I02 M. DELAFOREST
France le 3 1 juillet, laissant en Amérique ses enfants et sa femme malade, et était arrivé au Havre le 25 septembre.
Crèvecœur revit avec bonheur cet ami de ses belles années; mais le séjour de Laforest ne devait pas être long, et le 16 novembre 1793, après avoir reçu du ministre Deforgues un accueil auquel l'influence d'Otto ne fut sans doute pas étrangère, il était de nouveau investi du consulat général et partait avec son ami Pétry ' , nommé consul à Philadelphie. Crèvecœur écrivait le 2 décembre 1793 :
Laf. et Pet. sont retournés, et aussi de Lét. C. de Boston 2. Je n'ai pas donné mon projet concernant les P. B. ^, craignant de me mettre en vue et préférant rester dans l'obscurité.
Il n'avait pas, paraît-il, renoncé encore à cette
1. Pétrj (Jean-Baptiste), précédemment agent consulaire à Glascow. Il fut plus tard secrétaire de la légation des Etats- Unis.
2. De Létombe, consul à Boston. Voir Correspondance, lettre n° i. Quoi qu'en dise ici Crèvecœur, il ne fut pas replacé et resta à Paris. C'est M. Dannery qui fut nommé à Boston.
3. Paquebots. Voir la note sur les paquebots. Depuis la fin de 1792, il n'y avait plus de concessionnaire et le service était fait par la marine de l'Etat.
l'abbé GRÉGOIRE 183
idée, jadis tant caressée par lui, d'établir des communications régulières entre la France et les Etats-Unis; mais le moment, il faut l'avouer, eût été singulièrement choisi pour tenter un nouvel essai.
On lit dans la même lettre :
Je vois quelquefois l'ab. Gré." C'est pour moi un excellent ami; mais à quoi sert l'amitié à l'heure du danger ?
Grégoire, quoiqu'il en soit ici question pour la première fois, n'était pas évidemment une nouvelle connaissance; peut-être leurs relations avaient-elles commencé à la Société des amis des noirs, établie à Paris par Brissot en 1788, et dans laquelle on voit figurer le curé d'Embermesnil à côté de Crèvecœur et de plusieurs de ses amis^.
Voici maintenant la comtesse Charles de Da-
1 . L'abbé Grégoire. Les Mémoires de Grégoire ne parlent pas de ses relations avec Crèvecœur. Ils le citent seulement au nombre des hommes de lettres qui se cachaient pour éviter la persécution (I, p. 35i). Nous retrouverons Grégoire au chapitre XIL
2. Wo'w Correspondance, lettredu 20 mars l 789 àM^^d'Houdetot, note sur cette Société.
mas que nous avions perdue de vue depuis 1790. Elle s'était retirée à Epinay avec sa sœur, la princesse de Saint-Mauris, et son père, le marquis de Langeron, qui y mourut. L'abbé Morellet les y vit en 1792'. Le prince de Saint-Mauris*, qui avait émigré fort tard, avait été si mal reçu à l'armée des princes qu'il était revenu en Fralice; il y fut bientôt arrêté avec sa femme. C'est probablement alors que M"^*^ de Damas, qui venait de perdre son père, eut l'idée de se réfugier à Seineport, dans la maison de campagne du ministre des Etats-Unis, Gouverneur Morris, avec lequel elle était fort liée. Elle y fut arrêtée malgré les vives réclamations de son hôte -\ Voici ce qu'écrit Crèvecoeur à ce sujet :