‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 52 sur 255 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

et les plus grands évêques en usèrent à leur profit comme d'un remède salutaire. Il n'y eut pas jusqu'aux païens qui n'approuvassent dans le monachisme le principe de renoncement à soi-même enseigné par leurs sectes philosophiques le plus en crédit : Libanius, l'ami de Julien, a fait l'apologie des moines *. Au reste, un des noms appliqués à la profession monastique en Orient était celui àe philosophie^ que l'austérité chrétienne acceptait avec orgueil, et je citerai à ce propos le témoignage d'un contemporain, qui a souvent porté dans l'appréciation des choses religieuses un louable esprit d'indépendance et de justice , l'historien ecclésiastique Sozomène. « Une des choses les plus utiles que Dieu ait transmises aux hommes, nous dit-il, est la philosophie de ceux qu'on appelle moines ^ Elle méprise comme chose superflue, et consumant un temps qu'on peut mieux employer, les connaissances acquises aux écoles et les arguties de la dialectique. Pour elle, la meilleure étude est celle de bien vivre. Elle enseigne donc par une science simple et naturelle ce qui peut combattre et déraciner le mal moral, ne trouvant pas qu'il y ait un milieu possible entre le vice et la vertu. Forte contre les tumultueuses agitations de la pensée, elle ne sait pas céder à la nécessité et ne succombe point aux infirmités du corps ; par la contemplation continue de l'éternel auteur des choses, elle fortifie l'âme à la source de l'essence divine \

1. Liban., £p. ap. Basil,^ Ep, 123. — Baron., ad ann.'362, 54.

2. Res enim omnium utilissima a Deo ad homines transmissa hujusmodi (monasticse vitse) philosophia. Sozoni., i, 12.

3. Ëadem perturbât ionibus animi fortiter resistens, nec naturae cedit

Supériëtire atux événements dd déhof ô, dllé dominé poMt ainsi difë le monde extérieur; l'injure ne l'atteint pââ, et elle âé glot-ifie de la souffrance.- Patietice, mâhstiétude, frugalité, voilà les degrés par lesquels elle élève rhoratte vêts DieU, autant qu'il est permië d'en approcher. Lés deux princes dé cette suprême philosophie , si l'on en croit la tradition, ont été les prophètes Élie et Jean-Baptiste * j maii^ lè pythagoricien Philon nous rappcrrté que dé Son temps une foule d'Hébreux de distinction fee livraient à la pratique de cette sorte de sagesse dans un certain lieu situé aii-dessus du lac Maréôtide *. Leurs demeures, leur iiouffiture, leur discipline, telles qu^ll nous les dépeint, ressemblent à celles des moines d'Egypte aujoui;d'hui même. 11 y avait aussi des femmes qui s'abstenaient dil mariage et vivaient ëtï communauté ^)) Philon semble attribuer pat là l'institution monastique à des éectaites juifs, et c'est l'opinion dé Josèphe. t)'autres aUteurâ lui donnent une autre cause t ils la font naître des pefsécutiohS païennes, quand les chrétiens, obligés de fuir sur les montagnes, dans leS déserts et les bois, s'habituèrent

nécessitât!, nec corpori6 infinaitati succambiti sed dttliuB mentis nbnt possidens Sozom., 1. c.

i, Hujus éxcelletitis ptlilosôphî» princeps fuit^ ni Quidam mémoràot, Relias propheta et Baptista Johannes. Sozom., u 18*

2. Verum pythagoricus Philo, sua setate Hebrseoram prsestantissimos iihdi(|ue collectofc ifl lotuin quertidam supra Mareoteth îàcum in colle sltûni philosophatos esse scribit. Sozom., i, 12. — Taies Philo, Platonici sermonis imitator : taies Josephus, grseens Iiyitift.:<«. Essen^ft fuiase refert. Hieron., Ep, 18, p. 46.

d. Mulieres porro cum illis degere, proteeta» «state Tirgines, qu» amore philosophite a nuptiis sua sponte abstiotieilnt. Sozom., i» 12.

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