‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 242 sur 255 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

a tant d'envie de me chasser, il peut le faire sans accumuler tant de crimes ; il n'a qu'à me toucher du bout du doigt, et je pars à Tinstant même * ! »

L'indignation enfin l'emporta; Jérôme composa contre l'évêque de Jérusalem, sous la forme d'une lettre à Pammachius, une sorte de philippique qui peut se comparer sans trop de désavantage à celles de Cicéron : le même feu, la même ironie terrible, s'y retrouvent, et parfois le même éclat de style.

« A t'en croire, lui disait-il, c'est nous qui divisons l'Église, nous qui voulons faire dans son sein un gouvernement à part. Nous diviser l'Église ! quand notre communauté n'a qu'un désir, ne foime qu'un vœu, communiquer avec tes prêtres dans la basih'que du Sauveur. Nous diviser l'Église! lorsqu'au milieu de l'effroyable cataclysme qui semblait nous annoncer notre dernier jour, nous avons conduit à tes prêtres, pour les baptiser, quarante catéchumènes , hommes, femmes, enfants, jeynes filles, qui s'olfraient à nous, que nous pouvions baptiser, et que nous avons refusé de baptiser, parce qu'il appartenait à tes prêtres de le faire. Puis, lorsque nous avons présenté nos propres catéchumènes, tes prêtres les ont exclus, et nous avons été forcés de les envoyer jusqu'à Diospolis, oii.Dionysius, évêque et confesseur, les a reçus dans la foi. Nous diviser l'Église ! quand nous n'y trouvons pas la

1. Quid opus est auctoritate publijca, et rescripti împendiis, et toto orbe discursibus? Tangat saltem digitulo, et ultro exibimus. Hirron., Ep. 39, p. 338.

plus petite place hors de nos cellules, et que nous sommes réduits à contempler de loin la grotte du Sauveur, gémissant et pleurant de voir des hérétiques franchir librement ce seuil sacré qui nous repousse*, (t C*est donc nous qui divisons l'Église, et non pas toi, toi qui refuses un toit aux vivants, une sépulture aux morts, et qui sollicites l'exil de tes frères * ! Qui donc est allé, par les armes spirituelles, exciter contre nos vies la redoutable et puissante bête qui menaçait la vie du monde entier'? Qui donc a ordonné que les os des saints, ces cendres innocentes, restassent privés de sépulture, battus par la pluie, exposés à tous les outrages du temps* ? Voilà les douces caresses par lesquelles le bon pasteur nous invite à la paix et nous reproche paternellement de vouloir nous faire un gouvernement à part ! Mais nous n'en avons pas besoin : nous ne sommes point séparés; nous sommes unis, dans la communion et la charité , à tous les évoques qui professent la vraie foi. Es-tu donc l'Église à toi seul, et celui qui t'offense et celui que tu n'aimes pas doit-il être exclu par le Christ*? Si tu défends ton

1. Ex quo tempore usque in praesentem diem videmus tantum specum Domini; et, haereticis intrantibus, procul positi suspiramus. Hieron., Ep. 38, p. 333.

2. Nosne sumus, qui Ecclesiam scindimus, aa ille qui vivis habltacu lum, mortuis sepulcrum negat, qui fratrum exilia postulat ? Id., ibid.

3. Quis potentissimam illam feram, totius orbis cervicibus imminentem, contra nostras cervices spiritualiter incitavit? Id., ibid.

4. Quis ossa sanctorum^ et innoxios cineres , hucusque yerberari ab imbribus sinit? Id., ibid,

5. An tu solus Ecclesia es, et qui te ofifenderit, a Christo excluditur ? Id., ibid.

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