‹ Saint JérômeChapitre 57 sur 192 · XLVI · texte numérisé non relu

XLVI

' Epist. CXXVII, 8.

* Epist. LIX, rapportée à 395-396. Il faut y ajouter une autre lettre, au temps de la controverse origéniste, adressée à son cousin Pammachius, lettre XCVII, en 402. Sur le rôle qu'elle joua pendant cette querelle, voir plus loin, livre IV, chapitre II, p. 234, 235, 255 et suiv.

nence^. Tout en écartant les louanges de son correspondant, dont son humilité s'effare, et en le félicitant d'avoir traversé sans accident la mer orageuse du siècle pour arriver à la paix du Christ, il l'invite à être, comme son nom le veut, un homme de désir. Il se joint aux instances de Paula pour l'engager à venir les voir en visitant les Saints-Lieux et, en attendant, sur sa demande, il lui indique où il pourra se procurer à Rome un exemplaire de ses œuvres.

C'est encore dans le même sens qu'il écrit, cinq ans plus tard, à un autre correspondant qui d'Espagne, cette fois, lui avait fait part d'une résolution semblable. La sympathie y apparaît encore plus vive ^. Que Lucinus et Théodora achèvent de se libérer, qu'ils ne se contentent point de renoncer aux biens terrestres : c'est le premier pas dans la voie de la perfection; qu'ils avancent : Dieu veut plus encore les âmes des fidèles que leurs richesses. Qu'ils viennent eux aussi habiter les Lieux-Saints. Après quelques détails sur ses travaux et une consultation sur le jeûne et la communion quotidienne, Jérôme, en reconnaissance pour l'offrande de deux manteaux et d'une tunique, envoie quatre petits cilices, symboles de pauvreté et de pénitence, et l'un de ses plus récents ouvrages, un commentaire sur le sens littéral des dix visions d'Isaïe, écrit à la prière de l'évêque Amabilis. Ces objets leur rappelleront Jérôme et les exciteront à préparer le voyage en Palestine ^.

Hélas ! cette amitié à laquelle le moine de Bethléem s'était donné de toute son âme devait être courte. Quelques mois après, Lucinus était emporté par la mort et il ne restait à son correspondant que la triste consolation d'adresser à Théodora son éloge funèbre *. Il l'encourageait en lui montrant son mari dans la

' Epist. XLVII. Le séjour à Rome ressort du n. 3 : ■< Quod si exemplaria Jibuerit mutuare, vel a sancta Marcella quae manet in Aventino, val a Lot temporis nostri Domnione, viro sanctissimo, poteris accipere »; en 393.

- Epist. LXXI, en 398. Lucinus est l'orthographe adoptée par M. Hilberg, d'après les manuscrits, au lieu de Lucinius, forme que donnent les éditions antérieures.

'£/)wï. LXXI,7.

* Epist. LXXV, en 399.

gloire, au ciel, d'où Lucinus l'invitait aie suivre, en se rendant toujours plus digne de lui, par la pratique de la pénitence et de la chasteté. Par la même occasion, il la recommandait aux soins spirituels d'un prêtre voisin, Abigaus ^, atteint de cécité et qui l'avait salué en demandant ses prières. Jérôme, s'excusant de sa lenteur à lui répondre, l'exhorte à ne point regretter ce qu'il a de commun avec les fourmis, les mouches et les serpents, ces yeux de chair, source de tant de dangers, mais à penser aux biens célestes, que lui prépare sa vie édifiante.

C'est ce qu'il avait déjà répondu à un autre aveugle ^ qui, de Pannonie, s'était rendu à Cissa ^ avec l'intention d'aller jusqu'à Bethléem le visiter. Trop fatigué, il dut interrompre son voyage; mais Jérôme, fort sensible à cette marque d'attachement, lui écrit de ne point s'attrister sur son infirmité. Elle n'est pas l'effet du péché, mais une épreuve, qui est peut-être le principe de grands biens. Tel était déjà l'enseignement du grand Antoine, quand il consolait l'aveugle Didyme, le savant exégète. Que Castricianus s'en rende bien compte; il est préférable de voir avec l'esprit qu'avec la chair et de posséder les yeux où la paille du péché ne peut pénétrer. Il espère toutefois que sa venue n'est que différée et que le diacre Héraclius son messager le ramènera à son prochain voyage. Au cours de son séjour à Bethléem, un moine du nom de Quintilien, lui avait parlé avec grands éloges d'un officier du nom d'Exsuperantius. Sous l'habit militaire il pratiquait les plus hautes vertus chrétiennes. Jérôme ne veut point laisser à la merci du monde une âme aussi bien disposée. Pourquoi, lui écritil, s'attarder à servir le siècle ? Dieu demande la bonne volonté. A quoi bon continuer à faire carnière pour amasser cette fortune qu'il doit abandonner? Qu'il se donne dès maintenant, qu'il

^ Epist.hXXWl.

^ Epist LXVIII, en 397 ou 398. On a fait un étrange contresens sur cette incise : « et homo Pannonius, id est terrenum anima] » (Epist. LXVIII, i), comme si c'était une plaisanterie entre compatriotes. En fait, cela veut dire : vivant au milieu des terres, éloigné de la mer, et il n'y a aucun sens péjoratif. Cela ne concerne en rien la thèse sur l'origine pannonienne de saint Jérôme.

•* Probablement sur la côte sud-ouest d'Istrie. On la place à Punta Barbariga, au-dessous de Rovigno. Castricianus est la forme donnée par les manuscrits.

lyo LETTRES ET TilAVAUX DIVERS

vienne avec Quintilien le rejoindre à Bethléem. En attendant, qu'un fréquent échange de correspondances récompense Jérôme de son initiative à lui écrire : « J'ai frappé à la porte de l'amitié, si tu ouvres, tu nous auras souvent pour hôtes ^. »

Un personnage plus important que les précédents avait de luimême recherché l'amitié de Jérôme et lui exprimait son regret de n'avoir pu encore le rejoindre en Palestine. C'était cet aimable Meropius Pontius Paulinus ^, allié aux familles les plus illustres, ancien consul, qui jusqu'alors, en bon disciple d'Ausone, s'était surtout occupé de poésie et de belles-lettres. Subitement, au scandale de son maître et de plusieurs de ses amis, il avait, de concert avec sa femme, abandonné le monde, vendu ses biens, quitté sa patrie pour s'adonner à la vie parfaite. Passé en Espagne où, à Barcelone, on l'avait presque de force ordonné prêtre, puis en Italie, il avait cherché un refuge, pour y vivre dans la solitude et la prière, avec sa chère Thérasia, désormais sa sœur, dans la ville de Noie, où le culte du martyr Félix l'attirait irrésistiblement. Ce modeste ne gardait de son ancienne situation que la possibilité de faire d'abondantes aumônes et d'exercer largement l'hospitalité. Il se sentait heureux dans sa vie nouvelle, tout consolé par la pensée de Dieu, cherchant à vivre en paix avec tous et à leur faire partager cette satisfaction qu'il exprimait volontiers en de courts poèmes. Son talent littéraire y manifestait les heureuses qualités de goût et de sensibilité qui ont jeté quelque éclat sur le nom de Paulin de Noie.

Sa joie était d'entretenir de cordiales relations avec tous ceux qui étaient alors la gloire et l'espoir de l'Église. Ses lettres venaient les chercher en Gaule, en Italie, en Afrique. Saint Vic-

^ Epist. CXLV, de date incertaine, antérieure à 400, si, comme il est probable, il faut identifier cet Exsuperantius avec l'italien du même nom, que Palladius mentionne parmi ceux qui durent quitter Bethléem, par suite du mauvais caractère de Jérôme (Histor. Laus. XXVI; édit. Butler, p. 106-108; PG, XXXIV, ii8o, C). Les deux passages où il est question de Quintilien ne permettent pas d'affirmer que Quintilien était frère d'Exsuperantius (sancti fratris Quintiliani ; sancto fratre Quintiliano). On attendrait le possessif. Il est donc plus sûr d'y voir seulement le titre habituellement donné aux moines.

^ Sur Paulin de ^ole,voir:B\KDEyiHE\vER,Geschichte,t.Ill,p. 569-582 ; Schanz, § 876, (t. IV, I, p. 259-276). Œuvres dans PL, LXI et CSEL,' t. XXIX-XXX.

trice à Rouen, saint Sulpice Sévère non loin de Toulouse, saint Didier à Cahors, saint Delphin et saint Amand à Bordeaux, saint Augustin et saint Alypius en Afrique recevaient tour à tour avec ses petits présents les effusions de son amitié. Il ne pouvait oublier Jérôme. Celui-ci tomba, comme les autres, sous le charme d'une pareille bonne grâce et d'une humilité si entière ^. Il fut particulièrement flatté de cette marque de sympathie lui venant d'un homme qui n'était pas seulement un grand seigneur, mais un lettré distingué. Quelle bonne recrue pour cette tâche à laquelle lui-même s'était consacré et quel honneur rejaillirait sur l'Église, si Paulin appliquait à l'Ecriture les ressources intellectuelles que Dieu lui avait abondamment départies ! Mais, chose curieuse, après lui avoir rendu louange pour louange et exalté son sacrifice, loin de l'inviter comme les autres à venir le rejoindre, il l'exhorte à se sanctifier aux lieux mêmes où il se trouve et lui expose les motifs les plus convaincants pour qu'il ne se croie pas trop privé, si le voyage à Jérusalem est impossible.

Ce sont sans doute les difficultés du moment, — il était alors en lutte ouverte avec son évêque, — qui lui dictent ce langage si nouveau et quelque peu déconcertant. Sous le nom de Paula et d'Eustochium, quelques années plus tôt, il avait dépeint la Jérusalem idéale, avec tous les transports et toutes les illusions d'un premier enchantement. Maintenant il ne veut voir que les ombres et trace la contre-partie de son premier tableau :

« Ce n'est pas d'être à Jérusalem, mais d'y bien vivre qui est louable. Il faut désirer et exalter non la cité qui a tué les Prophètes et versé le sang du Christ, mais celle que réjouit le cours impétueux du fleuve, qui placée sur la montagne ne peut rester cachée, celle que l'Apôtre appelle la mère des saints et où il se félicite d'avoir droit de cité avec les justes, en un mot la Jérusalem céleste. On peut se sanctifier partout, les vrais adorateurs ne sont ni à Jérusalem, ni au mont Garizim, mais là où l'on adore le Père en esprit et en vérité. Les grands ascètes, les Antoine, des milliers de moines en Egypte, en Mésopotamie, au Pont, dans la Cappadoce, en Arménie n'ont jamais vu Jérusalem et se sont sanctifiés. Hilarion n'y a

^ £|^Mf. LVIII, en 395. Pour les raisons qui me font placer la lettre LVIII avant la lettre LUI, voir Hieronymiana , 2*' série, dans BLE, 1921, p. 148-150, et la note complémentaire I .

passé qu'un jour pour ne point paraître la mépriser, étant dans son voisinage. Pendant près de trois cents ans, l'idolâtrie a profané à son aise les Lieux-Saints. Quiconque fait le bien où il se trouve, aura une récompense proportionnée à son mérite, sans qu'il soit tenu compte des lieux où il habite. L'essentiel pour le moine, c'est de vivre en moine, c'est-à-dire de fuir les villes et de prier dans la solitude avec Jésus. Si les lieux saints de la Croix et de la Résurrection n'étaient pas dans une ville très peuplée, où il y a une curie, une garnison, des courtisanes, des mimes, des baladins et tout ce que possèdent les autres villes, s'il n'y avait à s'y presser que les foules de moines, ce serait certes une demeure désirable pour tous les ascètes, mais il y aurait sottise à renoncer au monde, à quitter son pays et les cités, à se faire moine pour venir dans une ville plus populeuse encore, y vivre comme on aurait vécu chez soi. Ici l'on accourt de tout l'univers; la cité regorge de toute espèce d'hommes. Il y a un tel empressement des deux sexes que ce que l'on fuyait partiellement ailleurs, doit se supporter ici entièrement '. »

Une de ses lettres, écrite à une date inconnue, illustre singulièrement ces vues pessimistes. C'est une véhémente philippique, à l'adresse d'une de ces brebis galeuses, comme il s'en glisse quelquefois dans les milieux les plus saints. Après avoir fui l'Italie pour échapper à la vengeance d'un mari outragé, le diacre Sabinianus, avait recommencé ses tentatives criminelles, à Bethléem même sans reculer devant le sacrilège d'utiliser la grotte de la Nativité pour arriver à ses fins perverses. Seule la vigilance de la supérieure avait arrêté, sur la pente où elle se laissait déjà entraîner par une fuite concertée, la moniale, choisie pour proie par cet hypocrite. Jérôme essaie, par ses objurgations, d'éveiller le remords dans cette conscience cautérisée et de la ramener au devoir par la terreur des inexorables jugements de Dieu '.

Ainsi le séjour en Terre-Sainte n'offrait pas une garantie infaillible. C'est pourquoi, écrivant à Paulin, Jérôme ne lui conseille pas le changement. Qu'il se contente d'imiter les modèles des moines, les Paul, les Antoine, les Julien, les Hilarion, les Macaire; qu'il vive avec Thérasia dans la solitude, fuyant les visites et les relations mondaines, vivant frugalement, sans recherche ni ostentation d'austérité, se méfiant des hypocrites et

' Epist. LVII, 2-4.

" Epist. CXLVII, ad Sabinianum diaconum, cohortatoria de paenitentia.

des adulateurs, distribuant ses aumônes avec discernement ^. Paulin lui avait envoyé un panégyrique qu'il venait de composer en l'honneur de l'empereur Théodose. Jérôme l'a lu avec toute la satisfaction du styliste, dégustant un chef-d'œuvre. Ah ! s'il pouvait l'avoir à son école, quel heureux emploi Paulin pourrait faire de ce talent au profit de l'Écriture ! Il faut briser la dure écorce, mais à l'intérieur quel fruit délectable ! Quelle place Paulin prendrait à côté, au-dessus de Tertullien, de Cyprien, de Victorin, de Lactance, d'Hilaire ! Avec leurs grandes qualités, ils ont chacun quelque défaut d'expression ou de pensée, pour ne rien dire des vivants. Si Paulin voulait !

« Tu as un grand talent et une parole d'une richesse infime. Tu parles facilement et purement; à cette facilité et pureté s'unit la prudence. En une tête saine tous les sens sont vigoureux. Si à cette prudence et à cette éloquence s'ajoutait soit le goût, soit l'intelligence des Écritures, je te verrais en peu de temps occuper la première place parmi nous... Sois éminent dans TÉglise comme tu l'étais auparavant au Sénat. Rien de médiocre en toi ne me satisfait; je veux que tout soit supérieur, tout parfait. »

Jérôme en terminant, s'en remet au prêtre Vigilance, qui vient de l'éprouver pendant un trop bref séjour à Bethléem, du soin de lui faire connaître ce que peut être son amitié -.

Un moine du nom d'Ambroise rapportait peu après la réponse affectueuse de Paulin ^. Il y exprimait, avec sa sympathie pour l'ascète de Bethléem, le désir de déférer au conseil qui lui était donné et de se livrer à l'étude de l'Écriture. Par un nouveau revirement, Jérôme semble effrayé de cette décision. Lui qui avait tout fait pour détourner l'ermite de Noie de venir en Terre- Sainte, lui adresse maintenant une longue épître pour l'inviter à le rejoindre ^. L'étude de l'Ecriture n'est pas une science que l'on peut acquérir sans maître. Quelle science d'ailleurs ou même quel métier s'apprend tout seul .'' A combien plus forte raison ne

» Epist. LVIII. 2-7.

2£ï)«f. LVIII, 8-11.

' La lettre est perdue.

^ Epist. lAll, en 395.

peut-on sans guide, pénétrer dans un sanctuaire aussi mystérieux. Pour l'en convaincre davantage, Jérôme passe en revue les livres de la Bible, caractérisant brièvement les propriétés de chacun et blâmant sans réserve ceux qui abusent des Livres Saints en les vulgarisant sans compétence et en substituant à la pensée des prophètes et des apôtres leurs propres imaginations ^.

« Ah ! mon très cher frère, en vivre, les méditer, ne rien connaître, ne rien chercher d'autre, n'est-ce pas déjà, sur cette terre, habiter le paradis ? Je ne veux pas que t'offense dans les Écritures Saintes la simplicité et comme la bassesse des termes qui, par la faute des traducteurs ou volontairement, sont tels qu'ils conviendraient mieux à une réunion rustique et que la même pensée résonne différemment aux oreilles du docte et de l'ignorant. Je ne suis ni assez effronté ni assez stupide pour assurer que je les connais et vouloir cueillir sur terre les fruits de racines fixées au ciel, mais j'avoue ma bonne volonté, je m'offre à qui est prêt à écouter. Refusant de me déclarer un maître, je me promets comme compagnon. Je te recevrai les bras ouverts. Tu trouveras ici un grand ami, Eusèbe, qui m'a doublé le charme de ta lettre en me rapportant l'honorabilité de tes mœurs, ton mépris du siècle, ta fidélité dans l'amitié, ton amour du Christ... Hâte-toi, je t'en prie et tranche, plutôt que de dénouer la corde qui retient le navire '.»

Il est probable que Paulin, se rendant compte de ses véritables forces et de la nature de son talent, estima qu'il n'était point fait pour devenir un second Jérôme. Il ne donna point suite à cette pressante invitation, mais il resta en bons termes avec son ami, continuant à lui écrire et à étudier de son mieux l'Écriture, quitte à consulter de plus doctes : Augustin, Rufin, Jérôme lui-même, lorsqu'une difficulté sérieuse l'embarrassait ^.

Cette dernière missive peut servir comme de transition entre le groupe des lettres purement personnelles et celui des épîtres.

^ Epist.lAll, 1-9.

^Epist.hlU, 10.

^ Paulin, Epist. XLV et L, à saint Augustin, avec la lettre CXLIX d'Augustin (PL, XXXIII, 630). — Epist. XLVI et XhYlI, à Rufin, avec les préfaces du De Benedictionibus Patriarcharum de celui-ci (PL, XXI, 297 et 311). — Epist. LXXXV, de saint Jérôme, en réponse à deux questions de saint Paulin.

Celles-ci, tout en étant adressées à une personne en particulier, visaient en réalité le grand public, par les développements généraux qu'elles contenaient et les réponses à des problèmes scripturaires ou doctrinaux. C'est ainsi, par exemple, que Jérôme, dans une lettre à Oceanus ^, combat vivement une solution, déjà indiquée en 385 par le pape Sirice, dans sa lettre à Himerius et nettement formulée ^ plus tard par le pape Innocent I^^ concernant les candidats à l'épiscopat mariés deux fois. C'était un cas d'exclusion, car, entre autres raisons, le symbolisme de l'union unique du Christ avec l'Église n'était plus sauvegardé. Mais si le premier mariage et le veuvage subséquent avaient eu lieu avant le baptême, fallait-il en tenir compte } L'opinion qui prévalait à Rome était pour l'affirmative. Saint Jérôme soutient énergiquement le contraire, qui, en pratique, à ce qu'il assure ^, était suivi partout. Cette solution s'impose, selon lui, si l'on veut assurer au baptême toutes ses prérogatives et ne pas mettre en état d'infériorité celui qui aura régulièrement vécu, par rapport à celui qui a dû effacer dans l'eau régénératrice de honteux désordres.

Une autre fois, l'exégète doit discuter la question de l'identité de Melchisédech. Le prêtre Evangelus lui avait fait connaître l'opinion d'un anonyme, — appelé par les modernes l'Ambrosiaster *, — pour qui Melchisédech était l'Esprit-Saint. Jérôme

^ Epist. LXIX, avant 400. L'insistance de Jérôme est d'autant plus remarquable que Sirice avait promulgué sa décrétale au temps où Jérôme était encore à Rome. C'est sans doute à cette occasion qu'il avait eu la discussion très serrée à laquelle il fait allusion dans sa lettre (n. 2). Le n. 10 a toutes les allures d'une sommation à l'égard des autorités ecclésiastiques dans le texte reçu : ( Haec magistri ecclesiae custodire debebunt. » Les manuscrits les plus anciens ont seulement magis.

^SimcE, Epist. l, io-ii,ad Himerium (PL,XIII, 1143-44); Innocent I,^'/)^*. II, 6, ad Victricium (PL, XX, 474-475 ; Jaffé, 255 et 286).

' Avec une forte exagération dans l'expression (Epist. LXIX, 2) : «Cum omnis mundus his ordinationibus plenus sit... quos (episcopos) si singillatim voluero nominare, tantus numerus congregabitur ut Ariminensis synodi multitudo superetur. »

* Epist. LXXIII, en 398. Elle vise la question CIX parmi les Quaestiones veteris et novi Testamenti (PL, XXXV, 2324-2330; édit. Souter, CSEL, t. L, p. 257- 268) de VAmbrosiaster, identifié par certains avec le juif Isaac que Jérôme avait connu à Rome et auquel il fait allusion dans son Commentaire sur l'épître à Tite (III, 9; PL, XXVI, 595-596) ;cfr Bardenhewer, Geschichte, t. III, p. 520-525.

lyÔ LETTRES ET TRAVAUX DIVERS

qui a peu d'estime pour cet « ignorant », le réfute en exposant ce que les meilleurs commentateurs, l'épître aux Hébreux et les juifs eux-mêmes ont dit de ce personnage mystérieux. Il conclut avec eux que Melchisédech était un véritable homme, type du Christ offrant le véritable sacrifice, par le sacrement du pain et du vin. Ce même Evangelus lui offrit l'occasion d'affirmer des idées beaucoup plus discutables sur les rapports entre les divers degrés de la hiérarchie ecclésiastique et notamment sur l'origine de l'épiscopat. A l'excès d'un autre anonyme, plaçant les diacres au rang suprême, Jérôme n'est pas loin d'en opposer un autre, qui ne sauvegarde point suffisamment la distinction entre le simple sacerdoce et l'épiscopat ^.

Un autre prêtre. Vital, l'interroge sur les passages scripturaires où l'on affirme de Salomon et d'Achaz une paternité précoce. Jérôme justifie d'abord le texte ^ en montrant qu'il n'énonce rien d'impossible, mais peu rassuré sans doute sur la solidité de cette réponse, il conclut sagement que ce sont là des questions curieuses, à laisser de côté pour des leçons plus utiles. Un nouvel ami, le prêtre Rufin, l'ayant interrogé sur le jugement de Salomon, reçoit en réponse une explication mystique ^, lui montrant dans les deux femmes qui se disputent le même enfant, le type du conflit entre la synagogue et l'Eglise, résolu en faveur de celle-ci, véritable élue de Dieu, pour le salut du monde. De même aux difficultés du prêtre Amandus, Jérôme répond*, non sans s'étonner d'être consulté sur le point de savoir si une femme, ayant abandonné un premier mari débauché et con-

^ Epist. CXLVI, de date incertaine. La question de fond sera reprise au second volume. Elle a été discutée entre autres par dom Sanders {Études sur saint Jérôme, chapitre VI, p. 296) et le P. Prat, Les prétentions des diacres romains au quatrième siècle, dans Recherches de Science religieuse, t. III, 1912, p. 463-475. Il ne paraît pas possible d'accepter la date contemporaine des événements.

- Epist. LXXII, en 398. La finale (n. 5) est caractéristique de son état d'esprit, sur les rapports entre le sens littéral et le sens typique.

' Epist. LXXIV, en 398. Rufin était à Rome. On l'a parfois confondu étrangement avec Rufin d'Aquilée.

* Epist. LV, date incertaine, avant 398. On a voulu y voir le cas de Fabiola, mais assez arbitrairement et en désaccord avec ce qu'il raconte lui-même de celle-ci.

TRAITES SOUS FORME d'ÉPITRES 177

trainte d'en épouser un second, peut, tant que vit le premier, sans passer par la pénitence publique, être en communion avec l'Église. Comme si la parole du Sauveur contre le divorce n'était pas claire et si l'on pouvait jamais être obligé, dans ces conditions, de contracter un second mariage !

A Rome même, d'autres femmes suivent les traces de Marcella et tiennent dans la vie dévote et l'étude de l'Écriture la place de Paula et d'Eustochium. Habitant dans un faubourg une villa qui leur sert de monastère, la vierge Principia abrite sa jeunesse et sa vertu près des deux grandes moniales : Asella en qui elle peut étudier le modèle de la vie religieuse, Marcella qui la dirigera avec sécurité et compétence dans l'étude de la Sainte Écriture. Pour l'y aider, Jérôme brave une fois de plus le préjugé défavorable à l'instruction féminine ^. Il lui adresse, en attendant de commenter le Cantique des Cantiques, une longue exposition mystique du Psaume XLIV, l'épithalame où sont célébrées les noces de Jésus avec l'Église, type des vierges qui le choisissent pour époux. Non loin de là une dame romaine illustre, Fabiola, expiait par la charité et la pénitence, le scandale qu'elle avait donné en se remariant après avoir divorcé avec un premier mari cruel et débauché. Son second époux mourut aussi. Elle reconnut qu'elle avait eu tort de profiter des libertés de la loi civile, au détriment de l'Évangile. Généreusement, sans regarder au qu'en dira-t-on, elle prit place, la tête couverte de cendres, revêtue d'un sac, parmi les pénitents demandant publiquement la réconciliation et, depuis, sa vertu ne s'était point démentie. Dans son ardeur même, elle avait songé à quitter Rome et à venir elle aussi chercher aux

1 Epist. LXV, en 397. Sur Principia et Marcella, voir la lettre CXXVII, 8 : « In nostrum locum statim audivimus te illius adhaesisse consortio et numquam ab illa ne transversum quidem unguis, ut diciter, recessisse, eadem domo, eodem cubiculo, uno usam cubili, ut omnibus in urbe clarissima notum fieret et te matrem et illam filiam repperisse. Suburbanus ager vobis pro monasterio fuit et rus electum propter solitudinem. » — Cfr Epist. LXV, 2 : « Habes ibi (à Rome-BabyJone) in studio Scripturarum et in sanctimonia mentis et corporis (magistras : add. Hilberg) Marcellam et Asellam. » — Au n. i il répond à l'accusation d'écrire pour les femmes de préférence et déclare tout d'abord assez peu galamment que, si les hommes l'interrogeaient, mtdieribus no?i loquerer, puis rappelle le rôle important des femmes dans les Livres Saints.

Lieux-Saints de^plus grandes facilités de sanctification. Elle s'y rendit,' en compagnie d'Oceanus. A Bethléem elle reçut l'hospitalité''de sainte Paule, et devint le disciple assidu de saint Jérôme.

« O bon Jésus, écrivait plus tard celui-ci, avec quelle ferveur et quelle ardeur elle s'appliquait aux divins volumes, et, comme une affamée cherchant à se rassasier, courait à travers les prophètes, les évangiles, les psaumes, posant des questions et renfermant les réponses dans le petit écrin de son cœur! Elle ne pouvait assouvir sa passion d'apprendre, accroissant sa science elle faisait croître aussi son chagrin; comme si on jetait de l'huile sur le feu, son ardeur s'en activait d'autant. Un jour nous nous occupions des Nombres de Moyse. Elle me demandait discrètement que pouvaient bien signifier tant de noms entassés, pourquoi les tribus étaient diversement groupées en différents passages, comment le devin Balaam avait annoncé les futurs mystères du Christ, au point que presqu'aucun des prophètes n'a prophétisé sur lui aussi clairement. Je répondis comme je pus et ma réponse parut la satisfaire. Continuant à parcourir le volume, elle arriva au passage où est transcrit le catalogue de toutes les étapes par où, au sortir de l'Egypte, le peuple passa pour arriver aux eaux du Jourdain. Elle me demanda la signification de chacune. Sur certaines j'hésitai; pour d'autres je les traversai sans encombre; pour la plupart j'avouai simplement mon ignorance. Alors elle se mit à insister et, comme s'il ne m'était point permis d'ignorer ce que en réalité j'ignore, à récriminer et à dire que c'était parce qu'elle était indigne de si grands mystères. Bref, elle m'arracha par l'embarras d'un refus la promesse d'une dissertation spéciale sur ce sujet \ »

Ces lignes évoquent tout un tableau. C'est de la même manière que Jérôme enseignait jadis Marcella sur l'Aventin et qu'il continuait à Bethléem maintenant à lire, avec Paula et Eustochium, les Saints Livres :

«Paula connaissait par cœur les Écritures, dit-il, dans son éloge funèbre; elle aimait le sens littéral, disant qu'il était le fondement de la vérité, mais elle s'appliquait de préférence au sens spirituel. C'est sous ce faîte qu'elle abritait la construction élevée dans son âme. Finalement elle m'obligea à lui expHquer à elle et à sa fille, l'Ancien et le Nouveau Testament, dans une lecture continue. Je m'y étais d'abord refusé, par défiance de moi-même, mais son insistance et ses fréquentes de-

1 Epist. LXXVII, 7.

mandes emportèrent mon assentiment, pour lui enseigner ce que j'avais appris, non de moi-même, — exécrable maître de présomption, — mais des illustres écrivains de l'Église. Quand j'hésitais et avouais candidement mon ignorance, elle refusait de s'en rapporter à mes affirmations et par des interrogations persistantes me forçait à lui indiquer entre de diverses et sérieuses opinions, celle qui me paraissait préférable ^.n

Ainsi avait-il procédé le premier avec le maître juif qu'il s'était choisi pour apprendre l'hébreu. Ils avaient lu ensemble la Bible, notamment l'Ecclésiaste, et Jérôme avait pu recueillir sur ses livres l'interprétation rabbinique, à laquelle plus d'une fois ses commentaires font allusion ^.

L'enthousiasme de Fabiola pour cette vie nouvelle lui suggéra bientôt la résolution de s'établir elle aussi en Palestine. Jérôme fut chargé de lui trouver, à Bethléem même, une cellule où elle pourrait satisfaire à la fois sa dévotion pour la Crèche et son amour pour la solitude. Mais pendant ces préparatifs voici qu'une nouvelle vient consterner tous les habitants de la Palestine. Les Huns sont en marche, ils approchent d'Antioche; ils dévastent tout sur leur passage. Bientôt la Palestine tombera sous leurs coups. Malheur alors aux vierges qui seront les victimes de leur brutalité et aux moines qu'ils massacreront sans pitié ou réduiront en esclavage. Sous le coup de cette frayeur, les deux monastères de Bethléem se vident ; on recueille en hâte tout ce que l'on peut emporter, on frète un navire et l'on attend à l'ancre que la confirmation des nouvelles alarmantes provoque une décision définitive. Ce n'était qu'une alerte. Bientôt les fugitifs purent regagner en toute sécurité les monastères abandonnés ^,

Mais Fabiola n'avait point eu la patience ni l'envie d'attendre. D'ailleurs la discorde qui mettait alors aux prises Jérôme et ses moines avec l'évêque de Jérusalem, lui avait sans doute fait éprouver pour son compte les désillusions dont se fait l'écho

^ Epist. CVIII, 26 : " Denique compulit me ut et Vêtus et Novum Instrumentum cum filia me disserente perlegeret, etc. » — Pour Marcella, Epist. XXIII, i ; XXV; XXVI, 1-2; XXVIII, i ; XXIX, i ; XXXIV, i ; XXXVII, 2; XLII, i.

^ In Ecclesiasten (PL, XXIII, 1048,0) : " Hebraeus meus... cum Ecclesiasten mecum legeret. » On a vu qu'elle constitue le fond des Quaestiones in Genesim.

^ Epist. LXXVII, 8. Peut-être même n'y eut-il qu'intention et non départ.

l8o LETTRES ET TRAVAUX DIVERS

la lettre à Paulin. Elle rentra à Rome. De concert avec Pammachius, gendre de Paula et cousin de Marcella, elle fondait à Ostie un vaste Hôtel- Dieu destiné à accueillir les pèlerins malades et pauvres. A Rome même, elle soulageait toutes les misères et dépensait sans compter pour cette tâche sa fortune et son temps, à la grande édification d'un public peu habitué à voir pratiquer ces hautes vertus ^. Elle aussi étudiait l'Écriture et, sinon de présence, du moins de cœur, elle vivait à Bethléem et entretenait des relations avec les hôtes qu'elle y avait laissés. Jérôme, ne désespérant pas de la voir définitivement revenir, lui adresse un rappel discret, tout en lui envoyant, sur sa demande, le commentaire mystique et moral des passages où le Pentateuque décrit les vêtements du grand Pontife, des prêtres et des lévites ^.

Un peu plus tard, il aborda le commentaire analogue qu'elle lui avait demandé sur le journal de route des Hébreux au retour de l'Egypte, et leur marche à travers le désert, jalonnée par les quarante- deux stations que signale l'Écriture. Quand l'œuvre fut achevée, c'est sur une tombe qu'il dut la déposer en suprême hommage : Fabiola venait de recevoir la récompense de sa longue pénitence et de ses charités ^.

Ce fut pour Jérôme, répondant à une invitation d'Oceanus, l'ami commun de Pammachius et de Fabiola, l'occasion de composer un éloge funèbre * où après avoir de son mieux excusé, comme il dit, la faute commise par l'illustre patricienne, il exal-

^ Ces détails sont tirés de la lettre LXXVTI, ad Oceanum, de morte Fabiolae, en 400.

^ Epist. LXIV, de veste sacerdotali, en 397. Peut-être l'idée fut-elle suggérée à Fabiola par la lettre XXIX à Marcella où Jérôme écrivait : « Quam vellem nunc tibi omnem habitum sacerdotis exponere et per singulas vestium species divina ostendere sacramenta !» — La lettre LXIV, 8, fait allusion au séjour à Bethléem : 0 Dum vestes eius et rationale pectoris diligenter inquiris, nostra tibi displicuere consortia. Et tu quidem optato frueris otio et iuxta Babylonem Bethleemitica forsitan rura suspiras; nos in Ephrata, tandem pace reddita, vagientem de praesepe audivimus infantem et querimonias eius ac vocularn ad tuas aures cupimus pervenire. »

' Epist. LXXVIII, en 400; cfr Epist. LXXVII, 7 : le récit de saint Jérôme sur le séjour de Fabiola à Bethléem, son zèle pour l'étude de l'Écriture, ses conférences avec saint Jérôme et l'occasion de cette lettre

« Epist. LXXVII, en 400.

TRAITÉS SOUS FORME d'ÉPITRES i8i

tait avec raison les beaux exemples qui l'avaient fait oublier en provoquant la vénération du peuple chrétien.

Quelque temps auparavant déjà, il avait repris la série de ces éloges funèbres commencés à Rome et qui transmettaient à la postérité le souvenir des vertus et des mérites de ceux qu'il pleurait. C'était encore pour un deuil de Paula. Sa fille Pauline, la femme de Pammachius, après plusieurs maternités malheureuses, avait été emportée, jeune encore. Elle avait passé, discrète et fervente, tout entière à ses devoirs d'épouse chrétienne, sans que rien l'eût signalée spécialement à l'attention de ses contemporains, mais il n'est pas douteux que son action sur Pammachius son mari n'eût été profonde.

Jérôme étudiant avait eu celui-ci pour condisciple et pour ami, mais il ne semble pas que, lors de son second séjour à Rome, de 382 à 385, bien que Pammachius fût devenu le gendre de Paula, les relations aient été aussi assidues ^. En tout cas le départ pour l'Orient les détendit complètement, si bien qu'il fallut l'affaire de Jovinien pour amener une reprise. Pammachius renoua le premier. Jérôme saisit avec empressement l'occasion de rentrer en relation avec cet ancien compagnon, devenu un fervent catholique, non sans exprimer discrètement le regret d'avoir dû attendre si longtemps :

« La pudeur chrétienne, lui répondait-il, impose parfois de se taire, même avec des amis, et de chercher une humble consolation dans le silence plutôt que de s'exposer, en renouant de vieilles amitiés, à être taxé d'intrigue. Tant que tu n'as point parlé, je me suis tu aussi et n'ai jamais voulu récriminer à ce sujet; j'aurais paru moins chercher un ami que faire le siège d'un puissant. Maintenant que tu m'as fait la politesse de m'écrire le premier, je tâcherai de te devancer désormais et moins de répondre que de te prévenir. Il sera clair que c'est la discrétion qui m'a fait jusqu'ici garder le silence et plus de discrétion encore qui dicte mon langage '. »

Au début de son mémoire apologétique, Jérôme manifestait son contentement avec plus de liberté encore: «Je ne t'ai point écrit jusqu'ici, à cause de ton silence. Je craignais en prenant

^ Il n'y fait aucune allusion dans les écrits de cette époque. 2 Epist. XLVIII (XLIX, Vallarsi), i, de 393.

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l'initiative de la correspondance, de t 'ennuyer plutôt que de paraître poli. Mais provoqué maintenant par ta lettre, si aimable, lettre qui d'ailleurs m'invite à philosopher selon notre doctrine, j'accueille, comme on dit, à bras ouverts, celui qui fut jadis mon condisciple, mon compagnon et mon ami ^ ... On me dit, ajoutet-il,que toute la ville t'est sympathique, que l'afFection du pontife et du peuple se porte d'accord vers toi. Il importe moins de posséder le sacerdoce que de le mériter ^. »

Devenu veuf, le gendre de Paula entra plus avant encore dans la voie de l'ascétisme. Sans quitter le monde, il adopta le costume et les observances de la vie monastique et ses collègues païens le virent avec stupeur prendre place parmi eux, aux séances du Sénat, revêtu de la bure monacale. Il devint bientôt l'un des chrétiens les plus zélés et les plus charitables de la Ville éternelle. Comme Oceanus,Domnion, quelques autres, il s'occupait activement des intérêts du catholicisme. Désormais nous le retrouverons en collaboration étroite avec le moine de Bethléem. C'est alors que, deux ans après son veuvage ^, Jérôme lui adresse l'éloge funèbre de Paulina qui est, en fait, après quelques phrases consacrées à la défunte, un éloge de Pammachius lui-même et une exhortation à persévérer dans ses bonnes dispositions.

Plus intéressants encore pour nous, comme pour les contemporains, sont deux écrits se rapportant à un jeune homme auquel saint Jérôme s'était tendrement attaché. Une vingtaine d'années plus tôt, quand il écrivait à Héliodore son émouvant plaidoyer en faveur de la vie érémitique, il l'avait supplié de ne pas se laisser détourner du désert, par les caresses du jeune fils de sa sœur, suspendu à son cou^. Depuis lors Héliodore avait été élu évêque d'Altino, l'enfant avait grandi et arrivé à l'âge d'homme.

1 Epist. XLIX (XLVIII, Vallarsi), de 393.

- Epist. XLVIII (XLIX, Vallarsi), 4, de 393 : « Audio in te Urbis studia concitata, audio pontificis et populi voluntatem pari mente congruere ; minus est tenere sacerdotium quam mereri. » Sur cette dernière phrase où l'on a vu, sans raison, un blâme à l'adresse du pape Sirice, lire la lettre Postquam intellexnnus, n- 73-74. du pape Benoît XIV, en tête du martyrologe romain (i"" juillet 1748).

' Epist. LXVI, en 398. Les détails qui précèdent sont tirés de cette lettre.

* Epist. XIV, 2 ; cfr supra, p. 36.

après avoir servi quelque temps comme officier, était revenu le joindre et embrasser à ses côtés la vie monastique. Un peu plus tard son oncle l'avait ordonné prêtre. Il se livrait, sous sa direction, aux occupations variées de la vie sacerdotale, alliant les œuvres de zèle et de charité avec les pratiques de la perfection personnelle, la prière et l'étude des sciences sacrées. Son oncle l'avait mis en rapport avec Jérôme. Le jeune Népotien sollicitait volontiers les conseils de ce grand ami ^. Ce fut pour celui-ci l'occasion de donner à sa fameuse épître à Eustochium sur la virginité un parallèle pour les clercs, d'écrire un véritable traité d'éducation ecclésiastique ^. Il y précise les dangers à fuir et les vertus à pratiquer, l'attitude à prendre avec les supérieurs et les diverses catégories de fidèles, la manière d'étudier ou de s'acquitter des fonctions cléricales. Il y expose ce que doit être le zèle pour la maison de Dieu et la fuite du monde et de ses vanités, la modération et la discrétion dans la pratique du bien, la décence de la tenue, à l'abri de toute recherche comme de toute négligence, l'humilité et la charité, bref il y décrit d'une manière séduisante, austère et aimable à la fois, l'idéal du prêtre, joignant à toutes les qualités et vertus du pasteur, celles du moine détaché du monde et désireux de la sainteté. On sent que l'auteur a mûri sa pensée depuis son séjour à Rome. Si elle est restée dans le fond la même, il apporte à l'exprimer plus de maîtrise, plus de réserve et d'habileté pour éviter ce qui jadis lui avait suscité tant d'inimitiés. Même quand il dénonce les abus, il a plus de souci d'écarter les généralisations désobHgeantes et les procès de tendance.

On devine si Népotien fut enchanté du cadeau et avec quel zèle il se mit à réaliser cet idéal. Mais hélas ! ses forces le trahirent bientôt. Quelques mois après, Héliodore et son ami avaient à pleurer la perte de leur fils commun. Aussi est-ce avec tout son cœur, qu'à la demande de l'oncle, Jérôme écrivit l'éloge funèbre du jeune homme si tôt ravi à leur affection ^. Insensiblement sous

^ Epis t. LX, II.

- Epist. LU, De vita clericcriim, en 394.

' Epist. LX, été 396.

sa plume, à mesure qu'il décrit ses vertus, les traits de Népotien deviennent ceux du jeune prêtre idéal. C'est sous la forme d'un portrait aux lignes sympathiques qu'il présente maintenant sa manière de concevoir l'esprit sacerdotal. Aucun de ses nombreux éloges funèbres n'offre autant de délicatesse, de profondeur de sentiment, de richesse d'édification que celui de Népotien. Jusqu'à la fin des temps, les deux écrits qui le concernent présenteront aux jeunes lévites une peinture particulièrement attrayante des vertus de leur état et de leurs devoirs.

Un dernier éloge funèbre de cette période montre bien ce qu'il y avait d'un peu factice dans le genre, mais aussi à quel point Jérôme était devenu l'écrivain attitré de cette littérature où, avant lui, s'étaient distingués son maître, Grégoire de Nazianze et son ami Grégoire de Nysse. Un cousin des fils de Théodose, Nebridius, était mort prématurément, laissant à sa veuve Salvina, deux enfants. Jérôme ne connaissait point la jeune femme, fille de Gildon le Numide et grandie comme otage à la cour de Théodose, à Constantinople. Néanmoins comme il avait été lié d'amitié avec le père de Nebridius, il n'hésita pas, sur la prière d'Avitus, un ami commun, à composer pour Salvina l'éloge du défunt^. Il le suit à la cour, à l'armée, dans la vie de famille, et l'y montre partout chrétien accompli en même temps que parfait honnête homme, cher à tous pour ses bonnes qualités rehaussées d'une modestie et d'une réserve exemplaires. Puis, non sans se précautionner, il s'adresse directem.ent à la jeune veuve, pour lui recommander de vivre désormais toute au Seigneur et la détourner des offres séduisantes qui pourraient lui être faites de contracter une seconde union. Salvina était femme à comprendre ces austères leçons; elle les avait peutêtre déjà devancées, en prenant rang parmi ces diaconesses qui aidaient de leur influence, de leur activité personnelle et de leurs ressources l'œuvre de réforme religieuse entreprise à Constantinople par saint Jean Chrysostome ^. Au jour du danger, lorsque

^ Epis t. LXXIX, après 398 et probablement en 400.

^ Voir E. Venables, dans le Dictionary of Christian Biography, au mot Salvina.

TRAITÉS SOUS FORME d'ÉPITRES 185

la main brutale des policiers envoyés par Eudoxie s'abattit sur l'épaule du pontife pour l'arracher à son Église et l'emmener en exil, Salvina était là avec Olympiade et quelques autres, pour affronter la persécution et, par sa fidélité à l'évêque exilé, témoigner de la sincérité de sa religion.

Cette prédication de la chasteté, cette aversion pour les secondes noces, étaient déjà l'objet d'une autre lettre ^ adressée aussi à une grande dame. Parente de Paula et de Pammachius, descendante de Camille, Furia, devenue veuve peu de temps après son mariage, avait demandé à Jérôme conseil sur son avenir. Il l'encourage dans ses bonnes résolutions ; il l'exhorte, en dépit des invitations de son père à se remarier, à s'inspirer des exemples de continence que lui avait donnés sa mère Tatiana et à déjouer tous les pièges auxquels l'exposent sa jeunesse et sa fortune dans une ville aussi corrompue que la Babylone romaine.

Toutefois ces relations avec l'extérieur ne pouvaient représenter qu'une partie accessoire des occupations de Jérôme. Dans son monastère et dans celui de Paula dont il avait la charge spirituelle, il devait s'occuper de former les âmes aux obligations de leur état et à la pratique des vertus monastiques. C'est un domaine sur lequel, faute de renseignements, nous ne sommes guère en mesure de le suivre. Une seule manifestation de cette activité nous est connue : ses prédications à l'église de Bethléem, spécialement adressées aux moines qui la fréquentaient. C'est surtout à l'occasion des psaumes et des évangiles utilisés par la liturgie que saint Jérôme prononce ces homélies familières dont le texte a été conservé 2. Là plus que jamais se vérifie ce dont il se plaint souvent, quand il ne peut composer à tête reposée et qu'il est obligé de dicter en hâte une lettre. Il parle comme cela

^ Epist. LIV, De viduitate servanda, en 395.

* Dom MoRiN en a rassemblé les monuments dans ses Anecdota Maredsolana, t. III, II et III. Ils étaient, jusqu'à lui, noyés, déformés et mutilés dans la compilation appelée Breviarium in Psalmos (PL, XXVI, 821-1270), ainsi qu'une part des Commentarioli, ou dissimulés sous d'autres noms. Ces homélies ont été prises par des auditeurs bénévoles et publiées telles quelles, avec les incorrections et les erreurs ou distractions inévitables, de la part soit du conférencier, soit du tachygraphe.

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lui vient ^, sans apprêt, avec des incorrections et, ce qui est plus grave, même à propos de l'Écriture, avec des inexactitudes et des distractions. Mais en revanche cette simplicité va droit au cœur. De temps en temps le savant paraît et dès qu'il s'en aperçoit il s'en excuse auprès de ses auditeurs. Le plus souvent c'est l'ascète ne songeant qu'à tirer pieusement parti du texte inspiré et à en donner le goût. C'est le maître de saine spiritualité, familiarisé par une longue pratique avec la vie religieuse et dont l'expérience personnelle s'est enrichie des confidences reçues et des observations faites dans les milieux qu'il a traversés. Avec quelle persuasion il recommande le détachement, la fuite du monde, la pauvreté, l'amour de Dieu ! Comme on sent, à l'entendre, à quel point il est convaincu de la vérité qu'il prêche et attaché aux obligations de la perfection chrétienne '^ !

11 donne le premier l'exemple du travail. Au témoignage d'un ami de Sulpice Sévère ^ qui passa plusieurs mois près de lui, on le trouvait toujours à lire ou à dicter. Les jours n'y suffisent pas ; il abrège son sommeil. En dépit d'une santé délicate, il multiphe les veilles pour pouvoir suffire à la tâche. D'abord c'est la grande œuvre de la traduction des Livres Saints sur l'hébreu qui l'occupe. Il complète le travail commencé. Successivement il traduit Job, Esdras et Néhémie, les Paralipomènes, les livres attribués à Salomon, c'est-à-dire les Proverbes, le Cantique des Cantiques, l'Ecclésiaste, puis le Pentateuque.

Les préfaces de ces divers livres nous aident à suivre ce travail et à revivre les sentiments qui l'animent *. Il faut faire face toujours aux mêmes ennemis, réfuter cette éternelle objection que les

^ L'expression quidqidd in buccam venerit, employée parfois par saint Jérôme ne vise pas le fond, l'idée, mais l'expression. Il fallait y regarder de près, même pour de simples billets, avec certains correspondants. Saint Paulin de Noie se plaignait de ne recevoir de Jérôme que « parvas et incomptas litterulas » (Epist. LXXXV, i). Lui se mettait plus en frais.

■^ Voir sur ces homélies, dom Morin : Les monuments de la prédication de saint Jérôme (1896), reproduit dans Études, textes et découvertes, t. I, 1913, p. 220-293.

' Posttimianus, dans le Dialogue, I, 9 (édit. Halm, p. 161 ; PL, XX, 189, D).

* yob (PL, XXVIII, 1079-1 122) ; Esdras et Néhémie (401-434) ; Paralipomènes (1323-1402); Livres salomoniens (1241-1292) ; Pentateuque (147-462).

Septante sont la vraie Bible ecclésiastique et qu'il est sacrilège d'y toucher. Il revendique la même liberté que ses prédécesseurs : Aquila, Symmaque,Théodotion, qui tour à tour se sont essayés à traduire l'original hébreu. Il rappelle les travaux critiques d'Origène,ses obèles et ses astérisques, le triste état auquel étaient réduits les textes latins avant ses propres efforts pour les rendre pleinement conformes au texte des Septante. Aussi de quoi se plaint-on? Si Ton préfère les Septante, on les possède rendus par lui à leur pureté native, dans des éditions qui ne sont pas frelatées. Mais si l'on veut pouvoir discuter pertinemment avec les Juifs, il offre la version sur l'hébreu, dans toute la limpidité de la source. D'ailleurs il ne l'impose à personne. Que d'autres cherchent à leur gré ou multiplient les beaux manuscrits de parchemin pourpre, richement enluminés, où brille, en onciales d'or et d'argent, un texte altéré. Lui ne demande que la liberté d'user de ses pauvres feuilles, où du moins la parole de Dieu est authentique, de se dispenser de transvaser une seconde fois la liqueur précieuse qu'il peut directement puiser à sa source. N'est-ce pas d'ailleurs l'exemple que donnent le Sauveur luimême et les Apôtres, par ces citations impossibles à vérifier dans les Septante et qui toutes se retrouvent dans les originaux hébraïques ? Jérôme en profite pour rectifier à l'occasion d'autres idées peu justes ; par exemple pour mettre en lumière le véritable caractère du livre de Job, avec son mélange de prose et de poésie, ou la structure des vers hébreux qu'il rapproche des mètres latins.

D'ailleurs cette œuvre ne rencontrait pas que des détracteurs. On l'appréciait et on lui en fournissait la preuve. Ainsi ses amis d'Aquilée, Chromatius et Héliodore, en lui envoyant de l'argent et des copistes pour subvenir aux frais et faciliter la transcription. On insistait auprès de lui pour qu'il continuât l'œuvre entreprise: ainsi Desiderius à qui il dédie le Pentateuque, Domnion et Rogatien, auxquels il dédie Esdras.

Il continue aussi l'œuvre d'exégèse proprement dite et l'étude des petits Prophètes. Successivement il commente dans le même esprit, en expliquant d'abord la lettre puis en notant l'apphcation mystique au Christ, à l'Église, au démon, à l'hérésie, les livres

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de Jonas et d'Abdias ^. Ici encore les préfaces nous font confidence de son état d'âme et précisent son dessein. Il dicte, à la demande expresse de l'évêque Amabilis le commentaire du sens littéral des dix visions d'Isaïe, mais à contre-cœur, car ce sens n'a vraiment de valeur que pour servir de point d'appui à l'explication mystique seule vivifiante ^. C'est vers la fin de cette période qu'il composa l'œuvre pour nous la plus intéressante et encore la plus utile de ce temps, un commentaire sur saint Matthieu^ à l'usage d'Eusèbe de Crémone. Celui-ci quittait, vers Pâques 398, le monastère de Bethléem pour rentrer en Italie. Il demandait à Jérôme, en guise de viatique intellectuel, ce travail sur le premier évangile. Jérôme relève à peine d'une maladie de trois mois. Le temps presse; qu'il se contente d'éclaircir seulement les points douteux ; on le dispense des applications tropologiques et de l'anagogie. En cours de route il s'échappera plus d'une fois vers ces terrains familiers; mais le plus souvent il s'en tient au programme fixé et fournit d'excellents éléments pour l'intelligence du texte sacré ^.

Toutes ces œuvres ne désarment pas ses adversaires. Même quand on l'étudié en secret, on l'attaque en public. On ne se contente pas de lui reprocher sa traduction, ou d'incriminer vivement ses habitudes littéraires. Deux pièces nous renseignent curieusement sur ces querelles qu'on lui cherche obstinément : Magnus, rhéteur officiel de la ville de Rome, lui écrit, — et c'est quelque peu surprenant, — pour se plaindre qu'il abuse des citations d'auteurs profanes. Mais, lui répond Jérôme ^, s'il avait luimême un peu plus fréquenté l'Écriture et les auteurs chrétiens,

^ jfonas (PL, XXV, 1117-1152); Abdias (1097-1118); cfr p. 186, n. 4.

2 Ce commentaire a été incorporé comme livre V au commentaire développé, publié longtemps après (PL, XXIV, 153-206 ; cfr Epist. LXXI, 7).

* Epist. LXX, ad Magnum, oratorem urbis Romae, en 397-398- On identifie ce Magnus avec le Flavius Magnus rhetor urbis aeternae, dont le sarcophage est conservé à Rome au musée du Capitole et qui, d'après l'inscription, fut le premier à recevoir la dignité de cornes primi ordinis, conférée aux rhéteurs émérites par la loi de 425 {Cod. Theod. 1. VI, tit. XXI, i). Voir dom Leclercq, art. Écoles, dans DACL, t. IV (1921), c. 1767-69 et les sources qu'il cite; làmême, reproduction du sarcophage, fig. 3905.

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il ne se scandaliserait pas à si bon compte. Dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament, il trouverait louée et utilisée la sagesse profane. Saint Paul cite les poètes grecs à plusieurs reprises. C'est le glaive arraché à Goliath et qui sert à lui trancher la tête, c'est la captive du Deutéronome, épousée après qu'on l'a transformée, en lui rasant les cheveux. D'esclave, une fois purifiée de ses taches, elle passe au rang de reine. Voilà pourquoi Lactance reproche à saint Cyprien d'avoir affaibli la démonstration chrétienne en s'interdisant ces sources séculières, pourquoi au contraire tous les apologistes ont réfuté leurs adversaires, un Celse, un Porphyre, un Julien, en les suivant sur leur propre terrain. La liste est longue des écrivains ecclésiastiques ^recs et latins, dont la science profane ne le cédait en rien à celle de leurs contemporains : le catalogue du De Viris repasse en grande partie sous nos yeux et justifie sans peine Jérôme de suivre leurs traces. D'ailleurs, il s'en doute, Magnus l'orateur n'est qu'un comparse; derrière lui se cache le véritable adversaire qui aime tant les Histoires de Salluste qu'on peut bien l'appeler Calpurnius Lanarius ^.

Du même côté, pense-t-on, lui était venue une autre querelle, un peu plus sérieuse et qui semble l'avoir ému davantage. C'est à l'occasion de sa traduction d'une lettre de saint Épiphane à l'évêque Jean de Jérusalem ^. Mais cette querelle n'était qu'un épisode de la lutte engagée depuis quelque temps entre Bethléem et Jérusalem, entre le monastère des Oliviers et celui de la Crèche, lutte qui pendant plusieurs années allait devenir le scandale du monde chrétien. Il faut reprendre ces faits d'un peu plus haut.

^ Le sens de cette allusion nous échappe. Saint Jérôme a l'air tantôt d'identifier ce Calpurnius avec Rufin et tantôt de le distinguer, Apol. III, 32 (PL, XXIII, 480-481) : «tibi Calpurnioque respondi» : en sens opposé, Apol. I, 30 (PL, XXIII, 421, B).

* Lettre d'Épiphane dans la correspondance de saint Jérôme {Epist. LI) ; lettre LVII, apologétique à Pammachius, ou De optimo génère interpretandi .

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