‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 3 sur 255 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

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verse sur le papier la pensée et les mots tels qu'ils lui arrivent dans le tumulte de l'inspiration, puis le pamphlet court le monde comme un événement que ne font pâlir ni les péripéties d'une société si agitée, ni les dissensions des Empereurs, ni les guerres étrangères ou civiles, ni la ruine suspendue au front de la ville éternelle.

Si donc on veut expliquer saint Jérôme et, qu'on me permette de le dire, lui faire pardonner ses exagérations, ses colères, ses injustices même, il faut devenir avec lui homme de son temps.

C'est ce que nous essayerons de faire ici. Nous pénétrerons à sa suite dans les rangs du clergé romain dont, il attaque les corruptions ; sous les cloîtres mondains où il appelle à la pauvreté et à l'humilité les orgueilleuses filles des Marcellus, des Fabius, des Scipions; au désert de Palestine et d'Egypte, où son ascendant les entraîne; à Bethléem enfin, où elles accourent, du fond de l'Occident, entendre sa parole et mourir au siècle.

On ne peut se rendre compte de tout le mouvement qui se fait autour de lui qu'en étudiant

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ce monde étrange, intermédiaire entre le paganisme et le christianisme, entre l'antiquité et le moyen âge , ce monde élégant de Rome, perdu dans l'opulence et la mollesse, et qui veut goûter les austérités de la terre sainte par caprice, par vraie dévotion , par mode. Il se déroule dans cette étude une série de caractères individuels précieuse pour l'histoire. Les documents chrétiens jusqu'au milieu du iv^ siècle ne nous avaient guère révélé que la marche lente et souterraine du christianisme au sein des classes populaires, parmi les affranchis, les esclaves, les soldats, foule obscure, parsemée de quelques grands noms , mais vaillante et produisant dans sa foi, plus ardente qu'éclairée, la floraison sanglante des martyrs ; nous ignorions les procédés d'initiation que là religion devait prendre plus tard dans le haut patriciat romain, dans le monde du savoir, de la richesse et de l'orgueil. C'est à ce spectacle nouveau que les écrits de saint Jérôme nous convient.

Quelle variété de caractères nous offre sa correspondance, à laquelle il faut ajouter ses traités polémiques, ses préfaces, et jusqu'à ses commentaires, car Jérôme, écrivain personnel, s'il

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en fut, met à toutes les pages de ses livres lui, ses amis et ses ennemis ! De ces caractères, les uns, burinés entièrement de sa main, peuvent se comparer aux morceaux les plus parfaits de Théophraste; les autres ne sont qu'esquissés, mais l'esquisse en est si hardie et si vraie, qu'on voit les personnages respirer et se mouvoir. Quand Jérôme attaque les vices de son temps, il a la verdeur de Ju vénal, de Lucile surtout, auquel il aimait à être comparé : ses portraits sont alors sombres et terribles. Rien n'est plus effrayant que ce personnage de Rufm-Grunnius, hypocrite avare et voluptueux, qui s'enrichit des aumônes que la charité lui confie, et « festoie de la faim des pauvres. » Quand Jérôme peint ses amis, ses amies surtout, et le charme des campagnes de Bethléem , il a toutes les grâces de Théocrite. Nous chercherions en vain dans l'antiquité autant d'observations sur les femmes du grand monde païen ou chrétien; sur leurs sentiments, leurs habitudes, leur vie domestique, leur toilette même. Paula, Eustochium, Marcella, Fabiola, sont des types qu'on ne saurait oublier quand on les u connus, et Jérôme nous fait ha-' biter familièrement avec elles. Combien est touchante cette fidèle et sainte affection qui, née

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