‹ Saint JérômeChapitre 63 sur 192 · LA TRADUCTION DU « PERIARCHON · texte numérisé non relu

LA TRADUCTION DU « PERIARCHON

au pape du même nom ^. C'est lui également qui vulgarisa en Occident la légende du Symbole composé en commun par les apôtres ^. Mais il faut bien le dire, si son esprit critique est sujet à caution, sa sincérité en cette affaire ne saurait être mise en question ^.

L'appétit excité par cette lecture, Macaire voulut connaître ce fameux livre des Principes dont on parlait tant et où la défense du libre arbitre occupait une belle place. Rufin, en dépit des attaques qu'il prévoyait, ne demandait pas mieux que de le satisfaire *. Il se mit au travail pendant le carême de 398. Macaire habitait près de lui et ne cessait de le stimuler. Les deux premiers livres du Periarchon furent ainsi traduits assez vite ^. Après Pâques le travail se ralentit, Macaire n'habitant plus aussi près de Rufin et ne pouvant plus, à cause de ses occupations, le harceler aussi souvent. Toutefois avant la fin de l'année, un premier essai de rédaction était achevé et communiqué à quelques amis, avant l'édition définitive ^. Il y avait deux préfaces justifiant l'œuvre et la

^ Voir note complémentaire N.

"^Comment, in Symbol. Apost., Il: • Tradunt maiores nostri.etc. » (PL, XXI, 337,AB).

' Voir note complémentaire N.

* Saint Jérôme et, à sa suite, certains critiques modernes ont d'autant moins le droit de le lui reprocher que la lettre LXXXV de saint Jérôme à Paulin de Noie renvoie précisément à cette partie du Periarchon en disant : « Origenes fortissime respondit. » La lettre, postérieure de peu à la traduction même de saint Jérôme, date du plus fort de la querelle avec Rufin. Pour plus de commodité, je reste fidèle à l'orthographe usuelle Periarchon, dans la désignation du livre des Principes,

* Ces détails sont tirés de la préface aux deux derniers livres (PG, XI, 247- 248 ; édit. KoETSCHAU.p. 193) : « Superiores duos Tlepl àp^wv libellos, te non solum insistente verum etiam cogente, diebus quadragesimae interpretatus sum. Sed quoniam illis diebus etiam tu, f rater religiose Macari, et vicinus manebas et amplius vacabas, etiam ego amplius operabar; hos vero ampliores duos tardius explicuimus, dum tu ad nos ab extrema et ultima Urbis parte rarior exactor accedis. » Cette dernière phrase suppose qu'ils étaient tous deux à Rome; si Rufin en avait été éloigné, cette mention précise (extrema, ultima) n'aurait guère sa raison d'être.

* Ici, quoique saint Jérôme parle de mensonge (,4/>o/. III, 34; PL, XXIII, 482, B) : «quanta varietas et dissonantia mentiendi», Rufin est encore exact. La lettre même de Pammachius et d'Oceanus, qui dénonce la traduction, en porte témoignage ( Jérôme, Epist. LXXXIII) : « Sanctus aliquis ex fratribus schidas ad nos cuiusdam detulit. » Les schidae ou schedulae représentaient l'état du manuscrit avant sa transcription définitive et sa mise en volume (voir la préface de saint

méthode suivie; la première au début de l'ouvrage, l'autre avant le troisième livre. Les adversaires de Rufin étaient aux aguets et tenaient Jérôme au courant de ce qui se passait. Eusèbe de Crémone, venu récemment de Bethléem (après Pâques 398) et qui allait mettre au service de l'antiorigénisme une conscience peu difficile sur le choix des moyens ^, suborna quelqu'un qui déroba un exemplaire de l'ouvrage. Le procédé parut d'autant plus indélicat que, depuis son arrivée, Eusèbe avait entretenu avec Rufin des relations amicales. Il le voyait, le saluait, priait avec lui ^. Eusèbe communiqua aussitôt l'ouvrage à Pammachius,

Jérôme, de Vin Matth. (PL, XXVI, 20, B C) ; Apol. 1, 4 (PL, XXIII, 400, C) ; III, 4, (499, C) ; III, 5 (460) ; III, 20 (472, B) : « Vociferare et clamita per compila, per plateas : non est meus liber et, si meus est, schedulas inemendatas Eusebius furto abstulit. Aliter ego edidi, immo nec edidi. Nulli eas dedi aut certe paucis » ; III, 33 (481, C) ; III, 34 (482, A Q.Dans tous ces passages saint Jérôme emploie toujours le mot de schedulae comme Rufin, cité dans ces textes du livre III, surtout III, 4. Rufin {Apol. II, 44 ; PL, XXI, 620 C) est très catégorique et significatif : « Meos vero non codices sed schedulas imperfectas, inemendatas, furto cuiusdam nebulonis et fraude subtractas sibique delatas (Pammachius)... ad Orientem mitteret et instigaret linguam eius hominis (Jérôme) qui eam temperare non noverat. »

^ Voir plus loin l'incident de Milan. Il est fâcheux que ce soit toujours lui qui intervienne passivement ou activement dans ces tristes circonstances : à Bethléem, c'est chez lui qu'est dérobée la lettre d'Épiphane ; à Rome, c'est lui qui se procure le manuscrit du Periarchon; à Milan, c'est lui qui est pris en flagrant délit de substitution de textes et qui, pour se défendre, rejette la faute sur Marcella; c'est encore lui qui affirme à Jérôme l'existence d'une fausse lettre aux évêques d'Afrique sous son nom, œuvre de ses adversaires. Voir encore Epist. CXLIII, 2 : « Ipsos libros in schedulis missos a sancto fratre nostro Eusebio (un ouvrage pélagien) ». Jérôme, comme on le verra, essaiera vainement de le modérer. C'était un de ces subalternes, plus zélés que scrupuleux, dont les meilleures causes ne peuvent ou ne savent pas toujours se défendre.

2 Rufin, dans Jérôme, yîpo/. III, 4: «Noli multo auro redimere notarium meum, sicut amici tui de meis Periarchon schedulis nondum emendatis, nondum ad purum digestis, fecerunt, ut facilius falsare possent, quod nullus haberet aut admodum pauci. Gratis a me missum suscipe codicem quem censu magno cuperes comparatum. » Les réponses de saint Jérôme, aux endroits cités, surtout II, 15 et 34, passent à côté de la question : la falsification à laquelle Rufin fait allusion est celle qu'il décrit longuement {Apol. I, 16-21 ; PL, XXI, 552-559), et qui provoqua un incident à Milan. Rufin donne les deux textes, le second étant sans doute la traduction de saint Jérôme, comme on peut le conclure de l'aveu d'un des accusateurs {Ibid., 20): « In graeco ita haberi, me (Rufin) autem in latino immutare voluisse. » C'est toujours à ce passage que Rufin pense, lorsqu'il parle de falsification et non, comme le suppose Jérôme, d'une série de falsifications de détail. La chose était d'importance, parce qu'il s'agissait probablement d'une

Page 1