LIVRE PREMIER
La société romaine au iv« siècle. — Peuple. — Patriciens. — Vie d'un sénateur de Rome. — Vie d'une riche matrone. — Mœurs du clergé romain. — Femmes attachées aux églises. — Nécessité d'une réforme ecclésiastique. — Arrivée à Rome d'Athanase et de deux moines de Nitrie. — Histoire de Marcella. — Communauté monastique de l'Aventin; Asella, Furia, Fabiola, Paula. — Mode des pèlerinages eu Terre Sainte.
La seconde moitié du iv^ siècle fut sans contredit l'époque du plus grand luxe à Rome et en Italie , non de ce luxe public qui s'allie aux arts et se plaît à couvrir de marbre et d'or les monuments de la patrie pour la rendre plus belle et plus vénérée, mais du luxe privé, compagnon inséparable du caprice et du mauvais goût, et produit d'une décadence morale qu'il précipite lui-même par le ravalement des arts. Sous
les inspirations de ce luxe énervant, la profusion des ornements succède à la beauté des formes, la richesse à la majesté. Il avait essayé de se glisser à Rome avec la corruption asiatique sous les princes de la maison de Sévère ; mais les mœurs occidentales, encore vigoureuses alors, le combattirent dans ses progrès : Constantin assura son triomphe en Occident par la fondation de Constantinople. Peuplée de Grecs d'Asie, la nouvelle capitale, qui devint par le séjour des principaux empereurs la vraie métropole de l'empire, eut bientôt conquis Tancienne à des usages que celle-ci repoussait naguère avec horreur. La fille imposa à sa mère des fantaisies qu'elle reoevait elle-même de l'ex-. trême Orient. Par une de ces contradictions qui se retrouvent au fond des choses humaines et déroutent la logique des idées, le christianisme, religion d'abnégation et de pauvreté, née darïs une étable et propagée par des pêcheurs , concourut à donner aux habitudes occidentales une mollesse inconnue des temps païens. Si Rome au iv^ siècle restait encore en beaucoup de points la régulatrice. de la vie politique, elle ne fut plus celle des mœurs : elle pouvait donner encore la loi, Constantinople donna la mode.
Les documents contemporains ne manquent pas à qui veut étudier et peindre la société de cette époque, sans recourir aux données des temps antérieurs , ressource toujours incertaine et souvent dangereuse historiquement. Des poètes, des orateurs qu'on appelait panégyristes y des historiens estimables, et quelques écrivains épistolaires tels que Symmaque, nous en dé-