III. — APRÈS LA CONTROVERSE ORIGÉNISTE
La polémique avec Rufin eut comme conséquence une attitude plus précautionnée de la part de saint Jérôme au sujet d'Origène. Désormais, tout en continuant à s'inspirer de lui et à le citer, il se croira tenu de marquer plus nettement les dissentiments, parfois de le nommer explicitement et de signaler au passage, surtout dans ses écrits contre le pélagianisme, la part qu'il lui attribue dans les erreurs de son temps. C'est cependant sur l'autorité d'Origène qu'il s'appuie, dans la lettre CXII, 4, 6, 20, pour justifier son opinion sur l'incident de Paul et de Céphas à Antioche, contre les attaques de saint Augustin, tout en prenant seulement l'attitude de rapporteur. Sur quoi d'ailleurs Augustin lui faisait remarquer avec raison {Epist. CXVI=LXXXII, 23) : « Origenem vero ac Didymum reprehensos abs te in recentioribus opusculis tuis et non mediocriter nec de mediocribus quaestionibus, quamvis Origenem mirabiliter ante laudaveris. Cum his ergo errare puto quia nec te ipse patieris. » Le commentaire sur Zacharie, en 406, signale comme source dans sa préface (PL, XXV, 1418, A) les deux volumes écrits par Origène, « usque ad tertiam partem libri a principio ». Celui sur Malachie, du même temps, rapporte, d'abord sans en désigner plus clairement l'auteur, l'opinion d'Origène faisant de Malachie un ange {Ibid. 1541, B) :
124 NOTES COMPLEMENTAIRES
« Nec putandum est, iuxta quorundam opinionem, angelum venisse de caelo et assumpsisse corpus humanum. » Mais un peu plus loin il écrit {Ibid. 1543-44, A) : « Scripsit in hune librum Origenes tria volumina, sed historiam omnino non tetigit et more suo totus in allegoriae interpretatione versatus est, nuUam Ezrae faciens mentionem sed angelum putans fuisse qui scripsit... Quod omnino non recipimus, ne animarum de caelo ruinas suscipere compellamur. » De même la préface du commentaire d'Osée {Ibid. 820, A) expose que Didyme fut prié par Jérôme de remplir les lacunes du commentaire d'Origène, car celui-ci « duo tantum scripsit volumina, vix tertiam partem a principio libri usque ad visionem quadrigarum. » La lettre CXIX, qui n'est qu'une sorte de chaîne, sur le texte de I Cor. XV, 5, cite (n. 9) Origène en ces termes fort honorables, ce qui est devenu rare : « Origenes, in tertio volumine lï,r\yr]TiKCov epistulae Pauli ad Thessalonicenses primae, post multa, quae vario prudentique sermone disseruit, haec intulit. » Suit un extrait, de l'étendue d'une colonne de Migne. Mais plus loin (n. Il), Jérôme se couvre par cette déclaration catégorique : «Si quis autem contrariae factionis inmurmurat quare explanationes eorum legam quorum dogmatibus non acquiesco, sciât me illud Apostoli libenter audire : Omnia probate, quod bonum est retinete (I Thess. V, 21) et Salvatoris vera dicentis : Estote probati nummularii... Ego et in adulescentia et in extrema aetate profiteor et Origenem et Eusebium Caesariensem viros esse doctissimos sed errasse in dogmatum veritate. » Il indique, dans la lettre CXXI, 6, qu'il n'a pu trouver le commentaire d'Origène sur la parabole des deux débiteurs et ignore s'il a jamais existé.
La prophétie de Daniel lui offre l'occasion de mettre encore à contribution son auteur favori. Il invoque son exemple pour justifier l'exclusion des parties deutérocanoniques (PL, XXV, 493, A), rappelle qu'il a emprunté à la version de Théodotion les additions aux Septante, le cite sur l'identification de la reine dont il est question au chapitre V, 10 {Ibid. 520, C), puis pour l'interprétation des soixante-dix semaines {Ibid. 549, B; cfr l'allusion dans le commentaire d'Isaïe, au début du XI" livre; PL, XXIV, 377, B), enfin lui emprunte simplement le commentaire de l'épisode de Susanne et du dragon (PL, XXV, 580-584) : « Ponam breviter quid Origenes in decimo Stromatum suorum libro de Susannae et Belis fabulis dixerit. Cuius haec verba sunt quae locis suis subnotabis. »
Le long commentaire sur Isaïe ramène souvent la mention d'Origène. La préface (PL, XXIV, 21, A) signale qu'il a composé sur cette prophétie, « iuxta quatuor editiones, usque ad visionem quadrupedum, XXX volumina e quibus vicesimus sextus liber non invenitur », et divers autres traités. Il est blâmé, sans être nommé, au Uvre III {Ibid. 94, C),
pour son opinion sur les Séraphins : « Impie ergo quidam duo seraphim Filium et Spiritum sanctum intellegit. » — On l'appelle en témoignage, un peu plus loin, pour réfuter l'assertion que les Juifs auraient falsifié les Écritures (99, A); on indique qu'il a emprunté à Théodotion une addition aux Septante (loi). Au livre VI (224,0), est relevée son erreur sur le démon : « Ubi sunt qui dant diabolo paenitentiam et dicunt illum posse mundari ? » Vers ce temps est écrite la lettre CXXIV à Avitus, épilogue de la polémique contre Rufin. Elle constitue une préface qui doit servir d'antidote préventif à la lecture de la traduction hiéronymienne du Periarchon, dont Jérôme envoie un exemplaire correct à son correspondant. Çà et là, les erreurs sont caractérisées brièvement, 2 : «ut scias detestanda tibi in eis esse quamplurima et... inter scorpiones et colubros incedendum, » — 4 : « nefandam disputationem. » — 6 : « philosophorum deliramenta simplicitati ingerit christianae. » — II : « haec ab ecclesiis Christi damnanda interserit. » — 12 : «ad extremum intulit quod et cogitasse sacrilegium est. » — 13 : « rursumque blasphemans de Filio sic locutus est. » — 14 : « et ne parvam putaremus impietatem esse eorum quae praemiserat, » — Il conclut contre Rufin, 15 : « Cum haec se ita habeant, quae insania est, paucis de Filio et Spiritu sancto commutatis, quae apertam blasphemiam praeferebant, cetera ita ut scripta sunt protulisse in médium et impia voce laudasse, cum utique et illa et ista de uno impietatis fonte processerint ? » La lettre CXXVI, i, mentionne en passant l'opinion d'Origène sur l'origine des âmes. Les lettres CXXVII et CXXX font allusion à la controverse origéniste, en insistant sur le caractère d'hérésie, Epist. CXXVII, 9 : « haeretica in his provinciis exorta tempestas»; Epist. CXXX, 16: « de Orientis partibus haereticorum saeva tempestas. «
L'apparition du pélagianisme donna occasion à saint Jérôme de rattacher assez artificiellement la nouvelle hérésie à l'ancienne, dans la lettre à Ctésiphon {Epist. CXXXIII, 3) : « Vis adhuc et alium nosse tui erroris principem ? Doctrina tua Origenis ramusculus est. » Il renvoie au commentaire sur le psaume XV (cfr supra, p. 122, un passage des Tractatus). Il conclut : « Necerubescas de societate talium, renuens eorum nomina quorum blasphemiis iungeris. » Aussi le commentaire sur Jérémie (PL, XXIV, 679-900), écrit sous l'empire des mêmes préoccupations, se montre-t-il fort sévère pour Origène. Le pélagianisme est « nova ex veteri haeresi (édit. Reiter M, 17, 46, 56; V, 5; VI, 6; PL,
^ Dans les citations qui suivent, l'édition Reiter est indiquée par les numéros de chaque livre, celle de Migne (qui n'a pas de numérotation analogue) par la colonne.
XXIV, 689, C; 698,0; 702, A; 834, A; 869, A). Olim in Origene et dudum in discipulis eius Gmnnio (Rufin) Evagrioque Pontico et loviniano iugulata est » (préface du livre III ; 757-758); cfr IV, 28 (807, B) : « Nova quaedam immo iam vetera haereseos suae argumenta quaerentes.» Origène est mentionné, par son nom, comme le maître de Rufin et de Pelage (IV, 41 ;8i7); Jérôme note expressément que, s'il le nomme, c'est parce qu'on lui a reproché de dissimuler sous les expressions quidam et semblables ses propres idées : « Quod ego causa benevolentiae facio ne aliquem certo nomine videar lacerare. Quia igitur benignitas versa est in calumniam nunc dico et illi qui mortuus est (Rufin) et isti qui vivit (Pelage) et haeresim illius instaurare conatur magistrum eorum Origenem hune locum referre ad Christum... et non pertimescit ista commemorans. » — Cependant c'est là un fait isolé. Origène n'y gagne rien, car Jérôme le désigne partout d'une façon très reconnaissable,III, 19 (767, B) : «Délirât in hoc loco qui regem Christum... intelligit.» — IV, 9 (799, B) : « Nequaquam deliramenta quorumdam et captivitatem caelestis Hierusalem interprétantes. « — IV, 12 (800, C) : « Et hune locum, stulte quidam ad caelestem referunt Hierusalem, quod ne semper ammoneam tantum hoc dixisse sufficiat, vitandam istiusmodi explanationem immo haeresim, quae manifesta subvertit et praestigias quasdam ecclesiis Christi conatur inducere. » — IV, 42 (818) : « Audet quispiam ad typum referre Christi.» — V, 2 (833, A) : a Délirât in hoc loco allegoricus semper interpres et vim cupiens historicae facere veritati, etc.» — V, 14 (836, D) : « Quod quidem pravus interpres, in bonam partem accipit. » V, 27 (839, C) : « Allegorici interprètes istum omnem locum ad cunctas referunt nationes », avec au n. 28 (840, A) la réfutation. — V, 46 (849, C) : « Hune locum allegoricus interpres semper et historiae fugiens veritatem interpretatur de caelesti Hierusalem... hoc ille dixerit, ne defensores eius nobis calumniam faciant. Ceterum nos simplicem et veram sequamur historiam ne quibusdam nubibus atque praestigiis involvamur. » Un dernier passage (V, 66, 862, A) est des plus vifs : «Et in hoc loco delirus interpres somniat ruinam caelestis Hierusalem», une page résume cette idée (édit. Reiter, p. 358-359; 862, A C). Il conclut : « Haec ille dixerit, quae cum audiant discipuli eius et Grunnianae familiae stercora putant se divina audire mysteria nosque qui ista contemnimus quasi pro brutis habent animantibus. »
C'est naturellement le même état d'esprit que reflète le Dialogue contre les Pélagiens, composé et publié dans l'intervalle. La préface (PL, XXIII, 495) signale qu'Origène a mêlé dans ses Stromates à la vérité ecclésiastique les erreurs de la vieille Académie et des Stoïciens sur V apathie; puis relève une forme d'erreur qui lui est propre. Elle dit de Rufin (n. 2\Ibid. 497, B): « Qui non uni urbi sed orbi blasphemias Origenis et Periarchon libros quantum in se fuit intulit. » Plus loin
(I, 28; 522, B) Jérôme rejette la pénitence qu'Origène accorde au démon : « Quid ad nos qui et diabolum et satellites eius omnesque impios et praevaricatores dicimus perire perpetuo, et christianos, si in peccato praeventi fuerint, salvandos esse post poenas. » Ce n'est pas le lieu de discuter ce dernier texte.
Le changement de ton est manifeste, depuis que la nouvelle hérésie est intervenue : Jérôme en rend Origène et Rufin responsables presque plus encore que les Pélagiens.
N. B. Il n'est question dans cette note que de l'attitude de Jérôme à l'égard d'Origène, nullement de l'influence de ce dernier sur ses travaux scripturaires. Cette question capitale sera étudiée dans le prochain volume avec l'ampleur qu'elle mérite.
Jérôme n'attendit pas de connaître personnellement Didyme pour le louer. Dans sa continuation de la Chronique d'Eusèbe,à la 8 année de Valentinien et de Valens (PL, XXVII, 695-696; édit. Helm, p. 246), il écrit : « Didymus Alexandrinus multa de nostro dogmate per notarios commentatur qui, post quintum nativitatis suae annum, luminibus orbatus, elementorum quoque ignarus fuit. » La préface des homélies d'Origène sur Ézéchiel (PL, XXV, 585) cite son mot sur Origène : « Hominem, iuxta Didymi videntis sententiam, alterum, post apostolos, ecclesiarum magistrum. » A Rome, Jérôme songe à traduire son traité sur le Saint-Esprit et invité par le pape Damase, auquel il compte le dédier, il se met à l'œuvre, mais découragé par la mort du pontife son protecteur, il attend pour mener à bonne fin le travail d'être retourné de Babylone à Jérusalem, c'est-à-dire de s'être installé à Bethléem
A ce moment, il avait déjà fait la connaissance du savant aveugle. Au cours de son voyage en Egypte en 386, il s'était arrêté à Alexandrie près d'un mois, pour s'y instruire sur l'exégèse, auprès de lui (cfr V Apologie de Rufin, II, 12; PL, XXI, 594) : « Non totos XXX dies in tota vita sua Alexandriae, ubi erat Didymus, commoratus est. » Jérôme a parlé plusieurs fois de ce voyage : dans la préface au commentaire sur la lettre aux Éphésiens (PL, XXVI, 440, B) : « Nuper ob hanc causam vel maxime Alexandriam perrexi ut viderem Didymum et ab eo in Scripturis omnibus quae habebam dubia sciscitarer >»; dans la lettre LXXXIV, 3 : « lam canis spargebatur caput et magistrum potius quam discipulum decebat, perrexi tamen Alexandriam, audivi Didymum, in
multis ei gratias ago, quod nescivi didici, quod sciebam, illo diversum docente, non perdidi. » Aussi l'appelle-t-il son maître, dans la lettre L, I, à Domnion : « Gregorium et Didymum in scripturis sanctis Kadrtyr]Taç habui », et un peu plus loin (n. 2) il le donne comme le type de la science scripturaire. Au commentaire sur Osée, il rappelle encore ce séjour (fin de la préface; PL, XXV, 819-820) : « Ante annos circiter viginti duos (on est en 406, ce qui donnerait soit 384, soit 385, en fait c'est 386) cum rogatu sanctae et venerabilis socrus, immo matris tuae (Pammachius) Paulae... essem Alexandriae, vidi Didymum et eum fréquenter audivi, virum sui temporis eruditissimum. » La préface du commentaire sur Isaïe, dans le dernier passage où Jérôme ait écrit le nom de Didyme, en 408, lui donne, — fait unique depuis la controverse origéniste, — un amical souvenir (PL, XXIV, 21. A) : « Didymus, cuius amicitiis nuper (il y avait 22 ans) usi sumus. » Au cours de ces entretiens, dit Jérôme (Comm. in Os.; PL, XXV, 82), «rogavi eum ut quod Origenes non fecerat ipse compleret, et scriberet in Osée commentarios. Qui très libros, me petente, dictavit, quinque quoque alios in Zachariam. » Ce dernier ouvrage est rappelé aussi dans la préface du commentaire sur Zacharie (PL, XXV, 1418, A) : « Didymus quinque explanationum libros me rogante dictavit, quos cum aliis tribus in Osée et mihi 7rporTt(pu)VT]atv, sed tota eorum exegesis allegorica fuit et historiae vix pauca tetigerunt. » Le De Viris, CIX (PL, XXIII, 705, A) rappelle déjà ces deux ouvrages : « In Osée ad me scribens commentariorum libros très et in Zachariam, meo rogatu, libros quinque. » C'est sans doute à cette occasion qu'il apprit, soit de Didyme luimême soit de son entourage, l'anecdote sur la visite à Didyme d'Antoine le Grand, qu'il racontait, pour le consoler, à l'aveugle Castricianus dans sa lettre LXVIII, 2 (cfr tome I, p. 169).
Ce séjour donna matière, au temps de la controverse origéniste, à une polémique entre lui et ses adversaires. Pour Didyme comme pour Origène, on lui reprochait d'avoir avec désinvolture renié ses anciennes amitiés. On citait une lettre écrite par lui à Didyme, dont les sentiments contrastaient avec ceux qu'il manifestait actuellement. Jérôme répondit {Epist. LXXXIV, 3) qu'il continuait à regarder Didyme comme son maître, au même titre qu'Apollinaire : cela ne comportait pas l'acceptation de leurs erreurs opposées : « Horum omnium fréquenter in opusculis meis facio mentionem. Certe Apollinaris et Didymi inter se dogma contrarium est. Rapiat me ergo utraque turma altrinsecus, quia magistrum utrumque confiteor.^.. Et audet quispiam proferre litteras meas ad Didymum quasi ad magistrum : grande crimen discipuli si hominem eruditum et senem magistrum dixerim. Et tamen volo inspicere ipsam epistulam quae, tanto tempore in calumniam
reservata, nihil praeter honorem et salutationem continet. Inepta sunt haec et frivola.»Un peu plus tard Rufin reprit la question et lui reprocha de se vanter, en se réclamant de Didyme comme de son maître par excellence : il ne l'avait pas même entendu pendant un mois I Lui au contraire avait été son auditeur plus de six ans : il ne cherchait pas pour cela à se faire valoir {Apol.lî, 12 ; PL, XXI, 594-595). Jérôme dans sa réplique {Apol. III, 28; PL, XXIII, 478) ne conteste pas les faits. Il se contente de répondre ironiquement, en opposant les livres que Didyme lui a dédiés à ceux dont Rufin a été de son côté le destinataire : « Exstat liber Didymi ad te quo sciscitanti tibi respondit non eos (infantes) multa peccasse et ideo corporum carceres tantum eis tetigisse sufiicere. Magister meus et tuus eo tempore quo tu ab eo ista quaerebas (quare moriuntur infantes cum propter peccata corpora acceperint) très explanationum in Osée prophetam libros ad me, me rogante, dictavit. Ex quo apparet quid me, quid te docuerit. »
Il profite de cette polémique pour expliquer son attitude (Ibid., 27; 477, B C) : « In Didymo et memoriam praedicamus et super Trinitate fidei puritatem ; sed in ceteris, quae Origeni maie credidit, nos ab eo retrahimus. Magistrorum enim non vitia miranda sunt sed virtutes. » Un peu plus haut l'opposition entre Didyme et Apollinaire (Ibid., 13; 467, B) lui a servi à démontrer que, contrairement à ce que Rufin affirme, lorsqu'il rapporte une opinion par les mots quidam, alius, ce n'est pas un alibi pour cacher ses propres doctrines : « Inter Apollinarium et Didymum explanationis, styli et dogmatum magna diversitas est. » Enfin elle lui donne l'occasion de préciser l'attitude de Didyme à l'égard d'Origène. Il ne s'est pas contenté d'expliquer les passages du Periarchon sur la Trinité; il les a glosés, dans un bref commentaire, en les excusant par le fait qu'ils sont trop sublimes pour être compris de nous. Jérôme conjecture qu'il a mis aussi la main à V Apologie d'Origène que Rufin n'a aucun droit d'attribuer à Pamphile. Eusèbe seul et Didyme peuvent en revendiquer la paternité (Apol. II, 11; PL, XXIII, 434, C) : « In primo libro ubi Origenes, lingua sacrilega, blasphemavit quod Filius Patrem non videat, tu (Rufin) etiam causas reddis, quasi ex persona eius qui scripsit et Didymi interpretaris <t\6Xiov in quo ille casso labore conatur alienum errorem defendere quod Origenes quidem bene dixerit sed nos simplices homines et cicures Enniani nec illius sapientiam nec tuam qui interpretatus es, intellegere possumus. » Un peu plus loin {Ibid. ,16; 438,0 D), il ajoute quelques détails sur ce travail : « Quid respondebis pro Didymo qui certe in Trinitate catholicus est ? Cuius etiam nos de Spiritu sancto librum in latinam linguam vertimus. Certe hic in his quae ab haereticis in Origenis operibus addita sunt consentire non potuit et in ipsis Periarchon quos tu interpretatus es libris, brèves dictavit commentariolos quibus non negaret ab Ori-
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gène scripta quae scripta sunt, sed nos simplices homines non posse intellegere quae dicuntur et quo sensu in bonam partem accipi debeant persuadere conatur. Hoc dumtaxat de Filio et Spiritu sancto. Ceterum in aliis dogmatibus et Eusebius et Didymus apertissime in Origenis scita concédant et quod omnes Ecclesiae reprobant catholice et pie dictum esse défendant. » {Ibid., III, 12; 465, D) : « Et hoc (in binam partem plerisque blasphemiis commutatis) vel Didymum vel te vel alium fecisse nescio quem. » C'étaient deux idées qu'il développait déjà, dans sa lettre LXXXIV, 10 et 11, écrite trois ans auparavant en 399.
Les divers passages où Jérôme fait encore allusion à Didyme peuvent ser\'ir à illustrer la notice qu'il lui a consacrée au chapitre CIX du De Viris. Jérôme le mentionne parmi ceux qui commentent toujours les traducteurs juifs avec les Septante (Apol. II, 34; PL, XXIII, 456, A), qui ont publié des écrits sur le nombre impair {Epist. XLVIII/XLIX, 19), qui ont commenté dans un sens plus défavorable encore que lui le chapitre de l'épître aux Corinthiens sur le mariage {Epist. XLIX- XLVIII, 3). Il donne un assez long extrait de son commentaire de Vomnes quidem dormiemus {Epist. CXIX, 5). Il le cite parmi les Grecs qui se sont occupés de Melchisédech,mais il remarque qu'il n'a fait que suivre l'opinion d'Origène {Epist. LXXIII, 2). C'est également le sixième commentateur grec des Psaumes {Epist. CXII, 20). Il rappelle qu'il l'a traduit, non seulement dans la notice du De Viris et V Apologie (II, 16; 638, D), mais dans la lettre LXXI,5,à Lucinus. Il le mentionne parmi ses sources pour le commentaire sur saint Matthieu (PL, XXVI, 20, B), sur l'épître aux Galates {Ibid. 309, A): «Didymum videntem meum »; sur celle aux Éphésiens {Ibid. 442, C) : « quosdam commentariolos edidisse. » Enfin il signale (PL, XXIV, 21, A) les dix-huit tomes qu'il a écrits sur Isaïe, depuis le chapitre XL, 3, jusqu'à la fin. Jérôme ignore s'il a commenté la parabole de l'économe infidèle {Epist. CXXI, 6, fin). La notice du De Viris, z\ec quelques autres indications, ajoute qu'au moment où Jérôme écrivait, Didyme avait achevé sa quatre-vingt-troisième année.
Comme Jérôme le citait à l'appui de son opinion, à titre d'information, dans sa controverse avec saint Augustin, sur l'épisode de Céphas et de Paul à Antioche, celui-ci fait remarquer que, comme pour Origène, après les blâmes si sérieux qu'il avait récemment infligés à leur doctrine, il devait sans doute maintenant se refuser à les invoquer pour garants {Epist. CXII, 4 et CXVI, 23).
s. — RUFIN ET SAINT JEROME 131