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part, il s'est alors décidé pour la composition d'une véritable traduction indépendante de tout commentaire et, d'autre part, encouragé par ses premiers essais, il s'est appliqué à la grande exégèse, laissant aux Juifs leurs fables ridicules et se préoccupant de reprendre et de vulgariser l'œuvre des commentateurs de langue grecque, trop peu connus encore en Occident.
Tout d'abord il continua la revision des Septante partiellement entreprise. Une seconde fois il aborda le Psautier pour retoucher sa traduction faite à Rome et surtout y noter les signes diacritiques ajoutés par Origène à son édition ^. Puis ce fut le tour du livre de Job, des Paralipomènes, des livres salomoniens (Proverbes, Ecclésiaste, Cantique) ^. Il avait fait de même pour d'autres livres, mais ce travail lui fut en grande partie dérobé et Jérôme, qui songeait à mieux, ne se sentit point le courage de le refaire.
Il se mit donc audacieusement à traduire les Livres Saints d'après l'hébreu. Ce furent d'abord les grands et les petits Prophètes, les deux livres de Samuel et les deux livres des Rois, puis enfin les Psaumes. Le travail était intermédiaire entre la simple revision sur le grec et une traduction entièrement nouvelle. Ici, comme pour les Évangiles, mais, par la force des choses, dans une mesure beaucoup plus restreinte, saint Jérôme utilisait le texte latin préexistant, le rapprochait directement du texte hébreu, le rendait plus clair et plus élégant. Il dotait le monde occidental d'une édition de la Bible que les Grecs eux-mêmes pourraient bientôt lui envier, agréable à lire et cependant fidèle, qui ne rebuterait plus les délicats par la rudesse et l'imperfection de l'expression, bien que restant accessible à tous par la simplicité. Si le labeur était pénible, le succès, lent à venir d'abord, devait dépasser toutes les prévisions ^. Par manière de délassement, sans
^ Autant qu'on en peut juger par les éditions, le texte a été relativement peu retouché, beaucoup moins qu'on ne le laisse habituellement entendre. La revision a surtout consisté dans l'emploi des signes diacritiques. Cfr la préface (PL, XXIX, 1 17-120).
- PL, XXIX, 61 et suiv. La préface {Ibid. 62) fait allusion à celle du Psalterium gallicanum à propos des signes diacritiques.
^ Les détails sur cette traduction sont renvoyés au second volume.
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doute, il voulut également traduire en grec d'abord, puis en latin, le prétendu texte original de saint Matthieu, l'apocryphe appelé depuis Évangile selon les Hébreux. Malheureusement, de cette dernière traduction il ne reste que des fragments insignifiants. C'est vers la fin de cette période, qui précède immédiatement la composition du catalogue des écrivains chrétiens appelé le De Viris illustribus, qu'il faut placer les premiers commentaires sur les livres de l'Ancien Testament d'après l'hébreu. Jérôme s'attaqua d'abord aux petits Prophètes : Nahum, Michée, Sophonie, Aggée, Habacuc ^. Avec quelques différences de détail le procédé y est partout le même : Jérôme commence par citer la traduction qu'il a faite sur l'hébreu et l'accompagne d'une version directe des Septante ^. Puis, quelques explications données sur le sens littéral, Vhistoire comme il l'appelle, qui l'intéresse médiocrement, ainsi que presque tous ses contemporains, il aborde le sens typique. Le plus souvent il n'y a qu'à appUquer à Jésus-Christ, à l'Église, aux fidèles d'une part, aux hérétiques, au démon, aux pécheurs d'autre part, les textes du prophète et les événements qu'il vient à mentionner. Les chiffres et les noms propres sont naturellement expliqués selon la méthode en honneur et apportent leur contribution à l'exégèse allégorique. Çà et là quelques allusions à sa propre histoire ou aux faits plus récents, quelques explications pratiques viennent seules rompre la monotonie d'une exégèse souvent trop artificielle pour nous captiver beaucoup aujourd'hui. Il ne faut point méconnaître cependant que, telle quelle, elle fournissait une riche matière aux méditations des lecteurs à qui elle était destinée. Pour le texte, Jérôme, qui critique âprement parfois celui des Septante et relève minutieusement toutes les divergences qu'il présente avec l'hébreu, ne discute guère ce dernier, l'accepte tel que le lui fournissaient les Hexaples d'Origène, substantiellement identique au
^ Voir la chronologie, t. II, p. 29-30. Cea commentaires sont dans PL, XXV : Nahum, 1231-1271 ; Michée, 1151-1230; Sophonie, 1337-1388; Aggée, 1387- 1416; Habacuc, 1273-1338.
- Il y suit régulièrement l'ordre même des mots grecs. Ce sont donc autant de textes à ajouter à ceux qui nous ont été transmis, comme faisant partie de sa traduction des Septante.
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texte massorétique actuel, et se borne à signaler, avec une prédilection marquée pour Symmaque, les différentes versions faites directement sur l'hébreu et recueillies par Origène.
Sur le modèle des tomes de ce dernier, il composa aussi le commentaire scientifique 1 de quelques Psaumes (X-XVI). Déjà, avant de traduire le Psautier sur l'hébreu, Jérôme, à l'exemple encore d 'Origène, et en guise de complément à ses scholies, avait composé, à la demande d'un ami, avec qui il lisait ce livre, de courtes gloses, publiées sous le titre de Comtnentarioli in Psalmos ou à' Enchiridion 2.
Ainsi s'écoulait sa laborieuse existence, dans la variété des occupations dont l'étude de l'Ecriture formait toujours le centre. On aurait tort de croire que ce fût toujours dans un calme absolu. Si de précieuses sympathies le soutenaient, les oppositions violentes, auxquelles il avait cédé, en quittant Rome, n'avaient point désarmé. La traduction d'après l'hébreu vint à point leur fournir un nouvel aliment. Nous sommes mal renseignés sur la manière dont elles se manifestèrent : seules les plaintes de saint Jérôme dans ses préfaces font écho à ces attaques. Le prétexte en était toujours le même : Par cette œuvre le nouveau traducteur ruinait l'autorité des Septante, cette version vénérable, que beaucoup regardaient comme inspirée, et qui avait été léguée à l'Église par le Christ et les Apôtres. C'était donc une intolérable initiative et le fait d'un orgueil démesuré que de prétendre lui substituer une œuvre purement humaine, dont le moins que l'on pût dire, est qu'elle se présentait sans aucune garantie. Jérôme ressentait cruellement la blessure de ces attaques, ses vives ripostes en témoignent. Mais heureusement elles ne parvenaient point à le décourager. Il avait trop conscience du service qu'il rendait à l'Église pour céder à ces impertinentes mises en demeure. Tout en expliquant, sans se lasser, dans ses préfaces,
1 De Viris, CXXXV (PL, XXIII, 717, B) : «In Psalmos a X usque ad XVI tractatus Vil.» Ils sont perdus, sauf sans doute le Tractatus in Psalmum XV, publié par dom Morin, dans les Anecdota Maredsolana, t. III, m, p. ro-31.
* Commentarioli in Psalmos, édités par dom Morin, dans les Anecdota Maredsolana,t. III, i, 1895; attestés par saint Jérôme, Apol.l, 19 (PL, XXIII, 413, B).
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son attitude à l'égard des Septante, et en y multipliant les protestations de respect à leur sujet, il continuait son œuvre. Des encouragements efficaces et autorisés ne cessaient d'ailleurs de le soutenir et de compenser la peine que lui causait l'inintelligente obstination de ses adversaires ^.
Il en était là lorsque la demande d'un ami distingué, Flavius Dexter, lui fournit l'occasion de jeter un coup d'œil rétrospectif sur son œuvre passée, en même temps que sur les écrivains qui l'avaient précédé. Il composa, pour l'information des chrétiens et de leurs adversaires, une histoire littéraire analogue aux résumés publiés sur les écrivains profanes par Suétone. Ce De Vins illustribus ' comprenait plus de cent trente notices sur les écrivains chrétiens, dans l'ordre chronologique ^. Le fond en est avant tout emprunté à Eusèbe, dont l'histoire ecclésiastique était fort riche en renseignements de ce genre. Jérôme y ajoute peu pour les écrivains dont a parlé Eusèbe : à peine çà et là un détail utile à recueillir; quelques épithètes laudatives, assez vagues, sont le principal apport, avec le labeur, plus important mais en somme assez facile, de résumer et de classer ce qui se rapporte à chaque écrivain. Pour le IV^ siècle, au contraire, l'œuvre est pleinement originale et nous conserve de précieux détails que l'on chercherait vainement ailleurs. Ils feront excuser plus facilement ce que le petit livre présente d'incomplet, d'arbitraire et de superficiel. Ce De Viris eut beaucoup de succès. Il le méritait moins pour sa valeur intrinsèque que parce qu'il marque une date: c'est la naissance de l'histoire littéraire du Christianisme et comme la consécration de l'existence d'une littérature chrétienne distincte de la littérature profane et s 'efforçant de rivaliser avec elle pour la forme, tout en lui étant infiniment supérieure pour le contenu.
^ Voir note complémentaire P.
^ PL, XXIII, 601-720; éditions Bernoulli (Fribourg, 1895) et Richardson dans TU, t. XIV, i, 1896; cfr l'édition annotée de Sychowski, Munster, 1894; ibid., p. 197-198, la liste des additions faites par saint Jérôme aux renseignements fournis par Eusèbe.
^ Il y a en plus quelques écrivains juifs ou païens auxquels s'intéressait plus particulièrement la littérature chrétienne : Philon, Josèphe, Sénèque, Juste de Tibériade. En tout cent trente-cinq notices; la dernière est la notice autobibliographique de saint Jérôme, jusqu'à l'année 392.