LIVRE II
Naissance et éducation de Jérôiïie. — Son premier séjour à Rome. — Histoire de Mélanie. — Ferveur monastique parmi les jeunes Aquiléens. -' Rufin, Bonosus, Héliodore, Innocentius. — Jérôme au désert de Ghalcide. — U est ordonné prêtre par Paulin, à Antioche. — Schisme dan» rÉglise de Syrie : Paulin, Mélétius. — Jérôme à Constantinople; son amitié avec Grégoire de Nazianze. — Deuxième concile œcuménique. — Scission des Églises d'Orient et d'Occident. — Discordes entre les pères. — Mort et funérailles de Mélétius. — Jérôme part pour Rome.
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Jérôme, ou plus exactement Eusébias Hiéronymus, pouvait avoir alors trente-six ans. Né vers 346, sur la pente méridionale des Alpes illyrienpes , entre Émone et Aquilée, dans la petite ville de Stridon, moitié pannonienne, moitié dalmate*, parmi des populations agrestes et presque barbares, il y puisa peut-être, comme il s'en confesse, les défauts d'une humeur âpre et violente, mais en revanche aussi une sève ardente et originale que le génie italien ne connaissait plus. Sa famille était chrétienne et assez riche pour que son père l'envoyât terminer ses études à Rome, sous Je célèbre
1. Hiéronymus pâtre Eusebio natus, oppido Stridonis, quod a Gothis eversum, Dalmatiœ quondam Pannoniaeque conflnium fuit. Hieron., Cat. ScripL eccl.^ c. 135.
grammairien Donatus, qu il appelle son précepteur ^ Jérôme apprit sous ce maître habile tout ce qu'on apprenait alors dans les écoles, la grammaire, la rhétorique, k philosophie, la jurisprudence. 11 soutint avec éclat des controverses oratoires, suivit le barreau, et s'acquit parmi la jeunesse romaine un grand renom de savoir et d'éloquence/. Tout en étudiant, il amassait, à force d'argent et de travail, cette précieuse bibliothèque qui devint la compagne inséparable de sa vie, acquérant les livres qui pouvaient s'acheter, et copiant les autres de sa main, pendant de longs jours et de longues nuits ^ Des bancs de l'école où il était assis, il vit naître et mourir l'empire de Julien, les temples se rouvrir, le sang des victimes tombées sous le couteau infecter de nouveau les places et les rues, les païens triompher avec insolence , les chrétiens obligés de se cacher; puis, à cette soudaine nouvelle : « l'empereur est mort! » la scène change, c'est à l'Église de se réjouir, aux païens de trembler. 11 entendit un d'entre eux s'écrier avec une colère mêlée d'épouvante : « Vous dites, ô chrétiens, que votre Dieu est patient, voyez pourtant comment il frappe \^ » Ces tableaux, faits pour
i. Praeceptoris mei quondam Donati. Hieron., in Rufin., 1. iv, p, 307.
2. Aliquoties quum adoléscentulus Rom» controversias declamarem; et ad vera certamina, fictis lilibus, exercerer, currebam ad tribunalia judicum... Hieron., Comment. Ep. adGal.,'ï^2^ p. 243.
3. Bibliotheca, quam mihi Romaesummo studio ac labore confeceram...
4. Quurn subito in ipso persecutionis ardore, Juliani nuntiatus est in- . tcritus, eleganter unus de ethnicis : « Quomodo, inquit, christiani dicunt
Deum suum esse patientem ? Nihil iracundius , nihil hoc furore prœsentius, ne modico quidem spatio indignationem suam differre potuit. » Hieron., Comm. in Habac., 3.