‹ Saint JérômeChapitre 65 sur 192 · LA DEUXIEME PREFACE DU « PERIARCHON · texte numérisé non relu

LA DEUXIEME PREFACE DU « PERIARCHON

calomniateurs ne s'imaginent pas avoir trouvé de nouveau ' matière à accusation. Mais tu verras à l'œuvre ces pervers et ces disputeurs. En attendant, ce labeur, si du moins vos prières nous aident auprès de Dieu, nous l'avons entrepris, non pour faire taire les voix calomnieuses, — ce qui est impossible, sauf encore si Dieu l'accomplit, — ■ mais pour aider ceux qui veulent progresser dans la science. »

La seconde préface, au début des livres III et IV, était beaucoup plus courte ^. Rufin y faisait allusion aux difficultés soulevées déjà par les adversaires, à la seule annonce qu'il s'occupait de ce travail. Il y répondait ainsi :

« Tu te rappelles comment dans la préface précédente, je t'avertissais que certains s'indigneraient s'ils apprenaient que nous ne disions pas du mal d'Origène. Tu as vu de suite la vérité de ces paroles. Mais si, de cette œuvre, ils ont été si furieux ceux qui excitent les langues des hommes à mal parler, ces démons dont il n'avait point pleinement dévoilé les secrets, qu'arrivera-t-il, dis, pour celle-ci, où toutes leurs obscures et occultes voies pour se glisser dans les cœurs humains et tromper les âmes faibles et fragiles, sont dévoilées .' Tu verras aussitôt du trouble partout, des séditions excitées, des clameurs se répandre dans toute la ville, un appel à la condamnation de celui qui, à la lumière de la lampe évangélique, s'est efforcé de dissiper les diaboliques ténèbres de l'ignorance. Cela ne doit pas rester sans importance pour qui désire, en sauvegardant la règle de la foi catholique, s'exercer dans les divines connaissances.

«J'en avertis d'ailleurs expressément: de même que dans les livres précédents, j'ai omis en ceux-ci de traduire ce qui paraissait contraire au reste de sa doctrine et à notre foi, le passant sous silence comme inséré par d'autres et adultéré. Au sujet des créatures raisonnables, s'il paraît avoir dit du nouveau, en une matière qui n'est pas l'essentiel de la foi, à titre de spéculation et de discussion, étant donné que peut-être il est nécessaire de réfuter ainsi certaines hérésies, je ne l'ai supprimé ni dans ces livres ni dans les précédents, sauf en cas de répétition et en vue de la brièveté; car alors j'ai fait quelques retranchements. Si quelqu'un les lit pour profiter et non pour dénigrer, il fera bien de se les faire expliquer par de plus compétents. Il est absurde que les fictions des poètes et les pièces plaisantes des comiques soient expliquées par les grammairiens et que les traités sur Dieu, sur les puissances célestes et sur l'univers, où

^ Rufin explique {Apol. I, 16; PL, XXI, 552-553) cet itenim, de critiques antérieures adressées à Jean de Jérusalem; voir note complémentaire L. * PG, XI, 247-250 ; édit. Koetschau, p. 193-194.

toute l'erreur soit des philosophes païens soit des hérétiques est réfutée, chacun pense pouvoir, sans maître ni commentateur, se les assimiler. Voilà comment les hommes préfèrent, par témérité et ignorance, condamner des sujets difficiles et obscurs plutôt que les maîtriser par l'application et la diligence. »

Ces préfaces nous font connaître l'existence à Rome d'un courant antiorigéniste. Il se rattachait évidemment aux controverses de Palestine et à l'influence de saint Jérôme. En effet, le grec n'était guère répandu alors parmi les gens cultivés ^. Bien peu par conséquent étaient capables de lire Origène dans le texte et, en fait de traductions directes, il n'existait encore que celles auxquelles faisait allusion la préface de Rufin, les versions hiérony miennes, dont la plus récente était celle des homélies sur saint Luc -. Jérôme lui-même venait d'être, peu auparavant, invité par un certain Tranquillinus à donner son avis sur l'attitude à adopter concernant l'origénisme. Il lui envoya la réponse suivante ^, dont la modération relative contraste aussi bien avec les vives attaques du Contra lohannem Hierosolymitanum qu'avec celles des futures Apologies. La lettre LXXXV, à Paulin de Noie, écrite dans le même sens, après les débuts de la controverse, montre bien qu'il exprimait ici sa vraie pensée :

« Tu m'affirmes que l'erreur d 'Origène en trompe beaucoup et que mon saint fils Oceanus lutte contre leur folie. J'en suis à la fois peiné et heureux : si les simples sont engeôlés, cet homme distingué vient au secours des égarés. Tu veux l'avis de ma petitesse. Faut-il avec le frère Faustinus rejeter complètement Origène ou, avec d'autres, en admettre la lecture.' Je suis avec ces derniers.

« Origène, à cause de son érudition, est parfois à lire, selon moi, comme TertuUien et Novat, Arnobe et Apollinaire et quelques auteurs ecclésiastiques grecs et latins. Il faut choisir ce qu'ils ont de bon et éviter le

^ Voir plus haut, p. 7, note 4.

- Rufin parle de tomes en même temps que d'homélies ; Jérôme ne proteste pas. Nous ignorons ces traductions, à moins que ce ne soit une allusion aux commentaires mêmes de Jérôme. Rufin par ailleurs ne cite rien qui ne nous soit connu.

^ Epist. LXII, fin 397.

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