‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 173 sur 255 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

leurs regards. Arrachés avec peine à ce beau spectacle et devançant la chaleur du jour, ils entrèrent par la vallée A'Achor, c'est-à-dire du Tumulte *^ dans les domaines de Benjamin et d'Éphraïm. Ils virent à Bethel le lieu où Jacob, pauvre et nu, couché sur la terre nue, n'ayant qu'une pierre pour soutenir sa tête S avait aperçu en songe l'échelle symbolique dont Dieu tenait l'extrémité , aidant les zélés à monter, et précipitant en bas les indifférents : ce fut du moins ainsi que Jérôme expliqua le rêve du patriarche, fle^A-e/, la Mai-son de Dieu^ profanée par le culte du veau d'or sous le roi Jéroboam, et devenue, comme disaient les prophètes, Beth-aven^ la Maison du Crime, n'était plus au IV® siècle, qu'une bourgade sans importance, oubliée même des itinéraires.

A leur passage par la montagne d'Éphraïm , les voyageurs saluèrent de loin le tombeau de Josué et celui d'Éléazar, fils d'Aaron\ Éphraïm, Benjamin, Bethel, Rama, qu'ils traversèrent, Gabaa, qu'ils avaient déjà traversée en venant de Joppé, tous ces lieux rappelaient la sombre tragédie du lévite et son sanglant dénoûment. Chaque pas qu'ils faisaient semblait réveiller quelque incident de ce drame affreux. Là, la femme violée par les Gabaonites était morte sous les outrages; ici, le lévite avait placé le cadavre sur un

1 . De valle Achor, id est, tumuUus atque tubarum, Hieron., Ep, 86,

2. Et de Bethel, domo Dei, in qua super nudam humum nudus et pauper dormivit Jacob, et posito subter caput lapide... Hieron., ibid»

3. Sepulcra quoque in monte Ephraim, Jesn fllii Nave, et Eleazari fllii Aaron sacerdotis, e regione venerata est. Hieron., ibid,

m SAINT JÉiiOME.

|Ln% potir l'ôflipôrter il sa ïuaisops plus loin, il i'^y^t dépecé ea âo^àne morceaux, envoyés aux douze tribut d'Israël, çomm^ up appel à la vengeance. La ven-r geance ne s'était pas fait attendre; et, sur ie sol qu'ils parcouraient, la tribu de Benjarnin avait subi, disaient^ ils, la justfi extermination due à son crinae. « Non, notti, interrompait Jérôme, elle ne fut pas exterminée; Dieu ne le voulut pas, parce que, de Benjamin rentré en grâce et régénéré devait sortir Paul , la grand apôtre des nations ^ » Il exposait alors comment six cents hommes* éctiappés au massacre» se réfugièrent dans le désert de Remmon , et xîomment, rappelés dans leur patrie, ils durent employer la violence et le rapt pour avoir des femmes des autres tribus, aucune fille ou femme ben^ jamite n'ayant survécu au désastre de la sienne. On ' leur montra en effet à. Silo les ruines d'un autel près duquel deux cent^ Jeunes filles, attirées par une fête nationale, avaient été enlevées, a^ milieu des danses, par deux cents Benjamites, et arrachées à leurs familles \ La ressembia^ïce de cette histoire avec eeite des Sabines, enlevées aussi da^is une fét6% fui de Ifi part des voyageurs un objet de savantes remarques, et peut-être alors quelque aiguiUon d'orgueU mendain eoitra-t*il au coeur des pieuses patriciennes* dont la

1. In Gabaa urbe, usque ad solum diruta, paululum substitit, recordata peccati ejus, et concubin» in frusta diyisœ, et tribue Bex^amin Récentes vires, propter Paulum apostolum réservâtes. Hieren., Ep. 86, p. 67J5.

2. Quid narrem Sile., in qua «Ut^e diratum bedjiequ« flaen»tratur? Hieron., ihid,

3. Raptum Sabinarom » BomuJk), tnbud Be^ojanûtica firecucurrit. Hieron., ibid.

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lignée allait sa perdra d5in$ lies Qjjscurjtés du berceau de Rome.

Ce grave sujet leg occupait probablement encore li^rjsqu'ils arrivèrent au puits de Jacob^ pi^its fj^meu^ ou Jéw$, agssi3 3ur la margelle, fatigué et altéré, échangea ^vec 1^ Samarjtaipe, pour un peu de J'eau qu'elle avait puisée, « la source dévie qui désaltère à jamais*. » Autour et au-dessu3 de ce pujts, creusé dans le roc à ^^^ gr*ï?d^ profondeur, q-vait été construite une église en forme de croix, où les voyageurs entrèrent^ : Torifice du puits, bien gardé d'ailleurs, était béant près de ]^ clôjture du choçur^j et on n'en approchait qu'avec m> 3^nt ff émiêsement^ Au dehors 3e trouvait une pis- 4oe alimentée par la xnème source, et à quelques pas pjn^ loin des platanes que h traditjpn faisait rempnter jyfqju'i ^i^ob^ La route, en un court espace de temp§, cpnduis^ij; du puil^ à. l'antique ville de Sichem, appelée sous la (Joflaittaiion romaine Flavia Ne^-polis, en l'honneur de rpmpereur Vespasien. Située dans une étroite vallée entre le mont ^èf)^] ejt le n>ont Garizim, Sichem ét^it devenue, lors de la séparation des dix tribus, |.a Jéruii^alem du schisme, et le teipple l^âti par les rois d'Israël sur la seconde de ces n^ontagnes restait encore, pour ce qu'il y avait de Samaritains au iv® siècle, aussi

2. Exstructam circa puteum Jacob intravit ecclesiam. Hieron., fp. 86, p. #7fi. -- Ubi J^icob pul^iw fodit... et Domiijus poster Jésus jChristus cum SamarUaoa IocuU^b est. IHn» Hiero$ol,

d. Anle duacelio» aljUu^s, A^tooin. Placent* Itin,

4. VU subA Af bores pli^tani qua$ pl^nt^vit Jacob, et balneus qui de eo puteo lavatitf. /ti». Bmosol>,

sacré que le temple de Salomon pour les Juifs fidèles. La même destinée avait frappé d'ailleurs les deux temples rivaux : celui de Garizim n'était plus aussi qu'une ruine où l'on montait par trois cents degrés taillés dans le roc*. Il n'eut point la visite de Jérôme et de ses amis, qui se contentèrent de l'observer de loin, soit scrupule religieux, soit désir *d' arriver plus vite à Samarie.

Un spectacle curieux et tout nouveau les attendait dans cette capitale des rois d'Israël, dédiée à l'empereur Auguste sous le nom de Sébaste, et ornée des plus splendides monuments par les rois de la race d'Hérode*. Ces magnificences étaient encore debout, au moins en partie; mais ce n'était pas ce qui piquait la curiosité ou excitait l'admiration du pèlerin chrétien. Samarie était, à proprement parler, la ville de saint Jean-Baptiste, dont elle possédait le tombeau. Par un bizarre retour des choses de ce monde, l'homme qu'Hérode Antipas avait tué, comme un censeur incommode de ses cruautés et de ses débauches, régnait maintenant, comme un dieu plutôt que comme un roi, dans sa ville de prédilection, et éternisait le souvenir de ses crimes.

Le tombeau de Jean-Baptiste^ avait la vertu de chasser les démons et de guérir les possédés : nul n'eût

1. Ibi est mons Agazaren. Ibi dicuat SamaritaQi Abraham sacrificium obtùlisse, et ascenduntur, usque ad summum montem, gradus num. ccc. Hin. Hierosol.

2. Sebcisten, id est^ Samariam, quse ia honorem Augusti , ab Herode grseco sermone, Augusta est nominata. Hieron., Ep, 86, p. 677.

3. Sebaste... in qua S. Johannis Baptist» ossa sunt condita. HieroiL, Comm, Mich.y i. — Ibi siti sunt Elisseus... et, quo major inter natos^ mulierum non fuH, Johannes Bapti^ta. Hieron., Ep, 86, p. 677.

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