‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 95 sur 255 · LIVRE ïll · texte numérisé non relu

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et d'Occident *. Quelques lettres qui nous restent de l'évoque romain témoignent de sa vive affection et de sa grande estime pour Jérôme; il le traitait avec une familiarité paternelle, le consultant sur ses propres lectures, étudiant ses ouvrages, et lui proposant, soit de vive voix, soit par lettre, des questions sur les difficultés des Écritures. Son admiration pour quelques-uns dç ses livres allait à ce point qu'il voulut les copier de sa main*. Damase l'aiguillonnait sans cesse à écrire, « ne voulant pas, disait-il, le laisser s'endormir sur l'œuvre des autres^.» Dans leurs mutuels épanchements, Jérôme étalait aux yeux du vieillard émerveillé ces trésors de l'interprétation symbolique qu'il rapportait d'Orient, et auxquels sa féconde imagination savait ajouter de nouvelles richesses.

Le plus important des ouvrages qu'il entreprit alors sur l'ordre de son protecteur fut la traduction des livres du Nouveau Testament et la révision des Évan* giles. Les originaux de ces livres, écrits en grec, avaient donné lieu à plusieurs traductions latines dont on se servait en Occident, traductions souvent fautives et qui présentaient entre elles de telles différences que, suivant le mot de Jérôme, on y pouvait compter presque

1. Quuoi in chartis ecçlissiasticis, juvsurem Dainasum Romaaie ur)Hs epiBcopum , et Orientis atque Occidentis &ynodicis consultationibus respoaderçm... Hieron., Ep, 91, p. 744.

2. (Epistplae) quas tota avidate legi atque descripsi... Damas., Ep, ap. Hieron., t. U, p. 561.

3. Dormi^ntem te et longo jam teippore legentem potiusquam scribentem, quaestiunculis ad te misèis excitare disposai : non quo et tegere non debeas... sed quod lectionis fructus sitiste si tcribas. Pami^s.^ raid.

autant de versions que d'exemplaires. Les Évangiles y avaient été fréquemment intervertis et confondus, dans l'intention probable de les développer ou de les compléter les uns par les autres, de façon que chaque église , chaque fidèle même avait pour ainsi dire son Évangile à lui *. Un tel désordre, si grave en matière de foi, avait inspiré à Damase l'idée d'une nouvelle traduction soigneusement* élaborée sur les meilleurs textes grecs et présentée à l'adoption de toutes les Églises de langue latine; mais qui charger en Occident d'un pareil travail ? L'arrivée de Jérôme lui offrait cette occasion inespérée. Familier avec les textes usités en Orient^ l'ancien disciple de Grégoire de Nazianze révisa les traductions vulgaires sur l'original des quatre évangélistes, remit chaque partie à sa place, corrigea les non-sens ou les fautes, laissant le reste comme il était % et adressa le tout au pape Damase, avec l'addition de six canons ou tables de concordance qu'il tira d'Ammonius d'Alexandrie et d'Eusèbe de Césarée ^ Ce ne fut pas, à proprement parler, une œuvre d'érudition spéculative, mais un travail pratique fait pour l'utilité de l'Église, où la pureté du texte sacré était rétablie, sans que des habitudes séculaires fussent choquées ou

1. Tôt sunt exemplaria paene quot codices. Sin autem veritas est qusereoda de pluribus, cur non ad grsecam originem revertentes, ea quae vel a vitiosis interpretibus, maie édita, vel a prœsumptoribus imperitis emeudata perversius, vel a librariis dormitantibus aut addita sunt, aut mutata, corrigimus? Hieron., Prœfat. in quatuor Evang. ad Damas, pap.

2. Latinorum codicum vitiositatem, quœ ex divcrsitate librorum omnium comprobatur, ad graecam originem... volui revocare. Hieron, Ep. 25, p. 62.

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