‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 186 sur 255 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

monastères étaient tous sous la même règle cénobitique, et sous le gouvernement du même abbé. Ils dépendaient en outre de révê(|ue d'Hermopolis la Petite, ville riveraine du Nil, à l'orient des collines libyques. On trouvait, soit dans le bourg de Nitrîe, soit dans un endroit de la cité monastique, comme je le dirai plus loin, des boulangers, des bouchers, des pâtissiers, des marchands de vin, des médecins*, en un mot tout ce qui était nécessaire soit aux étrangers en passage ou à demeure, soit aux cénobites malades.

A douze milles environ de ce chef-lieu, plus au midi, et dans les nombreuses fissures dé la chaîne libyque non moins que dans la vallée, s'étendait le quartier des Cellules^ : c'est ainsi qu'on nommait plus particulièrement les retraites des anachorètes. Là régnait la vie solitaire dans son isolement le plus farouche. Les cavernes naturelles, les cabanes de feuilles, les huttes souterraines qu'habitaient ces ermites étaient disposées de manière qu'ils ne pussent ni s'entendre ni même s'apercevoir les uns les autres ^; ils ne se recherchaient qu'en certaines circonstances et pour s'assister. Les Cellules dépendaient de la Ville des Saints,

1 . In hoc monte degunt medici et placentarii : vinum illic venditur. Pallàd., Lausiac, c. 7.

2. Hinc ad interiorem eremum pergentibus, alter locus est distans circiter septuaginta stadiis, qui Cellia vocatur. In eo varia sunt monachorum domicilia^ hinc etinde dispersa. Sozom., vi, 31.

3. Habitant locum desertum, et habens cellas magno inter se intervalle disjunctas, ut nullus possit cognosci ab altcro, neque cite videri, nec vox audiri. Pallad., Lausiac,, c. 42. — In tantum vero domicilia distant a se invicem, utmonachi... nec videre se mutuo, nec audire possunt. Sozom., VI, 31.

e^ n'avaient pas d'autre église que la sienne, |înfin , à \}^ jour et unç nuit de marche, et probablement sur l'aride terrasse gui séparait la vallée de Nitrie de celle du l^leuve-sans-pau, s'élevait un monastère en comparaison duquel les couvents de Nitrie étaient presque ^n Éden : c'était le monastère de Scété, dont la seule vue faisait peser sur l'âme une tristesse mortelle*. Il n'admettait que des vocations en quelque sorte désespérées, p'esj; de lui surtout qu'on pouvait dire ce mot d'un religieux de Nitrie à ]VIé)anie, qui dépassait le seuil d'un 4?s couvents : « Arrêtez, madame; on entre ici, ojï n'en sort pas * ! »

L'hospifalité exercée dans la Ville des Saints ne manquait pas d'une certaine grâce à l'égard des visiteurs, elt quand on savait que les arrivants étaient des gens de distinction ou des moines appartenant à d'au- Ifes pays, l'accueil redoublait d'empressement. Pufin jioi}s dépeint dans les termes suivants celui que reçurent ft^élanie et lui, quand ils se présentèrent sur ja montagne : « Aussitôt qu'on nous vit approcher, dit-il, çt que ces saints reconnurent que nous étions des frères étrapgers, ils s'élancèrent soudain au-devant de nous, comme un essaim d'abeilles. » C'étaient des religieux

J. Scithium (Scete) locus in vastissimo eremo positus, diei et noctis jter Jiabens etNitriae monasteriis;... nulïâ seniita... Aqua raro invenitur et SIC ubi inventa fuerit, odoris quidem dirissimi est et quasi bituminea. Ruf., Vit. Patr., ii, c. 29. — Sterîlis ac vasta solitudo, ac pajne hominibus jnhabitabiiis. Vit. Pair.., m, Rosw., p. 530.

^. Janitor presbytei-, nulhim permittebat egredi, nequem alium iiigredi, praeterquam si quis vellet illic usque ad mortem permanere. Pallad., Lausiac.^ c. 6.

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