CHAPITRE I
I. Nouveaux travaux scripturaires. Mort de Paula. Écrits ascétiques.
— IL Jérôme et Augustin. — IIL Polémique contre Vigilance;
lettres diverses, commentaires sur les petits Prophètes,
sur Daniel et sur Isaïe. — IV. Les invasions
barbares et la prise de Rome. Mort de Mar-
cella et de Rufin. Les infirmités de
la vieillesse. Lettres diverses.
Au cours de la campagne antiorigéniste, les travaux ordinaires de saint Jérôme et sa correspondance n'avaient point chômé ^. Un moment cependant il avait dû s'arrêter. Sur la fin de l'année 397, une grave maladie le terrassa et ce fut seulement à l'entrée du carême de 398, qu'il se sentit hors de danger. Encore s'étant remis trop tôt à un travail intensif, cette imprudence faillit-elle lui coûter cher. Épuisé par l'effort, il retomba dans une sorte de langueur, qui se prolongea jusque vers la fin de l'année ^. Il s'en
^ Voir au livre III, chapitre III, ce qui est dit des œuvres se rapportant à cette période, telles qu'elles sont classées à la fin de la table chronologique.
* £'/>zs<.LXXI,5 : «Longo tentus incommodo,vix diebus quadragesimae quibus ipsi (homines tui) proficiscebantur respirare coepi. » — Epist. LXXIII, 10 : « Ego, post longam aegrotationem, vix in quadragesimae diebus febri carerepotui et cum alteri me operi praepararem, paucos dies qui supererant, in Matthaei expositione consumpsi , tantaque aviditate studia omissa repetivi , ut quod exercitationi linguae profuit, nocuerit corporis valetudini. » — In Matth. préface (PL, XXVI, 20, C): «Maxime cum scias me ita tribus mensibus languisse ut vix nunc, imminente iam Pcscha, ingredi incipiam... Des exemplaria cum Romam veneris virgini Christi Principiae quae me rogavit ut in Canticum canticorum scriberem, a quo opère exclusus aegrotatione diuturna, spem in futurum distuli. " — In libros Salomonis, préface (PL, XXVIII, 1241, A) : « Itaque longa aegrotatione fractus, ne penitus
releva pourtant et c'est alors qu'il se jeta tout entier dans la controverse origéniste, rallumée par la préface du Pertarchon. Au cours de cette année cependant, outre le commentaire sur saint Matthieu,et quelques lettres, il composa encore des traductions sur l'hébreu, mais rapidement, en trois jours, pour s'acquitter d'une sorte de dette. C'étaient trois livres salomoniens : les Proverbes, le Cantique et l'Ecclésiaste. Ils furent dédiés à Chromatius et Héliodore, qui étaient au nombre de ses plus intelligents bienfaiteurs. Chaque année, Jérôme leur adressait quelque ouvrage, pour les remercier de la constance avec laquelle ils encourageaient effectivement ses travaux, en lui envoyant de quoi entretenir copistes et tachygraphes ^. Sa longue maladie lui laissant encore peu de forces, il dicte à la hâte ce travail comme gage de bonne volonté. Puis c'est le Pentateuque qu'il aborde. Il le dédie à Desiderius, celui qui l'avait consulté, lors de sa conversion à la vie ascétique. Suivant son conseil, il était venu passer quelques mois près de lui à Bethléem 2. Pour Eustochium, après la mort de
hoc anno reticerem et apud vos mutus essem, tridui opus nomini vestro consecravi. » — Epist. LXXIV, 6 : « Nos enim et haec ipsa, lectulo decumbentes longaque aegrotatione confecti, vix notario celeriter scribenda dictavimus ;... post XII menses quibus iugi iabore confectus sum... Caninum libenter vidi qui tibi narrare poterit quam difficile et periculosum manus dexterae, usque in praesentem diem quo ista dictavi, \ailnus sustinuerim. » M. Grùtzmacher (t. III, p. i6) a vu une allusion à cette même maladie dans le texte suivant {Epist. LXXXII, 4) : « Quomodo me ipse (Jean de Jérusalem) laedit aegrotantem morbo pessimo et rebellem Ecclesiae ventilans. » II s'agit d'une accusation de l'évêque de Jérusalem et la maladie est purement morale. La lettre est de 397, antérieure de peu aux débuts de cette infirmité qui a duré douze mois.
^ PL, XXVIII, 1241-92 ; détails donnés par la préface, 1241-44.
- Il y travaillait déjà au début de l'année 398, quand il écrivait à Lucinus {Epist. LXXV, 5) : (I Canonem hebraicae veritatis, excepto Octateucho, quem nunc in manibus habeo, pueris tuis et notariis describendum dedi. » Voir la préface du Pentateuque (PL, XXVIII, 147-152). Il en résulte {Ibid. 152, B) qu'elle était écrite avant l'achèvement de l'œuvre. Desiderius est mentionné comjne rapportant à Vital {Epist. LXXII, 5) les présents de Jérôme, et sans doute aussi sa lettre, écrite lors du second séjour d'Héraclius à Bethléem (seconde moitié de 398). Cette préface est déjà citée, en 401, dans V Apologie (II, 25 ;PL,XXIII, 448- 450), ainsi que celle sur les livres de Salomon {Ibid. 31 ; 454). Desiderius avait dû demander par lettre cette traduction et en remporter une partie après son séjour (il n'y est fait aucune allusion dans la préface, antérieure à sa venue). D'autre part, la préface à Josué laisse supposer que lePentateuque ne fut achevé qu'après la mort de Paula (404).