‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 212 sur 255 · L'IVRE VII · texte numérisé non relu

L'IVRE VII

était la première à prier comme h gurveiller. Quoique astreintes à la vie cénohitique, les recluses travaillaient et mangeaient séparément, mais elles faisaient Toraison en commun. C'était au chant de V Alléluia qu'on se réunissait; aucune ne pouvait rester alors dans sa cellule, la défense était absolue. On chantait tout le Psautier de suite àr tierce, à sexte, h, none, à vêpres et à minuit. Toutes les sœurs étaient tenues de le savoir par cœur et d'apprendre chaque jour quelque chose des Écritures \

Ces exercices se pratiquaient dans les chapelles des couvents, où d'ailleurs on n'offrait point le saint sacrifice, Jérôme ayant renoncé dès son ordination aux pratiques du sacerdoce, et Vincentius, plus moine que prêtre, en déclinant Thonneur par humilité. Le dimanche, toutes les communautés se rendaient à l'église, une des anciennes en tête, et revenaient dans le même ordre; l'église dépendait de l'évêque de Jérusalem et était pesservie par des prêtres de son clergé. Au retour, on distribuait les ouvrages de la semaine. Les sœurs faisaient tout elles-mêmes, y compris leurs vêtements, qui éteij^nt d'étoffe et de couleur uniformes % ToutQ communièation avec le dehors était interdite. Paula, naturellement si pleine de mansuétude, employait parfois la meqace et la rigueur dans les corrections, pen-

1. Nec licebat cuiquam sororum ignorare Psalmos, et non de Scripturis sanctis quotidie aliquid discere. Hieron., Ep. 86, p. 0S2.

2. Et unumquodque agmen matrem propriam sequebatur : atque inde pariter reverteates, instabant operi distributo^ et vel sili , vel cseteris indumenta fac^ebant... Unus omnium habitas. Id., ibid.

sant qu'il n'y a pas de règle inflexible et qu'il faut approprier au caractère de chacun les moyens d'amendement. L'apôtre Paul disait : « Qu'ai-je à faire visà-vis de vous ? Vous reprendrai-je avec sévérité ou avec douceur? choisissez d'après votre inclination. » Telle fut la pratique de Paula^

Elle ne souffrait pas que ses religieuses eussent rien en propre, excepté leurs vêtements et leur nourriture. Elle savait que la dernière passion qui persiste dans les cloîtres est l'avarice; elle en avait vu de tristes exemples, soit à Rome, soit en Egypte, et se rappelait cet acte d'un saint abbé faisant jeter dans la fosse, avec le cadavre d'un de ses moines, un trésor trouvé chez lui*. « Ne les séparons pas, avait-il dit, car ceci était son âme! » Point de contestation, point de querelle parmi les sœurs : Paula accourait au premier signe de dissentiment; elle jugeait, rapprochait ou condamnait. Elle appliquait le jeûne aux besoins de l'âme comme à ceux du corps. « Ayez plutôt, disait-elle à ses religieuses, l'estomac malade que le cœur malhonnête ^ » Ennemie de la recherche des vêtements, elle détestait encore plus la négligence et la malpropreté : un extérieur mal réglé dénotait, suivant elle, quel-

1 . Si erat iracunda, blanditiis : si patiens, correptione ; illud Apostoli imitans : « Quid vultis? In virga veniain ad vos, an in spiritu lenitatis et mansuetudinis? » Hieron., Ep. 86, p. 682.

2. Quidam ex fratribus parcior magis quam avarior... centum solidos quos liua texendo acquisierat, moriens dereliquit... Macarius vero et Pambo et Isidorus.... decreverunt infodiendos esse cum eo... Hieron., Ep. 18, p. 34. — Vit.patr., m, c. 219.

3. Lascivientem adolescentularum carnem crebris et duplicatis frangebat jejuniis, malens eis stomacbum dolere quam mentem. Id.^ ibid.

Page 1