I. La date de naissance
On n'est point d'accord sur l'année de la naissance de saint Jérôme. Les divergences sont considérables et les dates diverses mises en avant s'échelonnent sur une période de plus de quinze ans. Cela tient à l'opposition des résultats fournis par l'étude des œuvres mêmes de Jérôme et les témoignages extrinsèques, ou au désaccord de ces témoignages entre eux. Prosper, dans sa Chronique^ écrit, en l'année du consulat de Bassus et d'Ablavius (331): « Hieronimus nascitur ^. » Il suppose une date semblable quand, plus loin, au 9^ consulat de Théodose et au 3' de Constance (420), il note ^ : « Hieronimus presbyter moritur, anno aetatis suae XCI, prid. kal. octobris. » La Vita « Hieronymus noster ^ » et les documents qui en dépendent supposent une date analogue ou plus ancienne encore pour la naissance de saint Jérôme; ils placent sa mort à la 12^ année de Théodose le Jeune, c'està-dire en 419, et le font vivre 87,88,89,90,99 et même 100 ans*. C'est encore l'idée que suggèrent les expressions employées
* M. GrOtzmacher a consacré à cette question le second chapitre de ses prolégomènes (Hi^ronymu^, 1. 1, p. 41-102). Il y met au point les travaux antérieurs parmi lesquels il faut signaler surtout ceux deTiLLEMONT.de Stilting et de Vallarsi. Pour des périodes limitées, consulter aussi Rauschen, Jahrlmcher der christlichen Kirche unter dent Kaiser Theodosius dem Grossen, Fribourg, 1897 (pour la vie et les œuvres de Jérôme, pendant les années 378-395 ; voir les tables au mot « Hieronymus », p. 580-581 et p. 596), Brochet, Saint Jérôme et ses ennemis, Paris, 1906 (surtout pour la controverse avec Rufin).
' Chronica minora, édit. Mommsen, 1. 1, p. 451 .
* Ibid., p. 469.
* Voir note complémentaire T, p. 137-140.
' PL, XXII, 184 : « Dormivit autem Beatus Hieronymus anno imperii Theodosii iunioris XII". » C'est un des passages où l'on pense que l'auteur anonyme utilise directement une source ancienne, peut-être l'inscription placée sur le tombeau de Jérôme. La signification précise de la phrase sera discutée plus loin en ce qui concerne la date de la mort.
par saint Augustin, né lui-même en 354, quand il écrit, par exemple : « Quamquam enim te multo quam ego sum aetate maiorem tamen etiam ipse iam senex consulo ^. » Il avait alors soixante et un ans. De même, dans le Contra Iulianum publié en 421, peu après la mort de saint Jérôme, Augustin dit, en parlant de lui : « Usque ad decrepitam vixit aetatem ^. » Les lettres du moine de Bethléem, loin de le contredire sur ce point, renchérissent plutôt. Ainsi, la lettre CV, 5 : « Vale, mi amice carissime, aetate fili, dignitate parens », ou CXII, 22 : « Quiescentem senem olimque veteranum militare non cogas... tu qui iuvenis es. » Augustin avait alors cinquante ans.
Ces données sont inconciliables avec les détails que fournit saint Jérôme lui-même sur sa famille et ses premières années, avec les nombreux passages où il se qualifie d'infans, puer, adulescenSy iuvenis et qui visent des faits, au moment desquels ces qualifications ne lui conviendraient nullement, si Ton suivait la chronologie précédente, ainsi qu'en fait foi le résumé dressé plus loin. Voici les principaux textes :
I. Infans. — a) De situ locorum hebraicorum, s. v. Drys (PL, XXIII, 890, B; édit. Klostermann, p. 77, i et suiv.) : « Usque ad aetatem infantiae meae et Constantii régis imperium terebinthus monstrabatur » (entre 337, ou plutôt 350, et 361). — b) Epist. LXVIII, 2 : « Brevem tibi fabellam referam quae infantiae meae temporibus accidit » : voyage d'Antoine à Alexandrie et visite à Didyme. Tillemont place le fait en 355 (note 8 sur la vie de saint Antoine; t. VIII, p. 670-671). C'est l'opinion communément adoptée. En tout cas, Didyme, né en 313, est déjà supposé fort connu, ce qui reporte assez près de 356, date de la mort de saint Antoine. — c) Comm. in Isaiam, XV, i (et non V, 15; PL, XXIV, 168, A) : « Audivi quendam Areapoliten sed et omnis civitas testis est, motu terrae magno in mea infantia, quando totius orbis litus transgressa sunt maria, eadem nocte muros urbis istius corruisse. » La date de ce tremblement de terre est
1 Augustin, Epist. CLXVI = Jérôme, Epist. CXXXI. * Contra Iulianum, I, 34 (PL, XLIV, 665).