‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 63 sur 255 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

De retour dans Anlioche, il se remit au travail avec une ardeur et une suite que rien ne vint plus interrompre. 11 composa sa chronique, publiée plus tard à Constantinople, le dialogue contre les lucifériens^ où il traite de matières théologiques, suivant la méthode de Cicéron et de Platon, la vie de Paul, ermite, ce moine si différent de ceux qu'il venait de quitter, et quelques autres de ses premiers ouvrages. Sa réputation d'homme érudit et éloquent s'établissait tellement dans l'Église orientale, que Paulin voulut se l'attacher en le faisant prêtre. Jérôme s'y refusa longtemps, et lorsqu'il y consentit de guerre lasse, il posa nettement ses conditions dans des termes qu'il nous fait connaître lui-même. « Mon père, dit-il à l'évêque au moment de son ordination , je ne t'ai point demandé le sacerdoce, et si en me donnant la qualité de prêtre tu ne m'ôtes pas celle de moine, je n'ai rien à objecter : c'est à toi de répondre du jugement que tu as porté de moi; mais si, sous le prétexte du sacerdoce, tu prétendais m'ôter la liberté de la solitude, et me ramener dans le siècle auquel j'ai renoncé, tu te trompes, car pour moi cette liberté est le souverain bien. Mainlenant agis comme tu voudras, mon nouvel état ne fera rien

perdre comme il ne fera rien gagner à ton Église ^ » Le caractère indépendant de Jérôme se révélait là tout entier. Sa répugnance pour toute chaîne et son éloignement des fonctions sacerdotales allèrent si loin que, s'il dit la messe le jour de son ordination, ce qui n'est pas certain , il est certain qu'il ne la dit pas une seconde fois, même dans des cas de nécessité pressante et presque de devoir. Il joignit dans ces temps de complète liberté les voyages à l'étude, et visita Jérusalem, où son séjour ne fut pas long. La Palestine offrait assurément des spectacles bien vénérables, et que Jérôme plus qu'un autre était digne de sentir; mais ce qu'il lui fallait alors avant tout, c'était le travail, la science, le mouvement des idées, quelque chose en un mot de cette activité intellectuelle que l'Orient possédait presque avec excès et qui l'enivrait. Il avait aussi compté trouver à Jérusalem ou Rufin lui-même, ou quelque lettre de lui ; son attente fut doublement déçue, et il rentra dans Antioche, le cœur peiné. « Une amitié qui peut se rompre n'a jamais été véritable % » avait-il écrit de Chalcide au compagnon de jeunesse qui le délaissait : il ne croyait pas si bien prophétiser.

La présence de Grégoire de Nazianze l'attira et le retint à Constantinople où il passa les années 379,

i. Num rogavi te ut ordinarer? Si sic presbyterium tribuis,ut monachum nobis non auferas, tu videris de judicio tuo. Sin autem sub nomine Presbyteri tollis mihi, propter quod sseculuni dereliqui : ego habeo quod semper habui : nullum dispendium in ordinatione passas es. Hieroil., Ep. 38, p. 333.

2. Amicitia quae desinere potest vera nunquam fuit. Hieron., Ep. I,

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