‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 233 sur 255 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Tout le temps qui s'était écoulé depuis la réunion du matin, il l'avait employé à aiguiser le trait perfide qu'il réservait à son adversaire. Épiphane avait parlé des origénistes : il parla des anthropomorphites, jetant à pleines mains sur leur doctrine le ridicule et l'odieux. Il fit son discours le corps tourné vers Épiphane, les regards fixés constamment sur lui, et le désignant, le plus clairement qu'il pouvait, à la risée publique*. S' enivrant de sa propre colère, à mesure qu'il parlait, il avait la bouche sèche, la tête rejetée en arrière, les lèvres tremblantes, la voix saccadée par l'émotion \ Épiphane au contraire restait impassible sur son siège. Lorsque Jean eut fini, il se leva et fit signe qu'il voulait parler à son tour. Après avoir salué l'assemblée de la voix et de la main *, il prononça ces mots avec lenteur et solennité : « Tout ce que Jean, mon frère par l'union du sacerdoce et mon fils par l'âge, vient de dire contre l'hérésie des anthropomorphites, je le trouve fort bien dit et fort à propos, et je joins mon témoignage au sien pour condamner ces sectaires; mais comme nous réprouvons tous les deux cette absurde croyance, il est juste aussi que tous les deux nous déclarions réprouvés les dogmes pervers d'Ori-

habere membra, quae in divinis Libris scripta sunt, arbitrantur, furens et indignans loquebaris. Hieron., Ep. 38, p. 312.

1 . Oculos et manus et totius corporis truncum , in senem dirigebas, volens illum suspectum. facere stultissimae haereseos, Id., ibid.

2. Postquam lassus, ore arido, resupinaque cervice ac trementibus labiis, conticuisti. Id., ibid.

3. Surrexit ut se indicaret pauca dicturum esse, salutataqpe et voce et manu Ecclesia.... Hieron., Ep, 38, p. 313.

gène *. » Un rire universel suivi d'une longue acclan]ation accueillit ces paroles du vieil évêque, et l'avantage fut encore pour Épiphane *. ^

Une troisième scène, préparée par Jean, eut lieu le lendemain ou le surlendemain. On était alors au temps pascal , et Tévêque de Jérusalem, dans l'intention de mettre au grand jour son orthodoxie , profita de la présence d' Épiphane pour résumer, dans une grande catéchèse tenue à l'église de la Croix, l'ensemble de ses instructions du carême ^ . Il passa en revue les principaux dogmes de la foi : la trinité, l'incarnation, le mystère de la croix, l'enfer, l'état des âmes avant et après la vie, enfin la résurrection du Sauveur et la nôtre, donnant sur chaque point dogmatique une solution. Il paraît que son exposé fut interrompu plusieurs fois par les cris de désapprobation de l'assemblée, de sorte que Jean, tout troublé, interpella Épiphane pour qu'il eut à déclarer si cette profession de foi lui semblait orthodoxe ou non. La situation était délicate pour l'interpellé, car il s'agissait de prononcer, séance tenante, la condamnation d'un évêque dans sa propre église et devant son troupeau. Épiphane crut s'en tirer en répondant d'une manière vague qu'il ne trouvait rien à

1. Sed sequum est, ut quomodo hanc haeresim condemnamus , etiam Origenis perversa dogmata condemnemus. Hieron., Ep, 38, p. 313.

2. Qui risus omnium , quae acclamatio coiisecuta sit, puto quod retineas. Id., ibid,

3. Consuetudo autem apud nos istius modi est, ut lus qui baptizandi sunt, per*quadiaginta dies, publiée tradamus sanctam et adorandam Trinitatem. Hieron., Id.^ ibid.

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