LA RECONCILIATION
Ainsi des deux côtés, sous le couvert des récriminations à propos du passé, on faisait un pas réel vers la réconciliation. 'L'Apologie de Jean comme la lettre de Jérôme témoignaient d'un véritable désir de mettre fin à cette lutte intestine. Le vœu final formulé par saint Jérôme se réalisa, dans des circonstances qui nous sont mal connues. Elles laissèrent chacun sur ses positions en ce qui concernait l'origénisme. Jérôme se réconcilia sincèrement avec Jean et avec Rufin. Un matin de l'année 397, dans l'église de la Résurrection, après la célébration du saint sacrifice, les deux anciens amis unirent leurs mains en signe public de réconciliation et du renouvellement sincère de leur amitié. Quand Rufin partait peu après pour l'Occident, Jérôme vint lui faire ses adieux et l'accompagna une partie du chemin. Hélas ! leur réconciliation devait être aussi éphémère qu'elle avait été laborieuse ^ !
^ On a écrit que Jean de Jérusalem aurait acheté la paix par l'immolation de ses convictions et sacrifié l'origénisme. C'est une affirmation gratuite, parfaitement démentie par la conduite ultérieure de Rufin, qui fit sa paix en même temps que lui, et par l'attitude de Jean lors de la nouvelle phase de la querelle, où il resta passif. Nous n'avons aucun texte sur la réconciliation avec Jean, plusieurs au contraire sur celle avec Rufin. Epist. LXXXI, i : « Conscientiae nostrae testis est Dominus, post reconciliatas amicitias, nullum intercessisse rancorem quo quemquam laederemus... Haec apud te potius amice expostulare volui quam lacessitus publiée desaevire ut animadvertas me reconciliatas amicitias pure colère et non, iuxta Plautinam sententiam, altéra manu lapidem tenere, panem offerre altéra.» — Apol. III, 33 (PL, XXIII, 481 , B C) : « Venio ad gravissimum crimen in quo post reconciliatas amicitias me infidelitatis accusas. Fateor,inter cuncta maledicta, quae vel obicis vel minaris, nihil a me ita repellendum est quam fraus dolus infidelitas. Peccare enim hominis est, insidias tendere diaboli. Ergo ideo in Anastasi, immolato agno, dextras iunximus, ut tuas Romae schedulas furaremur ? » — Ibid., I, i (398, B): «Prudentis fuerat et amxci, post réconciliât ani simultatem, etiam levés suspiciones fugere. » — Ibid., III, 24 (475, B) : « Pacem dedimus non haeresim suscepimus, iunximus dexteras, abeuntem prosecuti sumus ut vos essetis catholici, non ut nos essemus haeretici. » — Rltin, Apol. II, 37 (PL, XXI, 616, A) : « Post pacem illam summo vix sudore reparatam », et dans VJpologie de Jérôme III, 24 (PL, XXIII, 475, B) : « Vos nobis pacem proficiscentibus dedistis. »