LIVRE IV
Jérôme beaucoup de clameurs : il eut beau expliquer qu'il n'attaquait poi^ l'institution en elle-même, mais qu'il était libre de préférer le célibat comme plus conforme à la perfection évangélique; on le tint pour un adversaire déclaré du mariage. Sa réponse à Jovinien, qui n'était sans doute qu'un reflet de ses discussions orales, ne contribua pas à faire tomber l'accusation* « On m'impute à crime d'avoir dénigré le mariage, y disait-il, Je ne le dénigre pas, !je l'approuve parce que saint Paul l'a approuvé; je l'approuve surtout parce que c'est de lui que viennent les vierges, et que sans mariage il n'y aurait pas de célibat ^ » Cette défense ironique causa plus d'émotion qu'une attaque directe ; ses amis s'alarmèrent de l'orage qui s'amon-^ celait de plus en plu»; ils supplièrent Jérôme de se réb'acter, et Pammachius insistait, à son insu peut-^ être, paç la pensée de Pauline : Jérôme crut les satisfaire en protestant de ses bonnes intentions conformes aux Écritures, mais il ne renia point sa doctrine.
S'il pensait ainsi des premières noces, ownment traitait-il les secondes? C'est ce qu'on verra dans l'extrait suivant d'une lettre qu'il adressait un peu plus tard à Furia au sujet du second mariage que prcK jetait cette infidèle amie des pieuses veuves de l'Aventin, et sur lequel elle le consultait en lui déduisant ses raisons :
« Les jeunes veuves que tourmente l'idée d'un
i . Laudo nuptias, laudo conjugium, sed qvtia mibi virgîAcs geûerimt. Hieron., Ep. 18, p. 36.
second mariage et qui, pour avoir essayé du Christ, méditent un timide retour vers Satan, vous tiennent cauteleusement ce langage : « Mon pauvre petit patrimoine périt tous les jours, l'héritage de mes ancêtres se dissipe, mon esclave m'a parlé insolemment, ma servante se rit de mes ordres. Qui comparaîtra pour moi devant les magistrats? Qui s'occupera de payer la contribution de mes terres? J'ai de petits enfants : qui les instruira? Qui élèvera les esclaves nés dans ma maison *?
« Voilà ce qu'elles disent, et elles nous donnent précisément pour motifs d'un second mariage ce qui devrait les en détourner. Une mère qui se remarie apporte à ses enfants non pas un nourricier, mais un ennemi ; non pas un père, mais un tyran. Entraînées par le caprice du plaisir, elles oublient le fruit de leur sein : l'époUse d'hier essuie ses larmes, .l'épouse d'aujourd'hui se pare et s'attife au milieu de ses petits enfants, ignorants de leur misère. Que me parles-tu de l'insolence de tes valets pour justifier ton mariage? Allons donc, sois franche : on se marie pour prendre un mari, et quand ce n'est pas l'amour qui vous y pousse, oii se prostituç pour avoir du bien \ Le but
1. Soient adolescentulae viduœ, quarum uonnullse abierunt rétro post Satanam, cum luxuriatœfuerint in Christo, subantes dicere : « Patrimoniolum meum quotidie périt, majorum haereditas dissipatur : servus contumeliose locutus est : imperium ancilla neglexit. Quis procedet ad publicum? Quis respondebit pro agrorum tributis? Parvulos meos quis erudiet, vernulas quis educabit? » Hieron., Ep, 47, p. 560.
2. Quid obtendis matrimonium? quid superbiam 8e^vulo^um?Confitere turpitudinem. NuUa idcirco maritum ducit, ut cum marito non dor-