‹ Saint JérômeChapitre 5 sur 192 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

détails donnés (Alexandrie, Rome), pouvait paraître une information historique de première valeur.

On pourrait citer d'autres exemples ^. Ils ne doivent entraîner, je le répète, aucune appréciation désobligeante sur la sincérité de saint Jérôme. On reste dans l'ordre littéraire et psychologique, au moins habituellement. Il faut seulement y voir un procédé de style sur lequel il n'y a point à prendre le change, quand il s'agit d'interpréter les textes. Leur donner une valeur absolue serait s'exposer à des erreurs considérables. C'est dire toute la complexité et la délicatesse de la tâche qui s'impose à l'historien.

Une autre conséquence doit être signalée. Puisqu'il faut y regarder de si près et n'accepter les assertions, parfois les plus formelles, que sous bénéfice d'inventaire, saint Jérôme ne peut être le seul à profiter d'un traitement équitable. Ses adversaires ont droit à voir leur cause appréciée avec la même impartialité. Pour les juger il faut tenir compte de l'état d'esprit et des habitudes littéraires de leur contradicteur. L'historien n'est pas un apologiste. Quelles que soient ses sympathies personnelles, il doit à tous la même mesure de justice et de compréhension et ne saurait approuver chez les uns ce qu'il a déclaré blâmable chez les autres. Il est assurément plus facile et parfois, peut-être, littérairement plus intéressant de simplifier les lignes, d'accuser les contrastes ou d'aviver les couleurs, mais pour les morts comme pour les vivants, même dans les querelles de plume, la probité, l'attention vigilante à se conformer aux exigences rigoureuses de la conscience professionnelle restent le premier des devoirs. C'est à quoi j'ai tâché au cours de ce volume.

Il repose avant tout sur l'étude directe des textes. L'édition critique des œuvres de saint Jérôme en est à peine à ses débuts, sauf pour les lettres ^. Elle a cependant déjà permis à plusieurs

* Il est clair, en particulier, que lorsqu'il parle des gens qui viennent se plaindre à lui catervatim à Bethléem ou de tota Italia et Dalmatia, il faut mettre une sourdine. Là où la lettre LXXXV, 3, dit : « Nisi omnis paene fraternitas postulasset », en parlant de Rome, il faut voir seulement un écho de ce que Pammachius et Oceanus disaient dans leur lettre : « Non tam nobis quam universis qui in Urbe habitant profuturum opus » (Epist. LXXXIII).

2 Le second volume contiendra une étude sur les éditions de saint Jérôme.

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