‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 224 sur 255 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

D'Origène et de ses doctrines. — Double caractère sous lequel ce grand docteur est envisagé en Orient. — Propositions origénistes prêchées à Jérusalem. — L'évoque Jean et Rufin les approuvent; Jérôme les combat. — Commencement de la lutte de Torigénisme. — Épiphane y prend part : sa brouille avec Jean de Jérusalem. — Scènes entre les deux évoques dans l'église du Saint-Sépulcre et dans celle de la Croix. — Jérôme prend parti pour Épiphane. — Les monastères de Bethléem sont mis en interdit. — Paulinien ordonné prêtre par Épiphane, est rejeté par Jean de Jérusalem, — Sentence de bannissement obtenue par cet évêque contre Jérôme. — Trouble croissant dans les monastères. — Le patriarche d'Alexandrie, Théophile, se porte juge entre Jean de Jérusalem et Jérôme. — Bizarre conduite de son légat Isidore. — Théophile change subitement d'opinion sur l'origénisme, dont il excommunie les adhérents après les avoir soutenus.— Jérôme se réconcilie avec Jean de Jérusalem et Rufin. — Départ de Rufin pour Rome.

Avant d'introduire mon lecteur au milieu de ces querelles de Torigénisme qui remplirent la fin du IV' siècle et une partie du suivant, et où furent enveloppés Jérôme et ses amis de Bethléem, je dois dire quelques mots de la personne d'Origène, de son génie, du carrière de ses doctrines, des causes enfin qui firent sortir de son tombeau, au bout de cent

quarante ans, une des plus furieuses tempêtes qui aient battu la chrétienté.

Né vers l'année 185 de notre ère, Origène appartient, comme Tertullien, à cette époque de demiincertitude où Tautorité de l'Église, encore muette sur beaucoup de questions dogmatiques, laissait le champ libre aux hypothèses, et oîi de grands et vigoureux esprits, amis de la vérité, purent consciencieusement flotter, entre l'orthodoxie et l'erreur. Fils d'un martyr, maître de disciples dont beaucoup allèrent au martyi-e, et lui-même intrépide confesseur de la foi dans les prisons de Décius, il n'exerça pas moins de puissance sur son siècle par son caractère que par son savoir. Les surnoms qu'on lui donna d'Adamantius, cœur de diamant^ Chalcenterus, e7itrailles d'airain^ Chalceutès, homme de bronze ou de fer, indiquent sur lui le jugement de ses contemporains, que la postérité ratifia ^ Il avait dix-sept ans quand son père, nommé Léonide, fut conduit au supplice par l'ordre du gouverneur d'Alexandrie, durant la persécution de Sévère ^, et sa mère dut l'emprisonner lui-même dans la maison et cacher ses habits, pour qu'il ne se livrât pas au bourreau ^ Réduit à écrire au lieu d'agir, il exhorta

1. Origenesquî et Adamantiuà... Hieron., Cataî. Script, eccL, uy^ p. 115. — Chalcenterus noster... tanto studio in sanctarum Scripturarum labore sudavit, ut juste Adamantii nomen acceperit. Hieroa., Ep. 29, p. 68.

2. Leonides Origenis pater, capite truncatus, supra dictum fllium admodum adolescentem reliquit. Euseb., Hist, eccles.^M^ i. — Leonidea Origenis pater, captus est, et post alia supplicia obtruncatus... Zonar., xif, 11. — Leonide pâtre, Chri'sti martyrlo coronato.» Hieron., Ca^. ScripL eccL, uv, p. 115. — Nîcephor., v, 2.

3. Ac mater quidem, primum verbis supplicando rogabat, ut materni

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