LIVRE IV
tait le ma^riage çle pair avec la virginité ^ : les mérites, disait-il, étaient égaux en tout, si les intentions étaient bonnes. Il accusait en revanche les partisans de l'abstinence et du célibat d'être des impies, de vrais manichéens, qui condamnaient Dieu dans les biens de ce monde, comme si la création eût été l'œuvre d'un esprit malfaisant. Cette doctrine convenait fort à une grande partie du clergé romain , dont elle approuvait et sanctifiait en quelque sorte les dérèglements ; par malheur pour Jovinien j il y mêla des propositions (ju' aucun catholique, si tiède qu'il fût, ne pouvait accepter. Ainsi le moine apostat soutenait l'égalité des fautes comme terme corrélatif à l'égalité des mérites, principe stoïcien introduit jadis dans le christianisme par Montanus et anathématisé par l'Église. Il professait en outre l'impeccabilité de l'homme régénéré par je baptême*, prétendant que le chrétien, né à une vie nouvelle et innocente, ne pouvait plus pécher par sa propre volonté, mais seulement par les suggestions du démon, doctrine perverse qui détruisait la responsabilisé Enojrale dans les actes humains.
L'énormit^ de ces dernières propositions effraya le clergé et le retint sur la pente où Jovinien l'entraînait; toutefois le reste de sa doctrine eut un effet immédiat sur les ecclésiastiques des derniers rangs ^ et parmi
1. Diclt virgines, viduas et maritatas... ejusdem esse meriti. Hieron., adv. Jovian., p, 146.
2. Nit|tur approbare eos qui plena fide in baptismale renati sunt, nisi a diabolo posse subverti. Hieron., ibid,
3. Favent tibi crassi, nitidi, dealbati ; adde si vis juxta Socraticam ir-
\n SAINT JÉRÔME.
les femmes affiliées à l'église. Plus d'une diaconesse en prit texte pour se raffermir dans des habitudes contre lesquelles s'élevaient justement tant d'évêques et de conciles. Des vierges, désertant leurs couvents, se jetèrent à corps perdu dans le monde pour s'y malier ou faire pis* ; la plupart, il est vrai, étaient vieilles et laides, si nous en croyons Jérôme, et elles ne rencontrèrent pas ce qu'elles cherchaient*. Il nous signale parmi les ecclésiastiques zélateurs ardents de Jovinien un moine encore jeune, bien frisé, bien parfumé, chaussé à l'étroit, drapé comme un mime, qui venait l'apostropher sur les places et ouvrir avec lui des discussions dans lesquelles il était censé le battre, puis courait raconter dans les maisons patriciennes les triomphes de son éloquence '. « A qui en veut ce joli petit moine avec sa troupe de clercs aux cheveux bouclés? écrivait-il à un de ses amis. Pourquoi revient-il toujours à la charge pour se retirer couvert de mes
risionem, omnes sues et canes... Ne gloriaris quod multos discipulos habeas. Hieroii., adv, Jovian,, p. 227.
1. Virgines tuse quas prudentissimo consilio, quod nemo unquam legerat nec audierat, de Âpostolo docuisti : « Melius est nubere quam uri, » occultos adultères in apertos verterunt maritos. Hieron., adv, Jovian,^ p. 227. — Joviniana hseresis tantum valuit ut... nonnullas etiam sanctimoniales de quarum pudicitia suspicio nulla prseceseerat, dejecisse in nuptias diceretur. Augustin., Rétracta 11, 22.
2. . . . Ipsse mulierculae misene et non miserahiles, non solum pudicitiam sed etiam verecundiam perdiderunt, majorique procacitate defendunt libidinem quam exercent. Hieron., adv. Jovian,^ p. 228.
3. Nescio quem de trivio, de compitis, de plateis, circumforaneum monacbum rumigerulum, rabiilam, vafrum tantum ad detrahendum.. . concionatur adversum nos... per imperitorum circules mulierumque symposia... Hieron., Ep, 32, p. 244, 246.