LIVRE m
leurs fraudes pour traîner en longueur leur soumission, déprécier un formulaire qu'ils n'acceptaient qu'à regret, et affaiblir l'autorité d'un honime qui avait contribué à les vaincre. Il n'y avait d'ailleurs aucune surprise de doctrine dans cette expression , employée quelquefois en Occident et en Orient, et par Apollinaris lui-même, ainsi qu'il était notoire*. Quelle apparence que Jérôme, secrétaire d'un concile, eût osé commettre une falsification que la représentation d'un autre exemplaire du môme livre suffisait à dévoiler? 11 y aurait eu de sa part plus qu'une imposture, il y aurait eu véritable folie, surtout si l'on songe que les mots incriminés n'avaient rien d'étrange, rien de nouveau, et que, s'ils n'étaient pas précisément canoniques, ils n'étaient pas non plus contraires à la foi de Nicée. L'incident tomba donc, sous la conviction générale qu'il n'y avait pas autre chose au fond de tout cela qu'un mensonge d'hérésiarques aux abois.
Dix ans après, et quand cette scène était complètement oubliée, les ennemis de Jérômq en réveillèrent le souvenir pour l'accuser. Ce fut Rufin qui se chargea de faire connaître au monde dans un libelle que le compagnon de sa jeunesse, celui qui lui avait voué pendant trente ans une affection de frère, n'était qu'un faussaire infâme. Sans toutefois nommer Jérôme, il raconta l'anecdote avec des enjolivements qui en dénaturaient odieusement le caractère*. Jérôme, alors
1. Gregor. Nazianz., Ep. 1. — Athanas., Expos, fid, — Augustin., RetracL^ i, 19.