‹ Saint JérômeChapitre 30 sur 192 · LE RETOUR A ANTIOCHE. APOLLINAIRE · texte numérisé non relu

LE RETOUR A ANTIOCHE. APOLLINAIRE

dois communiquer en Syrie. Daigne ne pas mépriser mon âme pour qui le Christ est mort. »

Nous ignorons également quelle suite eut cette humble prière. Au désert la situation ne faisait qu'empirer. Elle finit par devenir intolérable. Un prêtre du voisinage, Marc, avec qui Jérôme entretenait les meilleurs rapports, crut pouvoir intervenir et, peut-être pour calmer les adversaires, lui demander une profession de foi par écrit. Jérôme répondit ^ par une invective virulente à l'adresse de ces moines qui, des trous de leur cellule, condamnaient le monde et, sous le sac et la cendre, se permettaient de juger les évêques. C'était en même temps un cri de douleur contre cette barbarie qui l'obligeait à répudier son rêve le plus cher et, après avoir éloigné de lui peu à peu tous ses compagnons à qui la vie au milieu des fauves paraissait plus enviable que le séjour parmi de tels chrétiens, le forçait lui-même à penser au départ, dès que sa faible santé et la fin de l'âpre hiver lui permettraient de se mettre en route. Il demandait seulement qu'on prît patience quelques jours encore. D'ailleurs saint Cyrille, un prêtre ou un évêque du voisinage sans doute, avait en mains par écrit sa profession de foi.

Le solitaire désabusé rentra donc à Antioche, le cœur ulcéré par les mauvais procédés dont il était la victime. Entretemps, au sujet du schisme, reçut-il une réponse de Damase ou suivit-il seulement l'exemple et les conseils d'Evagrius ? Nous ne savons. Celui-ci, dès son retour en Orient, en dépit des promesses faites à saint Basile ^, s'était détourné des méléciens et n'avait pas tardé à devenir le plus ferme appui de Paulin. La chose était d'importance, à cause de l'autorité dont il jouissait en Occident, en particulier auprès de Damase, par suite des services rendus. A son tour Jérôme se laissa donc gagner. Non seulement Paulin le compta au nombre de ses fidèles, mais il parvint même, à force d'instan-

* Epist. XVII, ad Marcum presbyterum Chalcide.

* S. Basile, Epist. CXXXVIII, 2 (PG, XXXII, 580, C).

ces, à le déterminer à se laisser ordonner prêtre. Ce fut cependant à la condition expresse que cette ordination n'attenterait en rien à sa liberté de moine, c'est-à-dire ne l'attacherait point à l'église d'Antioche et ne l'astreindrait point à l'exercice des fonctions sacerdotales ^.

Cela ne changea rien à ses habitudes et à ses occupations. L'étude de l'Écriture l'avait pris tout entier. Il résolut donc de profiter de l'excellente occasion qui s'offrait à lui d'entendre l'un des maîtres de l'exégèse. C'était Apollinaire lui-même, l'évêque hétérodoxe de Laodicée, qui venait souvent à Antioche et y commentait la Sainte Écriture. Jérôme laissait dire lorsque le vieillard exposait son erreur, contre laquelle il était suffisamment prémuni, mais il notait avec soin les explications qui éclairaient, par une érudition étendue, les passages difficiles de l'Écriture et les réfutations des attaques de Porphyre ou des autres adversaires de la foi chrétienne. Plus tard il aimait à rappeler ce qu'il devait à ce maître dont, sans doute, il commença dès lors aussi à se faire transcrire les ouvrages ^. Il est probable que c'est également alors qu'il entra en relation avec les Nazaréens de Bérée et reçut d'eux communication de cet évangile en hébreu, où l'on voulait voir l'original de saint Matthieu. Sans aller jusque là, Jérôme y attachait une certaine importance et, plus tard, le traduisit "*.

Il faut encore dater vraisemblablement de ce nouveau séjour à

^ Contra lohann. Hierosoi. XLI (PL, XXIII, B C) : « Idem ab eo audies quod a me misello homine sanctae memoriae episcopus Paulinus audivit : Num rogavi te ut ordinarer ! Si sic presbyteriumi tribuis ut monachum nobis non auferas, tu videris de iudicio tuo. Sin autem sub nomine presbyterii tollis mihi propter quod saeculum dereliqui, ego habeo quod semper habui, nullum dispendium in ordinatione passus es. »

^ Sur les relations avec Apollinaire, voir la table générale au mot Apollinaris (PL, XXX, 923). — Epist. LXXXIV, 3 : « Dum essem iuvenis miro discendi ferebar ardore nec iuxta quorundam praesumptionem ipse me docui. Apollinarem Laodicenum audivi Antiochiae fréquenter et colui et cum me in sanctis Scripturis erudiret nunquam illius contentiosum super sensu dogma suscepi. » Sur l'époque de cette fréquentation, voir la chronologie.

^ De Viris, chapitre III. Les autres textes de saint Jérôme, dans Handmann, Das Hebrderevangelium (TU, t. V, 3), 1888, p. 45-65. Voir aussi A. Schmidtke, Neue Fragmente und Untersuchungen zu den ludenchristlichen Evangelien (TU, t. XXXVII, i), 191 1, 246-286; LiAGRANGE, L'Évangile selon les Hébreux, S. Jérôme, dans Revue Biblique, t. XXI, 1922, p. 321-349.

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