LE TRAITE SUR LE SAINT-ESPRIT
salem, et après la chaumière de Romulus et les Lupercales, j'ai contemplé l'hôtellerie de la Vierge et la grotte du Sauveur. Aussi, mon cher frère Paulinien, puisque le pape Damase, qui m'avait poussé le premier à faire ce travail, repose dans le Seigneur, aidé par tes prières et celles des vénérables servantes du Christ Paula et Eustochium, ce cantique que je n'ai pu chanter sur la terre étrangère, maintenant, à votre appel en Judée, je vais le murmurer, estimant singulièrement plus auguste la patrie du Sauveur que celle du fratricide. J'affiche l'auteur dès le titre. J'ai préféré traduire l'ouvrage d'autrui, qu'à l'exemple de certains, corneille informe, m'orner de couleurs étrangères. J'ai lu récemment un opuscule sur l'Esprit-Saint et, selon la pensée du comique, du grec excellent a donné un latin qui ne l'est guère. Ici point de dialectique, rien de viril et de serré, qui entraîne, même malgré lui, le lecteur à l'assentiment. Tout est spongieux, mou, lustré et joli, tacheté çà et là de couleurs recherchées. Mais mon Didyme, qui possède l'œil de l'épouse du Cantique et ces regards que Jésus recommande de porter sur les moissons blanchissantes, voit les choses de bien plus haut, et nous ramène au temps de jadis où le prophète s'appelait voyant. Qui le lira reconnaîtra les larcins latins et méprisera les ruisseaux, ayant une fois puisé à la source. Il est gauche pour le style mais non pour la science, c'est un vrai disciple des apôtres qu'exprime son langage, par la splendeur des pensées comme par la simplicité de l'expression. »
La traduction de saint Jérôme devait être plus utile encore qu'il ne le pensait. L'original ayant péri, c'est par elle seule que le travail de l'aveugle d'Alexandrie nous est connu. Si Jérôme ne s'est pas astreint à une littéralité scrupuleuse dans l'emploi du vocabulaire théologique dont la précision était un des mérites de l'original, cependant il s'est acquitté avec fidélité de l'œuvre de traduction et peut revendiquer sa part de l'influence exercée par ce traité sur la théologie latine, déjà dans les œuvres de saint Augustin 1.
Il est assez naturel de penser que ce fut peu de temps après que saint Jérôme acheva une autre œuvre, commencée elle aussi à Rome, et dont le contenu semble bien indiquer qu'il s'agit de son plus ancien travail d'exégèse approfondie, le commentaire sur l'Ecclésiaste ^ :
^ Bardy, Didyme l'aveugle, p. 19-22.
- PL, XXIII, loog-inô; préface, 1008-1012
136 l'établissement a BETHLÉEM
•< Je me souviens, écrit-il, dans une courte préface, qu'il y a environ cinq ans, quand j'étais encore à Rome, et lisais à Blésilla l'Ecclésiaste, pour la pousser au mépris de ce siècle et à regarder comme néant tout ce qu'elle voyait en ce monde, elle me pria d'en expliquer, sous forme de petit commentaire, toutes les obscurités. Ainsi, en mon absence même, elle pourrait comprendre ce qu'elle lisait. Au moment où je m'apprêtais au travail, une mort subite nous l'a ravie : nous n'avons point mérité, Paula et Eustochium, d'avoir une telle compagne de vie. Atteint d'une pareille blessure, je me suis tu, mais établi maintenant à Bethléem, cité plus auguste, je paie ma dette à son souvenir et à vous-mêmes. En peu de mots, je vous avertis que je n'ai suivi l'autorité de personne. Traduisant sur l'hébreu, je me suis conformé de préférence à l'usage des Septante, là où ils ne différaient pas notablement de l'original. Parfois j'ai mentionné aussi Aquila, Symmaque et Théodotion. Je n'ai point voulu par la nouveauté absolue décourager le goût du lecteur ni non plus, contre mes propres sentiments, abandonner la source de vérité pour les ruisseaux des opinions. »
Ce travail est à la fois une traduction et un commentaire. Il représente une œuvre de transition ^. Le texte original n'est pas toujours serré de près comme il le sera plus tard, quand Jérôme traduira ex professa l'Ancien Testament sur l'hébreu. Il y a un certain arbitraire, comme dans les cas analogues. La version latine tantôt suit de près le texte, tantôt modifie seulement quelques mots de la traduction préexistante, tantôt se contente de la reproduire. Toutefois le commentaire signale les divergences et assez souvent non seulement fait connaître l'opposition entre l'hébreu et les Septante, mais relève, parfois en le discutant ou en l'appréciant, le témoignage des autres traducteurs grecs 2, énumérés dans la préface. Le commentaire interprétatif lui-même est assez soigné et personnel. Il y a, çà et là, quelques allusions aux auteurs consultés avant de se mettre à l'œuvre : Origène, parfois réfuté et souvent suivi, Victorin de Pettau, Apollinaire, Grégoire le Thaumaturge. Occasionnellement Jérôme cite aussi Lactance ^. Une grande place est accordée aux dires du juif qui
^ Cfr GiETMANN, Commentarius in Ecclesiasten , spécialement p. 50-52; Pode- CHARD, Commentaire sur VEcclésiaste, p. 28 et la table, au mot Jérôme.
^ Cela resssort en particulier des nombreux passages où, tout en citant les opinions émises, Jérôme donne son avis, approuve, blâme ou compare (melius...).
^ Origène : 1019, B (in quodam libro; réfuté) ; 1044 C (alii) ; 1045, A; 1050, B,