VIII INTRODUCTION
que réclamerait la situation. Chaque genre a ses lois qu'il faut suivre et d'après lesquelles il faut juger les écrits.
Ailleurs il a lui-même appliqué consciemment la théorie ^, et cet exemple doit être toujours présent à l'esprit, quand on utilise son œuvre, car il éclaire d'un jour singuUer cet état d'âme si différent du nôtre. Il serait aussi injuste qu'inélégant de le taxer d'insincérité. Son ami Rufin l'ayant visé, dans sa préface du Periarchon, d'une manière qu'il jugea désobligeante et qui lui imposait, assuraient ses partisans romains, de protester publiquement, Jérôme, ne tenant pas à briser une amitié péniblement renouée, imagina pour tout concilier d'écrire la phrase suivante : c( Les feuilles que vous m'avez envoyées m'ont honorablement insulté. Elles louent mon talent, de manière à me refuser l'orthodoxie. Comme à Alexandrie, à Rome et dans presque tout l'univers de braves gens ont l'habitude de répandre les mêmes bruits, et m'aiment au point de ne pouvoir être hérétiques sans moi, je laisserai les personnes et répondrai aux faits et aux accusations seulement. « Rufin s 'étant plaint de cette attaque, à son avis injustifiée, Jérôme lui fit en toute candeur l'étrange réponse que voici : « Ce dont un seul et un ami m'avait chargé à Rome, j'ai dit que beaucoup d'ennemis me le reprochaient dans tout l'univers, pour ne point paraître répondre à une personne, mais à une accusation. » Ainsi pour dépister les lecteurs et ne point mécontenter Rufin, Jérôme multipliait le nombre de ses ennemis. Il créait de toutes pièces le fait d'une opposition qui, par la précision des
^ Epist. LXXXIV, I , à Pammachius et Océanus : « Schedulae quas misistis honorifica me affecerunt contumelia, sic ingenium praedicantes ut fidei tollerent veritatem. Quia eadem et Alexandriae et Romae et in toto paene orbe boni homines super meo nomine iactare consueverunt et tantum me diligunt ut sine me haeretici esse non possint, omittam personas et rébus tantum et criminibus respondebo.» Dans V Apologie, — je désignerai toujours sous ce nom le Contra Rufinum, — expliquant son attitude (11,3; PL, XXIII, 399, C), il écrit: « Quamvis laesus sic amicitiae iura servavi ut me sine accusantis accusatione defenderem et quod unus Romae amicus obiecerat a multis in toto orbe inimicis dicerem iactitatum, ut non viderer homini sed criminibus respondere. » Il répète cette explication, l'année suivante {Apol. III, 34; Ibid. 482, A): " Purgare me volui et hoc sine invidia nominis tui ut quod tu solus accusaveras ad multos referrem, non tibi haeresim obiciens sed a me repellens. »