LIVRE Vlï
honnêtes gens qui veulent que je les préfère à vous dans mon estime, ô Paula et Eustochium, écrit-il dans son épître dédicatoire du commentaire de Sophonie, ces gens-là ne connaissent pas plus la Bible que l'histoire grecque ou romaine. Ils ne savent pas qu'Olda prophétisait quand les hommes se taisaient, que Débora vainquit les ennemis d'Israël lorsque Barach tremblait, que Judith et Esther sauvèrent le peuple de Dieu. Voilà pour les Hébreux. Quant aux Grecs, à qui faut-il apprendre que Platon écoutait discuter Aspasie, que Sapho tenait la lyre à côté d'Alcée et de Pindare, que Thémiste professait parmi les savants de la Grèce*? Et chez nous, Gornélie, la mère des Gracques; et la fille de Gaton, l'épouse de Brutus, devant qui pâlissent et l'inflexible vertu du père et l'austérité de l'époux ; ne les comptons-nous pas parmi les gloires de Rome ^ ? 11 faudrait des livres entiers pour raconter tout ce qu'il y eut de grandeur chez les femmes ^ »
L'achèvement des constructions mit fin, quant aux
1. Antequam Sophoniam aggrediar... respondendiim videtur his qui me irridendum aestimant quod, omissis viris,ad vos scribam potissimum, o Paula et Eustochium. Qui si scirent Oldam, viris tacentibus, prophetisse, et Deboram judicem pariter et prophetam, hostes Israël, Barac tremente, superasse. Hieron., in Soph, proL, t. HI, p. 1642.
2. Ad gentiles feminas veniam, ut, et apud saeculi philosophos videam anl morum differentiam quaeri solere, non corporum. Plato inducit Aspasiam disputantem : Sappho cum Pindaro scribitur et Alcœo, Themista inter sapientissimos Graeciae philosophatur, Corneliam Gracchorum, id est vestram, tota Romanae urbis turba miratur... Quid referam Catonis filiam, Bruti conjugem, cujus virtus facit ne patris mari tique constantiam tantopere miremur? Id., ibid,
3. Plena est historia tam grseca quam latina virtutibus feminarum, et quae intègre? libres flagitent. Id., ibid.
amies de Jérôme, à cette vie de pieuse érudition, qui n'était pour elles qu'un délassement : un autre labeur, d'autres devoirs conynencèrent alors, ceux d'une direcrtion monastique, Paula déploya dans ces obligations nouvelles une constance opiniâtre et une fermeté qu'on eût pu croire incompatibles, soit avec la douceur de son caractère, soit avec la mollesse de sa vie mon-^ daine. Le premier monastère fut bientôt rempli, puis le second et le troisième successivement. La petite troupe de vierges romaines amenée par Eustochium avait servi de noyau aux communautés, et il s'y était joint rapidement une multitude de filles et de veuves, les unes riches, les autres pauvres, accourues de toutes les parties de F Orient S celles-ci pour trouver du pain près d'une femme riche et bienfaisante, celles-là pour partager la gloriole d'un grand nom, et recevoir la règle d'une descendante des consuls romains et des rois de Lacédémone. Ces dernières, qui voulaient faire étalage, se présentaient souvent avec un cortège de suivantes et d'eunuques : Paula ferma la porte à toute cette valetaille*. Chacun devait se servir soi-même et servir le couvent : elle en donnait l'exemple aux autres. Nonseulement elle se mettait aux gros ouvrages, mais elle
1. Post vironim monasterium quod viris tradiderat gubernandum, plures virgines quas e diversis provinciis congregarat, tam nobiles quam medii et infimi generis, in très turmas monasteriaque divisit^ ita duntaxat ut in opère et in cibo separatae^ psalmodiis et orationibus jungerentur. Hieron., Ep. 86, p. 682.
2. Si qua erat nobilis non permittebatur de domo sua habere Gomitem. Hieron., Pp, 86, p. 682. — A viris tanta separatio, ut a spadoûibus quoque eas sejungeret. Id., ibid»