‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 144 sur 255 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

*tion juive en plaçait la fondation avant le déluge, et la mythologie orientale lui accordait une part dans ses fables. C'est là que Jonas s'était embarqué « pour fuir de devant la face du Seigneur ; » c'est là aussi qu'Andromède, exposée nue sur un rocher, en pâture aux monstres de la mer, avait été délivrée par Persée*. On montrait aux curieux, d'un côté du port, la plage où les marchands ciliciens avaient pris à leur bord le malencontreux prophète, et de l'autre un grand écueil à pic où le flot se brisait avec violence : c'était le rocher d'Andromède. On y pouvait voir encore la trace des chaînes où la captive avait été attachée, et la carcasse du monstre envoyé par Neptune pour la dévorer*. Le squelette pourtant n'était pas entier, car un général romain, Marcus Scaurus, en avait enlevé jadis et apporté à Rome une partie qui figura parmi les merveilles de son édilité. Ce poisson en effet était miraculeux; au dire de Pline, il ne mesurait pas en longueur moins de quarante pieds romains; ses côtes étaient plus hautes qu'un éléphant indien, et son épine dorsale avait un pied et demi d'épaisseur \ Ce qui en restait, après le vol de Scaurus, paraissait encore monstrueux.

1 . Joppem quoque, fugientis portum Jonse, et (ut aliquid perstringam de fabulis poetarum) religatœ ad saxum Andromèdes spectatricem. Hieron., Ep, 86, p. 673.

2. Hic locus est in quo usque hodie saxa monstrantur in littore, in quibus Andromeda religata, Persei quondam sit liberata praesidio., Hieron., Comment, in Johan. 1, 3. -— Strab., i, 2. xvi, 2. — On y voyait la marque des anneaux de fer. Joseph. Bell, Juddic, HI, 29.

3. Beiluse, oui dicebatiir exposita fuisse Andromeda, ossa Rom», apportata ex oppido JudsesB Joppe, ostendit inter reliqua miracula in œdili-

iSi SAINT JÉhOME.

Si la première pensée de nos pieuses Romaines avait été {)oul' Jonas, oti n'en saurait guère douter, la secondé fut certainement pour Andromède. L'aventure d'Une jeune beauté persécutée, et sauvée par un jeune guerrier, qu'elle soit de la fable ou de l'histoire, aura toujours le don d'intéresser les femmes. 11 y avait aussi a tout proche de la mer, » suivant le mot des Actëè des Apôtres, un lieu qui attirait nos voyageurs, la maisoîi du côrroyeur Simon, où saint Pierre, dans une vision syttt-^ bolîquè, avait reçu de Dieu l'ordre de catéchiser leè gentils*. L'échoppe 6'était changée en une élégante chapelle que visitaient toujours les pèlerins : les nôtres n'y pouvaient manquer. Du haut du coteau dont Isi ville couvrait les pentes, ils purent assister à un spectacle magnifique. L'œil embrassait de là le grand massif des monts de la Judée, s' élevant |)ar assises superposées, comme les gradins d'un amphithéâtre, jusqu'aui[ montagnes de Jérusalem, qui en formaient le point culminàtit*. Le voyageur y prenait^ pour âiiisi'dire, une possession anticipée de la ville sainte; dette vue dut communiquer à Paula et à ses compaghOTïs uh désir violent de repartir.

Quittant Joppé, ils traversèrent la plaitie de Sa-

tate sua, M. Scaurus, longitudine pedum XL, altitudine costaru m Indices elephantos excedente, spinse crassitudine sesquipedali. Plin., Bist. nat,, 1. IX., IV, 5.

i. Et nunc mitte vîros in Joppen, et accersi Simonem quemdam, qui cognominatur Petrus :

Hic hospitatur apud Simonem quemdam coriarium , cujus est domus juxta mare : hic dicet tibi quîd te oporteat facere. Act, Apost., x, 5, 6.

2. LocuB satis editus, ut inde tradant Hierosolyma conspici. Strab., XVI, i.

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