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380 et 381. Grégoire fit de lui son ami malgré la différence des âges; il ouvrit à cet esprit curieux les trésors de l'érudition orientale dont Jérôme avait soif, et celui-ci, pendant le reste de sa vie, se glorifia des leçons du grand homme, qu'il appelait son précepteur et son maître ^ 11 put voir dans sa compagnie ce que l'Orient avait de plus célèbres docteurs, entre autres Grégoire de Nysse, frère de Basile , qui lut devant lui sa réfutation d'Eunomius\ Tout en réprouvant les vices du clergé romain et les prétentions ambitieuses du siège de Rome, tout en disant avec Basile : « Je hais le faste de cette Église, » Grégoire de Nazianze, presque seul en Orient, avait incliné pour l'arrangement des évêques dans l'affaire d'Antioche : d'abord parce qu'il aimait Mélétius. ensuite parce qu'il n'envisageait pas de sang-froid un schisme entre les deux moitiés de la chrétienté. Cette conformité d'opinion resserra entre Jérôme et lui les liens que le goût de la science avait formés. Rien n'égalait d'ailleurs les succès de Grégoire à Constantinople ; il relevait par les séductions d'une éloquence incomparable le parti catholique, presque disparu depuis Constance. Lors donc qu'on vit Théodose enlever les églises aux prêtres ariens, tout ce qu'il y avait de catholiques honnêtes
1. Gregorius prseceptor meus a quo Scripturas explanante didici. Hieron., Catal. Script, eccles., 117, p. 126. — Id.. in Ruf. ii, p. 406. — Gregorium Nazianzenum et Didymum catechistas habui. Hieron., Epx 32, p. 245.
2. Gregorius Nyssenus epjscopus, frater Basilii Caesariensis, ante pau-
cos annos mihi et Gregorio Nazianzeno contra Ëunomium legit libros
Hieron., CataL Script, eccles.^ 128, p. 128. — Baron., ad ann. 379,20.
et éclairés à Constantinople demanda Grégoire pour évêque : il s'y refusait, oiï lui fit violence. Le peuple l'installa de force sur le trône épiscopal% mais Grégoire déclara qu'il ne se regarderait comme évêque que le jour où les évoques, ses frères, l'auraient solennellement reconnu, et qu'il attendait pour cela le prochain concile.
Ce délai permit à ses ennemis d'agir contre lui, et ils provoquèrent un incident dont Jérôme put témoigner bientôt à Rome, et que nous rapportons ici pour l'intelligence de ce qui doit suivre. Grégoire avait à Constantinople des adversaires déclarés, même parmi les prêtres de son église ; il avait de nombreux jaloux au dehors, entre autres Pierre, archevêque d'Alexandrie , qui tenait sous sa main tout le clergé d'Egypte. Il suffisait que Grégoire fût l'ami de Mélétius pour que Pierre, engagé plus qu'aucun autre dans le parti de Paulin, et travaillé de plus par l'envie, devînt son implacable opposant. On soupçonnait aussi Damase de voir d'assez mauvais oeil l'élévation d'un homme qui pouvait donner un lustre sans égal à l'évêché de Constantinople ^ Pierre se mit donc en tête d'écarter Grégoire par les moyens avouables ou inavouables. Il ourdit à cette fin une trame tellement infâme qu'on douterait qu'elle ait pu sortir du cerveau d'un prêtre, et encore moins du chef d'une grande
1. Greg. Nazianz., Carmen de vita sua. — Baron., ad ann. 380. -— Tillem., Mém. Ecclés.^ t. ÎX. Grég. de Naz.
2. Danfwœ., Ep. (xd Episc. ^gypt. — Id., Ep. ConcH. liait. odTheod. ■— Baron., ad âttn. 380, 5. ~ Pag. not., ap. Baron., 379, 8.