Lettre au duc d'Harcourt. Voir aussi chap. VI
l6o CORRESPONDANCE PRIVÉE •
personnelle, qui paraît n'avoir jamais été plus active.
Nous mentionnerons d'abord les lettres qu'il recevait de France; celles de Jefferson, alors ministre des Etats-Unis à Paris, de Short, son secrétaire d'ambassade, de la comtesse Charles de Damas, de Target, etc., sont d'autant plus intéressantes qu'elles portent toutes l'empreinte de la grande préoccupation du moment : les débuts de la Révolution. Les lettres d'Amérique, de Franklin, Washington, Madison, Paul Jones, Ethan Allen, etc., contiennent aussi quelques particularités dignes de remarque.
Quant aux lettres adressées au duc d'Harcourt, au duc de La Rochefoucauld, à M""^^ d'Houdetot, etc., nous n'avons pu en recueillir malheureusement qu'un nombre trop restreint. On trouvera à la fin du volume une courte analyse de toute cette correspondance.
Quelques mots à présent surle voyage de Brissot aux États-Unis. On a vu au chapitre VII le début des relations de Crèvecoeur avec le futur chef des Girondins. Le séjour de Brissot en Amérique amena entre eux de nouveaux rapports, sur lesquels nous n'avons du reste d'autres détails que ceux donnés par Brissot lui-même.
BRISSOT l6l
Débarqué à New-York en 1788, il se rend aussitôt chez son ami. Laissons-le parler' :
Comptant sur son amitié, sûr de trouver dans son âme quelque reconnaissance des services que je lui avais rendus, de l'attachement que je lui. avais témoigné, je vole chez lui; j'étais étranger, il me devait un asile. A peine m'offrit-il l'hospitalité pour une nuit, une seule nuit, et le lendemain même il m'avertit que mon logement était prêt dans une maison où l'on recevait beaucoup d'étrangers. Depuis, il ne me vit qu'à la dérobée, il ne me présenta chez aucun Américain et garda la réserve la plus mystérieuse...
Il était dans la dépendance de l'ambassadeur Demoustier, qui haïssait les Américains, les révolutionnaires et les écrivains énergiques; j'étais du nombre des hommes qu'il proscrivait ; sans cesse il exhalait contre moi sa haine impuissante -. Je la bravais; mai's Crèvecœur, qui craignait de perdre sa place, jouait la froideur avec moi pour le tromper, Pouvais-je estimer