‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 100 sur 255 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

question sur un point d'histoire ou de dogme, ne se contentant pas, comme les pythagoriciens, de la première réponse venue, et ne se laissant pas tellement imposer par l'autorité qu'elle se rendît sans examen. Souvent même mon rôle changeait en face d'elle, et de maître je redevenais disciple ^ » Le savoir de Marcella était tellement sérieux que les prêtres ne rougissaient pas de la consulter quelquefois sur des questions d'exégèse obscures ou douteuses*. Albine, sa mère, la suivait de loin dans ce goût pour les études sacrées ; les autres membres du conventicule s'en rapprochaient davantage. C'était en somme une savante congrégation de femmes du monde qui pouvait inspirer de la jalousie et presque de la crainte à plus d'un docteur du clergé romain.

L'Église domestique % comme Jérôme aimait à l'appeler, parce qu'elle était celle de ses amis et la sienne, avait subi la destinée des choses de ce monde; elle avait gagné et perdu, mais ses accroissements dépassaient de beaucoup ses pertes. Elle s'était d'ailleurs développée au dehors par la fondation d'établissements subordonnés, recrutés dans les rangs inférieurs de la population urbaine : couvents de

1. Nunquàm tam festina mevidit, ut non de Scripturis aliquid interrogaret.... Examinabat omnia, et sagaci mente universa pensabat, ut me sentirem non tam discipulam habere quam judicem.... Hieron. prœf,^ Ep. Paul, ad GcdaU, t. IV, p. 222.

2. Interdum sacerdotibus de obscuris et ambiguis sciscitantibus.... sic ad interrogata respondebat, ut etiam sua non sua diceret, sed vel mea, vel cujusiibet alterius. Hieron., £'p. 96, p. 781.

3. Saluta reliquum castitatis chorum et domesticam ecclesiam tuam... Hieron., Ef, ad Paul, t. II, p. 710.

i^ierges aw de veuves, maisons d^ nouveaux convertis, homrqes «et feinmes^ ^apices de ^^alades qm }'^sodatioi^ de TAventin protégeait ou dirigeait, sans s'y nrëler plus qu*U ne convenait à la condition de ses membres. Tout n'était cependant pas or dans la mm, ni bon grain dans la moisson, et de temps à autre Satan prenait son crible et réclamât pour )ai l'ivraie. Plus d'une jeune fille, infidiète à sa vocation, quittait le yoile<j|es yierges pour rentrer dans le noonde, et même, m sein de l'Église domestique, la faaitaisie de se remarm prienait parfois aux veuves, quand elles étaient jeunes et jolies, Jl p'y eut pas juisqu'à Furia, la fière descendante de Camille, qui ne méditât une de ces 4é;$er.tions que fes amies n'apprenaient qu'avec douleur; mais pour le moment Furia en était encore aux scrupules. En revajiche, la congrégation avait conquis }a jeune Eustokhie, fille de Paula, dont je parlerai J>ientôt ^vec détail, et Principia, enfant adoptive de IJarcella, que le sort réservait h fermer les yeux de sa J)ienfaitrice au milieu du sac de Bome^ Elle eut k pjLei^rer J'année suivante la mort d'une de ses vélives les plus respectées , l.éa , qui avait fondé de ses deniers^ dans l'intérieur de la ville, une maison de refuge pour les catéchumènes. Enfin l'Église domestique voyait toujours avec orgueil la digne matrone Asella partager 3.vec la fondatrice Jes soins de sa direction. Moins instruite et moin? brillante que Marcella, mais

1. Claudens oculos in manibus tuis, reddens ^pir^tun^ in tuis osculis. Hieron., ad Princip,, Ep. 96, p. 783.

pius gr«tve 4e maintien et plus âgée, die était considérée paj* toute la communauté coMone une véritable mère. Jérôme ne lui parlait qu'avec les formules du respect filial, tandis qu'il appelait Marcella sa sœur^ Une anecdote fera juger de l'estime dont on entourait cette âme simple ^t candide. On racontait qu'un peu ayant la naissance d'Asella, et lorsque sa mère ressentait les premiers symptômes de l'accouchement, son père l'avait vue en rêve mettre au monde, au lieu d'un enfant^ une fiole du plus pur cristal remplie de lumière : dans ce songe bizarre, les amis d'Asella se plaisaient à trouver une prophétie*.

Des hommes, en petit nombre, mais distingués tous par la naissance ou le savoir, se groupaient autour du cénacle patricien. C'était d'abord Pammaçhius, cousin de Marcella, condisciple de Jérôme dans les écoles de Rome, son ancien émule, aujourd'hui sQn admirateur et son ami ^. Comme l'amour se mêlç toujours un peu à la dévotion , P^i^machius s'était épris de la seconde fille de Paula, Pauline, qu'il épousa quelque temps après, et menait alors de front les affaires de la piété et celles de son mariage. Venaient ensuite Océanus, Marcellin et Domnion, tous trois, non moins que lui, attachés de cœur à Jérôme. Océanus et Marcellin joignirent plus tard une seconde amitié à

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