LIVRE VIÏL
prêtre : or ils étaient nombreux dans la ville, où les bienfaits et la sainteté des nouveaux venus leur avaient gagné beaucoup de cœurs. Par suite de cette mesure, non-seulement les prêtres de Bethléem interdirent plus étroitement que jamais l'accès de l'église aux reclus des monastères, mais ils exigèrent de leurs propres • paroissiens, avant de les laisser entrer, une réponse catégorique à cette question : « croyez -vous que Paulinien soit un véritable prêtre * ? »
Sur ces entrefaites, des phénomènes effrayants, qui semblaient être les précurseurs d'une grande catastrophe, parcoururent presque tout l'Orient. Une nuée de feu parut sur Gonstantinople ; des tremblements de terre se firent sentir en Cappadoce, en Syrie, en Palestine. A Bethléem, le jour de la Pentecôte, le soleil s'obscurcit tout à coup, et la ville, enveloppée d'épaisses vapeurs, fut plongée dans une obscurité complète ^ Les habitants glacés d'effroi désertaient leurs maisons, et dans les rues, où l'on se reconnaissait à peine, un seul cri sortait de toutes les bouches : « La nuit éternelle commence ; le dernier jugement est proche !» Il y avait alors dans la ville de nombreux catéchumènes, hommes et femmes, que les moines préparaient à un prochain baptême ; croyant le jour suprême arrivé , ils vinrent frapper aux portes des
i . An non tu scindis Ecclesiam , qui mandas clericis tuis , ut si quis Paulinianum, ab Epiphanie Episcopo consecratum presbyterum dixerit, ecclesiam prohibeatur intrare. Hieron., Ep, 38, p. 333.
2. Circa dies Pentecostes, quum obscurato sole omnis mundus jamjamque venturum Judicem formidaret Id., ibid.
382 SAINÏ JÉRÔME.
monastères, demandant qu'on les baptisât \ Les monastères aussi en contenaient un certain nombre qui sollicitaient cette grâce avec instance.
Jérôme n'osa pas satisfaire à leur vœu, quoiqu'il eut chez lui quelques prêtres en passage ^ Il craignait ^d'attirer sur eux tous de nouvelles censures épiscopales en empiétant sur les droits du clergé de la ville. Il engagea donc les catéchumènes à le suivre, et les conduisit lui-même au baptistère de la Nativité. Les prêtres reçurent ceux qui étaient de la paroisse; ilsU'ermèrent le baptistère aux autres, et Jérôme se vit contraint d'envoyer ses catéchumènes à l'évêque de Lydda, Dionysius, qu'il avait connu à Rome au concile de 382, et dont il savait les bonnes dispositions à son égard ^. Ainsi, point de baptême pour les convertis des monastères, point d'assistance religieuse pour leurs malades, et bientôt plus de sépulture pour leurs morts! Un ordre impitoyable de l'évêque enleva aux habitants infortunés des couvents la consolation des derniers sacrements et la sépulture chrétienne. Exclus des cimetières comme de l'église, et n'ayant pas le courage d'enfouir les dépouilles mortelles de leurs frères et de leurs sœurs dans une terre profane, ils les déposèrent dans un lieu
1. Quadraginta diversœ aetatis et sexus baptizandi. Hieron., Ep. 38, p. 333.
2. Quinque presbyteri erant in monasterio, qui suo jure poterant bapizare, sed noluerunt quidquam contra stomachum tuum facere. Id.,
ibid.
3. Ne competentibus nostris in Pascha baptismum traderent, quos nos Diospolim ad confessorem et episcopum misimus Dionysium baptizandos. Id., ibid.