‹ Saint Jérôme, la société chrétienne à Rome et l'émigration romaine ..., Volume 1Chapitre 96 sur 255 · LIVRE III. U · texte numérisé non relu

LIVRE III. U

trop brusquement rompues dans les choses indifférentes. De cette recension, aclievéeen 383, est sortie la version actuelle qui porte dans l'Église latine le nom de Vulgate.

Les contemporains ne l'acceptèrent pas sans critique d'un côté, sans une vive défense de l'autre. La critique reprochait à l'auteur (et l'inspirateur partageait avec lui ce blâme) de mépriser l'autorité des anciens, de rejeter ce que tout le monde avait admis, d'oser enfin corriger jusqu'aux paroles de Jésus-Christ telles qu'elles avaient passé traditionnellement dans la vénération des fidèles depuis l'origine du christianisme. Ces objections, que peut soulever toute innovation, n'arrêtèrent pas les gens sensés. Ils applaudirent à l'idée de Damase et acceptèrent le travail de Jérôme. Augustin, dans un bon mouvement d'impartiale justice, en rendait grâce à Dieu. « L'ouvrage est bon, écrivait-il, on reconnaît que le grec y est suivi pas à pas. S'il s'est glissé quelques fautes çàet là, il est vraiment déraisonnable de ne les pas pardonner, vu l'utilité de l'entreprise et le mérite incomparable de l'exécution*. »

Après le Nouveau Testament, Damase voulut avoir de la même main le psautier de David, d'un usage si fréquent dans l'Église. La traduction dont on se servait

i. Proinde non parvas Deo gratias agimus de opère tuo, quod Ëvange- Hum ex gneco interpretatus es : quia pœne in omnibus nulla oflTensio est, quum scripturam grsecam contulerimus. Undesi quisquam yeteri falsitati. contentiosus faverit, prolatis collatisquo codicibus, vel docetur facillime, vel refellitur. Et si quoîdani rarissima merito movent, quis tam durus est qui labori tam utili non facile ignoscat, cui vicem laudis referre non suffîcit? Augustin., Ep, 10, ap. Hieron., p. 610.

Ui SAINT JÉRÔME.

en Occident avait été faite sur le texte grec des Septante ; mais beaucoup d'éditions des Septante étaient incorrectes, et un grand nombre de fautes s'étaient glissées en outre dans l'interprétation latine ^ Jérôme, pour son œuvre de révision , adopta l'édition la plus pure, qu'on trouvait dans les hexaples d'Origène, et que les Églises de Palestine avaient conservée '. Il prit soin dans ce travail , comme dans le premier, de ne pas changer les choses qui n'altéraient point le sens, quoiqu'elles ne fussent pas tout à fait conformes au grec, afin de ménager des habitudes invétérées. II ne fit pas difTiculté non plus.de s'écarter de la reproduction littérale du grec toutes les fois qu'en respectant l'idée il pouvait laisser au latin ses tours propres, et ne pas donner pour une traduction un jargon inintelligible et barbare. Quelquefois aussi il quittait le grec pour suivre le sens de l'hébreu. C'est lui-même qui nous expose ainsi le système et le but de son travail \ Néanmoins la recension ne fit point disparaître la version vulgaire,

1. Longum est revolvere quanta Septuaginta de suo addiderint, quanta dimiserint quaB in exemplaribus Ecclesise, obelis astericisque distincta sunt... Et tamen jure Septuaginta editio obtinuit in Ecclesiis, Tel quia ptima est et ante Cbriftti fkcta adventum, vel quia ab Apostalis (in quibuH tamen ab Hebraîco non discrepat) usurpata. Hieron*, Ep. 34, p. 255. -r Septuaginta, quod nesciebant dubiis protulere sententiis. Id. In Ruf., 1. ii, p. 423. — Saint Jérôme croit que les Septante ont caché volontairement les mystères de leur religion pour ne pas les livrer aux païens. «Conjicio noluisse tune temporis Septuaginta interprètes fldei su» sacrailienta perspicue Ethnicis prodere. » Ibid.^ p. 431.

2. Hieron., Ep. 11, t. II, p. 626. — Quum pro varietate regionum diversa ferantur exemplaria , et germana illa antiquaque translatio cdi*rupta sit atque violata.... Id. in Huf., ii, p. 425.

3. Hieron., in Huf,^ n. — Id., Ep, 33, ad Rammach, De optimo génère interpretandi, p. 248 et seqq.

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