LIVRE IV
« De quoi t'irrites-tu ? De ce que ta fille est devenue mienne? Tu t'indignes de mon jugement; tes larmes rebelles protestent contre moi et font injure à ton Dieu d'avoir voulu la possédera' Tu sais ce que je pense de toi et de ceux qui te restent. Tu te refuses de la nourriture non par amour du jeune, mais de la douleur» Cette abstinence-là, je la désavoue; ces jeûnes-là, je les renie, ils sont mea ennemis. Je ne reçois pas dans mon sein une âme qui, malgré moi, s'est séparée de son corps. Laisse ces martyres insensés à une orgueilleuse philosophie, laisse-les aux Zenon, aux Gléombrote, aux Caton * : mon esprit ne descend que sur rhumble et le pacifique, et non sur celui qui se révolte. Tu m'as promis obéissance ; lorsque, revêtant l'habit religieux^ tu t'es séparée des autres matrones, tu as laissé là avec les vêtements du monde ses sentiments et ses idées. Pleurer comme tu fais, te désoler ainsi n'appartient qu'aux robes de soie^. Mon apôtre l'a dit en mon nom : « Ne vous attristez pas comme des gentils sur ceux d'entre vous qui dorment du dernier sommeil; >» si tu croyais ta fille vivante, tu ne regretterais pas qu'elle eût rejoint une meilleure patrie»..»
senes împii sieciiU divitiis perfpuuntur? quare adolescentia rudis, et sine peccato pueritia, immature flore metitur?... Hieron., Ep, 22, p, 55.
i. fivsceris, Paula, quia tua filia, meft facta est filia? Jaâi:gniirift de jodicio meo, et rebeUibus iicrymis f«ci« iajuriam possidenti? BieroQ.;, ibid.
2% Taies stulta pliiiosophia habeat maitfres, habeat Zenonem, Cleombrotum, et Catonem... Hteron., ibtiU
3. Mens ista quae plangit sericarum vesdiuti iBst. Hieroiu, tbidU
Il essaye ensuite par d'assez douces paroles de persuader la résignation à cette mère éplorée; mais peu à peu sa voix devient plus sévère, et l'autorité du prêtre éclate dans tout ce qu'elle a d'impérieux et d'inflexible. Il faut que Paula cesse de pleurer : son affliction excessive met son salut en péril, scandalise les infidèles, déshonore l'Église et la profession monastique, qu'elle a voulu embrasser. Cette affliction sans mesure est un artifice du démon, qui, ne pouvant plus rien contre la fille victorieuse et triomphante, tourne sa rage contre la mère : il tâche d'arracher son âme à Jésus- Christ par une faute qui semble se justifier dans sa cause même; il cherche à rendre orpheline et délaissée, cette douce vierge Eustochium, dont l'âge et la naissante piété ont besoin de l'appui maternel ^ « T'imagines-tu, Paula^ que ces cris de haine des païens n'aient pas causé autant de tristesse au Christ que de joie à Satan? Oui, c'est Satan qui, dans son ardent désir d'avoir ton âme, te présente l'appât d'une pieuse douleur. 11 fait perpétuellement passer sous tes yeux l'image de ta fille, pour tuer la mère de celle qui l'a vaincu, et envahir la solitude de la sœur orpheline*. Je ne dis pas cela pour t'effrayer, et Dieu m'est témoin que je parle comme si j'étais debout devant son tribunal : écoute-moi donc. Ces larmes qui n'ont point
1. Parce, quœso, tibi; parce filiae cum Christo jam rcgnanti; parce saltem Eustochio tuœ, cujus parva adhuc aetas, et rudis paene infantia, te magistra, dirigitur. Hieron., Ep. 22, p. 58.
2. Ssevit nuDc diabolus, et quia unam cernit de tuis liberis triumphantem, obtritum se esse condolens, quserit in rémanente victoriam, quam in prseeunte jam perdidit. Hieron., ibid.