, cum illum imitari volo quem cunctis prudentibus et vobis placere non dubito... Sed et Hilarius noster furti reus sit quod in psalmos quadraginta ferme millia versuum supradicti Origenis ad sensum verterit. Quorum omnium aemulari exopto neglegentiam potius quam istorum obscuram diligentiam. » Dans ces commentaires d'ailleurs, plus d'une fois, comme pour Aggée (II, 13 ; PL, XXV, 1399, BC), l'expression quidam cache une allusion directe à Origène, le plus souvent pour marquer un dissentiment. C'est ce que Jérôme a répondu à Rufin qui le querellait sur ce point.

Origène est mentionné à plusieurs reprises dans le Catalogue du De Viris illustribus (PL, XXIII, 601-720) : chapitre II, à propos de l'évangile des Nazaréens, « quo et Origenes saepe utitur. »— XXXVIII: « Constat Origenem, huius (Clément d'Alexandrie) fuisse discipulum. »

— LVI : notice d'Ambroise. — LVII : de Tryphon, lui aussi « Origenis auditor, ad quem nonnullae eius exstant epistulae ». — LX : de Bérylle de Bostra : « ab Origène correctus », avec des détails sur leurs relations.

— LXI : notice d'Hippolyte; Origène y est mentionné trois fois. — LXII : Alexandre de Jérusalem, ses lettres au sujet d'Origène et à Origène sont rappelées. — LXIII : la lettre de Jules Africain à Origène et la réplique (doctam) d'Origène sur Susanne. — LXV : sur saint Grégoire le Thaumaturge et ses relations avec Origène. — LXIX : Denys d'Alexandrie: «Origenis valde insignis auditor fuit»; son livres ad Origenem de martyrio. — LXXV : Pamphile. — LXXVI : «Pieriu, ut Origenes iunior vocaretur. » — LXXXI : Eusèbe de Césarée, Apologie d'Origène. — LXXXIII : Méthode et son livre contre Origène. — LXXXV : Eustathe d'Antioche, de même. — C : Hilaire de Poitiers :

120 NOTES COMPLEMENTAIRES

emprunts à Origène, pour son commentaire sur les psaumes et celui de Job. — CXIII : Euzoius de Césarée restaure la bibliothèque d'Origène et de Pamphile, à Césarée. — CXXXV : ses propres traductions.

— La plus importante est naturellement la longue et enthousiaste notice du chapitre LIV sur Origène lui-même, où il parle de sa gloire, de son immortale ingenium, de Démétrius, l'évêque d'Alexandrie qui « tanta in eum debacchatus est insania ut per totum mundum super nomine eius scriberet, »

La traduction de Job sur l'hébreu, de peu postérieure {Eptst. XlAX/ XL VIII, 4), fait appel à l'autorité d'Origène,soit à propos des Septante (PL, XXVIII, 1079, A), soit sur la nature de la poésie hébraïque {Ibid. 1082, A), — De même, cette lettre XLIX/XLVIII à Pammachius rappelle l'interprétation donnée par les Grecs, dont Origène, au chapitre de la P épître aux Corinthiens, sur le mariage. L'Apologie qui l'accompagne {Epist. XLVIII/XLIX, 13) fait allusion à la réfutation de Celse par Origène et,au n. 15,1e signale parmi ceux qui ont écrit sur le nombre impair. Les Commentarioli in Psalmos se présentent eux-mêmes comme un supplément aux scolies du docte alexandrin (préface dans Anecdota Maredsolana, t. III, i, p. 1-3) : « Non quo putem a me posse dici quae ille praeteriit sed quod ea quae in tomis vel in omiliis ipse disseruit vel ego digna arbitror lectione in hune angustum commentariolum referam. » Origène y est deux fois mentionné nommément (Ps. XXII; p. 7, 20) : « De ira Dei, et ipse Origenes creberrime disputavit. »

— (Ps. IV, p. 12, 8) : « Cum vetustum Origenis hexaplum psalterium revolverem, quod ipsius manu fuerat emendatum. » Deux autres fois il est visé par l'expression quidam, à propos de l'opinion sur les âmes captives dans le corps. Elle est rapportée sans blâme ni approbation, à titre d'information (Ps. LXVIII; p. 38, 8, et CXXXVI.p. 93, 15). Un autre passage (Ps. I; p. 5, 15) parle de consultation des Hexaples d'Origène à Césarée même. L'ouvrage date sûrement d'avant la controverse, bien que le De Viris ne le mentionne point.

En somme, on le voit, jusqu'en 393, c'est-à-dire jusqu'au moment où, brusquement, l'intervention d'Atarbius (p. 205) va déclancher un changement d'attitude, Jérôme n'a rien écrit de défavorable à Origène. Si parfois il se sépare de lui, non seulement il ne songe pas à l'accuser d'hérésie, mais au contraire il déclare que ce n'est qu'un prétexte de gens envieux. Il est juste de reconnaître pourtant qu'il s'intéresse surtout à ses travaux scripturaires et ne semble pas encore avoir regardé de très près à l'œuvre dogmatique, notamment au Periarchon. C'est ce qu'il écrivait, dans sa seconde réplique à Rufin {Apol. III, 9; PL, XXIII, 464) : « Eodem fervore quo Origenem ante laudavimus nunc damnatum toto orbe damnemus... Erravimus iuvenes, emendemur senes... Ignosce mihi quod Origenis eruditionem et studium Scrip-

turarum, antequam eius haeresim plenius nossem, in iuvenili aetate laudavi (il avait quarante-cinq ans [347-392] au moins lorsqu'il écrivait le De Viris), et ego tibi dabo veniam quod Apologiam librorum eius cano scripseris capite » (en 399-401).

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