‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 112 sur 255 · LIVRE IV. i · texte numérisé non relu

LIVRE IV. i

plus grand nombre de filles *. Le sens qu'il attachait à ces textes avait été condamné par l'Église dès les premiers temps de la prédication chrétienne. Helvidius le reprenait sans nouvelle démonstration, et, partant de là comme d'un fait incontestable, il raisonnait de la manière suivante : si la virginité était un mérite devant Dieu, Marie l'aurait gardée jusqu'à sa mort, et de ce qu'elle ne l'a pas gardée il résulte que non-seulement le célibat et la viduité perpétuelle ne sont pas un mérite aux yeux de Dieu, mais bien plutôt un démérite; l'observation du célibat, qui viole d'ailleurs la loi de nature, était démontrée par là tout aussi contraire à l'esprit du Nouveau Testament qu'aux préceptes formels de l'Ancien. La conclusion était sans doute qu'on devait dissoudre les congrégations de moines et de moinesses et forcer les filles à se marier. Il y avait dans tout ce livre un ton si insolent ; la science en était si misérable, le style si incorrect, que Jérôme d'abord ne le jugea pas dangereux; cependant, comme il faisait rire les païens et réjouissait secrètement les ariens, qui voyaient dans le ravalement de la mère du Christ une atteinte portée à sa divinité, il céda aux prières de ses amis et prit la plume pour répondre*.

L'ancien moine Jovinien semblait s'être donné systématiquement la tâche de contraster avec lui-

1. Quasi, juxta te, haberet quatuor filios et innumeras filias. Hieron., adv, Relvid,, p. 137.

2. Nuper rogatus a fratribus ut adversus libellum cujusdam Helvidii responderem, facere distuli... verum hse omnes tam justœ silentii mei causœ, ob scandalum fratrum qui ad ejus rabiem inovebantur, justiori fine cessarunt... Hieron., ibid.^p. 129-130.

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même. Longtemps on l'avait vu courir la ville ^e Rome, pieds nus dans la plus froide saison, la chevelure hérissée et sale, à peine couvert d'un sayon en guenilles, les joues livides et caves, et tellement exténué par les jeAnes qu'il tombait d'inanition au coin des rues\ Il était alors l'idéal des austérités monastiques. Tout à coup son teint refleurit j il devint gras et dispos, ne porta plus que des habits élégants, abattit son énorme crinière, se fit peigner, friser, parfumer, et se nourrit avec abondance des mets les plus délicats * , car il possédait un riche patrinioine ^ j on le vit aussi hanter assidûment les maisons de§ dames. Ce changement de vie répondait à un changement de doctrine. Jovinien avait découvert que l^e mérite des actions humaines est dans l'intention visà-vis de Dieu, et que le reste est indifférent| qu'ainsi on pouvait manger de la viande de telle espèce et en telle quantité qu'on voulait, pourvu qu'on rendît grâce h Dieu, qui avait créé les animaux pour la nourriture de l'homme ^ Le même raisonnement s'appliquait à des questions plus délicates, et , par exemple , il met-

i . Nam quum moDacbum esse se jactitet, et post sordidam toaicam, etnudçs pedes,et cibarium paDem, et aquœ potijiin... Hieron., adv, jQvian*, p. 183. — Sordidatus et pallidus. Idem., Ibid, — Ambros., Ep. 7, p. 180.

% Ad candidas vestes et nitidam cutem^ ad mulaum et elaboratas carnes, ad jura Apicii et Paxami, ad balneas quoque et fricticulas et popinas se contulit... formosus monachus, crassus, nitidus, dealbatus, et quasi sponsus incedens. Hieron., adv, Jovian,, p. 183. — Lineœ et série» vestes. Id., Ibid,

3. Opulentus paterfamilias es. Hieron., adv. Jovian.^ p. 228.

4. Inter abstinentiam ciboram, et cum gratîarum actione perceptioàem eorum, nullam esse distantiam. Hieron., ibid», p. 146.

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