‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 140 sur 255 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

moritoire boisé que projette, dans la Méditerranée, la grande montagne du Carmel. Ce mont fameux était, chez les poètes israélites, le symbole de la fécondité, en opposition à la stérilité, qui avait pour image le désert. « Un jour viendra, disait Isaïe dans un de ses chants prophétiques, où Saron deviendra le désert; où le Carmel perdra sa verdure et ses fruits*.» Du pied de la montagne qu'ils longeaient, ils purent distinguer, au milieu des pâturages entourés de forêts, les grottes blanches qui avaient servi de retraite au prophète Élie, et les saluèrent sans doute avec respect. L'antique ville de Dor, au midi de cette chaîne, leur présenta des ruines devant lesquelles Paula s'arrêta muette d'étonnement* : l'ancienne cité chananéenne, l'ancienne forteresse des Juifs contre les rois de Syrie, ne se rappelait plus à la mémoire que par Ténormité de ses débris.

Césarée, jadis la Tour de Straton% les reçut enfin dans ses murs. La ville syrienne grécisée avait fait place à une ville toute romaine, construite par Hérode en l'honneur d'Auguste et devenue, par ses palais de marbre et par son port, une des plus belles cités de l'Asie. Siège du gouvernement de la province après la destruction de Jérusalem par Titus, Césarée était, au

1. Carmelus... mari imminens, in quo l<)Iias propheta, flexis genibus, pluviam inipetravit. Hieron., Amos,, t. II, p. 494. ~ Isa!., xxxm, 9.

2. Mirata ruinas Dor, urbis quondam potentissims. Hieron<, Ep, 86,

3. Stratonis Turrim abHerode, rege Judsese, in honoremCsesarisAugusti CsBsaream nuncupatam. Hieron., ibid.

iV^ siècle, la résidence du Clarissime Consulaire qui avait sous sa main les trois subdivisions appelées première et seconde Palestines, et Palestine salutaire*. La hiérarchie ecclésiastique étant calquée presque toujours sur la hiérarchie civile, TÉglise de Césarée tenait aussi le premier rang parmi les Églises de la Palestine. Plusieurs évoques célèbres l'avaient illustrée, entre autres le confident de Constantin , Eusèbe, qui, originaire de la province, en avait éclairé l'histoire par ses ouvrages. Jérôme, sans faire grand cas du caractère d' Eusèbe, estimait du moins ses livres, car il traduisit, en l'annotant, le traité de l'évêque grec sur les Lieux renommés de la Judée, et il le suivait presque toujours comme un guide certain*. Césarée, par suite de circonstances diverses^ était alors le centre des études chrétiennes en Terre Sainte, comme Tibériade, dont nous parlerons plus loin, y était le centre des études hébraïques. Origène avait habité Césarée au m* siècle, et la bibliothèque de cette ville conservait comme un trésor un manuscrit de ses Heooaples qui passait pour la meilleure édition Éte ce grand livre. Jérôme profita de l'occasion pour le consulte!' et en recueillir les variantes principales\

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