LIVRE V. i%l
caravane de soixante-dix personnes, hommes, femmes et enfants, avait été ainsi enlevée et conduite dans le désert pour y être rançonnée ou réduite en captivité*. La route du littoral était plus sûre, mais difficile à parcourir : la chaussée étroite et sinueuse, presque toujours taillée dans le roc, était ravinée par les torrents, et, en plus d'un endroit, minée par la mer, trèsviolente dans ces parages; Paula fit choix de celle-ci, qui était la route ordinaire des pèlerins, tandis que l'autre était celle des marchands. Les voyageurs prirent congé de T'é vaque Paulin, qu'ils ne devaient plua revoir, et sortirent d'Antioche du côté de Daphué, ce t)ourg fameux par ses impurs mystères,* et que nos pèlerins ne traversèrent qu'avec horreur. Les hommes s'étaient munis de montures à leur guise, chevaux, ânes ou chameaux ; les jeunes filles étaient probablement portées en litière. Quant h Paula, elle avait phoisi un âne, malgré la dureté de l'allure, m C'était merveille, dit l'historien de ce voyage, qui n'est autre que Jérôme lui-même recueillant ses souvenirs en face d'Eustochium, c'était merveille de voir assise et trottant sur ce rude animal la matrone délicate qui ne
crinitis vitt^Usque capitibus, ac semlnudo corpore, pallia et la^a caligas trahentes ; pendebant ex humero pbaretr» ; laxos arcus vibrantes, baatilia longa portabaut. Noa enim ad pugoandum , sed ad predam vénérant. Hieron., Vit. Malck,, p. 92. — Cf. Strab. Geogr., XVI, u.
1. Erantin comitatu... viri, feminse, senes, juvenes, paryuli, numéro circitâr soptuaginta. Qieron., Vit. Malch-, p. dâ.
2. Supra Antiocbiam, quadraginta stadiorum intervaUo, Bapkae «at, mediocris vicus, magnus veroet opacus lucus; fontanis aquii irriguus, in cujus medio est asylum et fanum Apollinis et Dianse. Strab., xvi, u, &
marchait naguère que soutenue sur les bras de ses eunuques*. ))
Ils traversèrent rapidement la Syrie maritime. En Phénicie, Béryte ne les arrêta pas : quelle chose pouvait leur plaire dans cette colonie romaine, école trop fameuse de jurisconsultes persécuteurs du Christ? La première étape de leur pèlerinage chrétien fut au delà de Sidon, à la tour de Sarepta, plantée, comme un observatoire, au-dessus de la mer. Cette tour avait été jadis la retraite du prophète Élie pendant une longue famine*, et c'est là que la pauvre veuve^ louée par l'Écriture, avait nourri l'homme de Dieu d'un gâteau de farine et d'huile qui se renouvelait chaque jour. A leur arrivée à Tyr, les voyageurs coururent d'abord sur la plage où l'apôtre Paul s'était agenouillé avec ses frères, quand il débarqua de Tarse pour se rendre à Jérusalem' : ils s'y prosternèrent aussi, pressant de leurs lèvres ce sable sanctifié*. Ptolémaïs, que les Syriens appelaient Acco% et qui porte encore aujourd'hui le nom d'Akka ou Acre, leur présenta d'autres souvenirs de Tapôtre Paul, parti de cette ville pour les prisons de Jérusalem* : ils ne la purent laisser qu'à regret. Ils côtoyèrent ensuite la mer autour du pro-
1. Femina nobilis que prias eanuchorum manibus portabatur, asello sedens, profecta est. Hieron., Ep, 86, p. 672.
2. Antiqua urbe Sidone derelicta, in Sareptse littore, FAm est ingressa tarriculam. Hieron., ibid.