‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 10 sur 255 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

voilent le côté païen; son côté chrétien se montre à nous avec plus d'ampleur encore et de certitude chez les grands écrivains chrétiens qui faisaient alors l'honneur de l'Occident : Jérôme, Ambroise, Augustin, Paulin de Noies. Leurs livres, écrits au jour le jour, suivant les besoins de la polémique religieuse ou de l'enseignement moral, reflètent l'image du temps comme dans le plus pur miroir; leurs lettres surtout nous offrent ce caractère de vérité irrécusable, de témoignage en quelque sorte involontaire et spontané. C'est là que je puiserai autant que possible les matériaux de mon travail, et entré ces correspondances volumineuses je m'adresserai principalement à. celte de Jécôme, source charmante et féconde, où ce grand homme, le plus grand de tous assurément par l'esprit et le talent, littérateur et théologien consommé, homme du monde et moine , presque pape et chassé de Rome comme un malfaiteur, nous parle de lui , de ses amis^ de ses ennemis , et du fond de'son ermitage de Bethléem tient encore les fils de la société patricienne dans 4a capitale de l'empire. On peut dire sans exagération que toute la vie romaine est là, depuis les intrigues de la chancellerie épiscopale jusqu'aux guerres scandaleuses des conciles, et depuis les pratiques austères des moines jusqu'aux plus intimes secrets àes gynécées. Au flambeau de ces révélations, je ne cours pas risque de m'égarer, et pour rester encore plus ferme sur le terrain de la certitude, je choisirai des événements où Jérôme est tout à la fois historien et acteur.

On ne comprendrait guère l'état de la société chrétienne sans une connaissance au moins générale de la société païenne, au milieu de laquelle celle-là commençait à se dessiner : il n'est d'ailleurs ici question (]ue des hauts rangs de ce monde païen , de sa partie noble, riche, élégante, dont le patriciat formait le couronnement. Celui qui veut Tétudier au iv^ siècle doit tout d'abord abjurer ses souvenirs classiques de Rome républicaine, car c'étaient les plus vieilles familles qui présentaient le spectacle des plus étonnantes nouveautés. Quant au peuple, il restait à peu près le même. Il continuait à passer ses journées aux courses de chevaux ou aux représentations des mimes, ses nuits sur les bancs des mêmes amphithéâtres ou sous les portiques dallés des noBles maisons. Il allait toujours tendre la main aux distributions publiques, mais le pain ne lui suffisait plus comme au temps de Juvénal ; il lui fallait en outre des rations de lard, de vin, d'huile, que les empereurs lui avaient concédées par crainte ou par flatterie. A la maigre sportule du patron il savait joindre un revenu plus productif, la rançon des comédiens et des cochers, qui ne se souciaient d'être ni assommés ni siffles. C'était toujours, en un mot, la plus basse des populaces, lâche, turbulente, paresseuse, avide, incapable d'exercer un métier honnête, et jouant aux dés le soir tout son gain de la jour-

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